Matthieu Simard: Love etc.

Numéro 31

2 septembre au 15 octobre 2005

Un texte de
Stéphane Martel

Publié le 2 septembre 2005 dans
Culture, Livres

p_livres_ent_MSimardFévrier 2005. Une peine d’amour. Un déménagement. Y fait frette. Il y a des mois comme ça… Une chance qu’il dure juste 28 jours, ce mois pourri, parce que j’avais hâte qu’il finisse.

Pour m’aider à m’en sortir, un ami me suggère de lire le dernier roman d’un jeune auteur québécois, Matthieu «avec deux t» Simard. Ça s’appelle Ça sent la coupe. «Heille, le smatte! J’hayis ça, le hockey, tu le sais ben! Tu veux me faire lire un livre avec des expressions entendues à 110%? T’es malade!»

Je suis hors de moi. Mais il insiste et après quelques jours d’amicales taquineries, je finis par céder à la pression. Hop! Je me procure une copie du bouquin en question… et à ma grande surprise, je craque. D’abord, pour le dessin de la pochette. «Tiens tiens. Je reconnais ce style», me dis-je avant de découvrir que l’auteur est nul autre que Jimmy Beaulieu, bédéiste montréalais et cher collaborateur à P45. Ensuite, ce talent pour raconter des péripéties du quotidien me séduit. Ce souci du détail. Ce concept singulier (93 chapitres, un par match de la Sainte Flanelle). Ces dialogues qui sonnent vrai.

J’aime cet auteur. Ce sens de l’humour, cette lucidité. Je me reconnais à travers ces histoires d’amour compliquées, la gang de chums, les filles pas toujours faciles, ce langage, ce style. Je découvre avec bonheur un bonhomme vraiment talentueux. Dans mon livre à moi (tant qu’à être dans les clichés de hockey, allons-y fort), Simard c’est le prochain Stéphane Bourguignon. Rien de moins. Je me suis entretenu avec lui quelques jours avant la sortie de son troisième roman, Douce moitié.

P45: Parle-moi un peu de ton nouveau roman Douce moitié qui se veut la suite de Ça sent la coupe. On y parle autant de hockey?
Matthieu Simard:
Pas du tout. Ce n’est pas une suite officielle car on peut ne pas avoir lu Ça sent la coupe et apprécier Douce moitié. Mais c’est le même univers avec les mêmes personnages et le même couple. On se retrouve une journée en particulier. Celle de la demande en mariage. Disons que c’est de plus en plus condensé en ce qui concerne l’échelle de temps au niveau de l’action.

Le protagoniste de tous tes romans s’appelle Matthieu. Pourquoi donc?
MS:
C’est un nom comme un autre. Même si le personnage me ressemble toujours un peu, ce n’est jamais vraiment autobiographique. Ce qui lui arrive, règle générale, ne m’est pas arrivé mais je me retrouve dans sa façon de penser et dans certaines choses qu’il vit. Il se cherche et n’a peut-être pas encore atteint l’âge adulte. C’est une espèce d’éternel adolescent. Un bonhomme sans repères qui ne sait pas trop où il s’en va.

Tu te bases sur ce que tu vois autour de toi pour créer tes personnages et tes récits?
MS:
De moins en moins. Mon premier livre ressemblait beaucoup à la réalité. Il était rempli d’événements que j’avais vraiment vécus. Ça sent la coupe était largement inventé même si son univers ressemblait au mien. Tandis que Douce moitié lorgne du côté de la pure fiction. Je m’éloigne de plus en plus de l’aspect «biographique» si on peut dire.

Pourtant, Ça sent la coupe fait penser à une tranche de vie. Il y a un incroyable souci du détail pour chaque partie de hockey. En lisant ce qui t’inspire sur ton site web (www.matthieusimard.com), tu mentionnes Tom Waits, Nick Cave, Vincent Vallières, Québec-Montréal. Des noms et des titres d’œuvres que l’on retrouve aussi dans le roman. Tu t’es basé sur des événements précis de ta vie, sur tes intérêts et tes goûts personnels pour écrire ce livre?
MS:
J’ai voulu faire croire aux lecteurs que tout était vrai. Ça fait partie des plaisirs d’écrire, je pense. Ce que je réponds habituellement à cette question c’est que le gars, Matthieu, c’est moi, mais les choses qui lui arrivent sont inventées. Je pars donc de moi, Matthieu Simard l’auteur, et je me demande qu’est-ce qui pourrait m’arriver dans telle ou telle situation.

Sur ton site web, tu parles de ton «style naturel» en faisant référence à Échecs amoureux et autres niaiseries. Que veux-tu dire?
MS:
Ce que j’entends par ça, c’est lorsque je mets mon cerveau à off et que j’écris juste pour moi. C’est mon style le plus intuitif. Je fais référence à Échecs amoureux lorsque je parle de style naturel parce que c’est mon premier roman, mais mes deux autres sont un peu comme ça aussi. Une sorte de langage à moitié parlé avec des jeux de mots et de langue, du déconnage. Il y a beaucoup de styles d’écriture, de façons d’écrire que je suis capable d’imiter et que j’aime exploiter. On peut appeler ça une déformation professionnelle car je travaillais en publicité et on se voyait souvent dans l’obligation de rédiger différents types de textes dépendant du client.

Comment réagis-tu lorsqu’on te dit que tu écris dans un style populaire?
MS:
Ça ne me dérange par comme tel mais il y a tout de même une recherche de langage dans ce que je fais qui n’est pas comme un simple dialogue entre deux personnes. On y retrouve un style littéraire précis. Ce n’est pas de la littérature classique, ni Proust, mais ce n’est pas non plus des dialogues enregistrés que je retranscris mot à mot.

Matthieu Simard est-il un aussi grand maniaque de hockey que Matthieu dans Ça sent la coupe?
MS:
Presque. J’ai toujours adoré le hockey et suivi les matches de près mais pas aussi religieusement que Matthieu dans le roman. L’année dernière, c’était la première fois de ma vie que je regardais tous les matches d’une saison. Je prenais des notes à chaque fois. C’était un de mes défis de parler de hockey mais sans exagérer. Je voulais que le lecteur réalise que je savais de quoi je parlais mais en même temps, je ne voulais pas rédiger un livre sur le hockey. Je souhaitais que ce soit un prétexte, une toile de fond à cette histoire de couples.

Elle vient d’où, cette idée inusitée d’écrire un roman de 93 chapitres sur un passionné de hockey qui raconte ce qui se passe dans sa vie à chaque match du Canadien?
MS:
Immédiatement après avoir terminé mon premier roman, j’étais dans un beat d’écriture et je cherchais des idées. Je ne voulais pas simplement raconter une histoire mais aussi trouver un concept hors du commun. À la base, l’idée vient d’une rencontre avec mon éditeur alors que mon premier roman n’était pas encore publié. On prenait une bière et on discutait de hockey. Ça m’a complètement allumé. J’ai voulu créer un mélange entre le sport et les relations amoureuses. J’avais trouvé mon concept! Je pense qu’un concept inusité peut attirer une personne et l’inciter à lire ce que tu as écris. La personne peut apprécier l’oeuvre, même si, a priori, l’intérêt littéraire n’est pas nécessairement là.

Les relations amoureuses se retrouvent au coeur de tous tes romans. Pourquoi donc?
MS:
J’aime beaucoup écrire. Ça me fait du bien même si on retrouve souvent une bonne dose de douleur dans l’acte d’écrire. Le sentiment amoureux, qu’il soit positif ou négatif, m’inspire énormément. Ça me donne simplement le goût d’écrire. Lorsque je me retrouve en face de mon ordinateur, il y a une espèce de drive amoureuse qui me pousse à écrire sur le sujet. Parce que je suis amoureux ou en peine d’amour. Oui, c’est un thème universel, usé, qui a été traité de toutes les façons imaginables mais qui vient me chercher.

À la base, ce que je trouvais intéressant, c’était de créer un personnage principal masculin sensible. Un loser sympathique. Pas un mâle viril, macho, qui ramasse les filles sur sa moto. Ni un gars qui ne pogne pas. Matthieu a du succès auprès des filles mais ça ne marche jamais très bien. J’adorais cette approche.

Tu as l’impression d’exorciser des démons en écrivant?
MS:
Non. Je ne suis pas un grand tourmenté. Un être qui a mal et qui ressent le besoin profond d’exprimer cette douleur par l’écriture. Disons simplement que ça me rend profondément heureux d’écrire. Je ne peux pas l’expliquer autrement. Même si j’écris deux courts paragraphes, une fois terminés, je me sentirai libéré. C’est thérapeutique jusqu’à un certain niveau.

Que penses-tu de la littérature québécoise actuelle?
MS:
Je ne lis pas beaucoup. Aucun roman. Je vais lire parfois des pièces de théâtre mais je ne me considère pas comme étant un lecteur assidu. Évidemment, en étant auteur et en découvrant le monde de la littérature, je me renseigne sur ce qui se fait. Présentement, je trouve que le Québec connaît un essor important de ce côté. Je suis content parce que plusieurs jeunes auteurs commencent à remporter un certain succès. Je trouve ça bien mais en même temps, je ne peux pas dire que j’aime ce qu’ils écrivent parce que je ne lis pas leurs œuvres.

Quelles sont tes influences littéraires?
MS:
(Réfléchit) Honnêtement, je n’en ai pas. C’est un des avantages de ne pas lire, je crois. D’un côté, ça peut paraître bizarre d’écrire et de ne pas lire mais tu n’es pas influencé par personne. J’ai lu des trucs lorsque j’étais plus jeune, davantage en anglais qu’en français, qui m’ont fasciné, mais j’ai un côté «petit copieur» en moi. (rires) Donc, lorsque je lisais quelque chose que j’avais aimé, je l’écrivais à nouveau. (rires) Mes influences se retrouvent davantage du côté du cinéma et de la télé. Comme le film Québec/Montréal que j’ai adoré. J’aime ce ton comico-dramatique. Raconter une histoire dramatique avec un ton humoristique, ça vient vraiment me chercher. On retrouve ça aussi dans la série Minuit le soir.

J’ai lu sur ton site que tu ne travaillais plus en publicité. Ton but serait-il maintenant de devenir auteur à temps plein?
MS:
C’est plus un rêve qu’un but mais il faut être réaliste, c’est difficile de gagner sa vie en étant romancier au Québec. J’ai d’autres projets au niveau de l’écriture qui pourraient peut-être me permettre, éventuellement, de gagner ma vie tout en écrivant, mais pour l’instant, ce ne sont que des projets. Si je ne travaille plus, c’est parce que la boîte pour laquelle je bossais n’avait qu’un client principal et que des coupures ont été effectuées. Je ne suis pas pressé de chercher ailleurs. De toute façon, ça commençait à être très essoufflant pour moi de travailler à temps plein et d’écrire.

C’est quoi la passion selon Matthieu Simard?
MS:
(Longue réflexion) Les filles. (rires) J’ai tendance à tomber amoureux très vite. J’ai un sens de l’engagement beaucoup trop intense pour la plupart des filles. Lorsque je tombe amoureux, je deviens tout à fait passionné et ça me fait faire des niaiseries que je regrette plus tard. Disons que je n’agis pas toujours très intelligemment mais c’est propre à la passion, cette perte de contrôle. Forcément, l’écriture sous toutes ses formes, me passionne également. Et puis… les chars et les motos. (rires)

Pourquoi penses-tu que c’est aussi difficile de trouver l’âme sœur de nos jours?
MS:
C’est une grande question. Si je connaissais la réponse, je n’écrirais pas là-dessus. (rires) Le fait d’être aussi perdu, sinon encore plus, que les gens de ma génération, me fournit énormément d’inspiration pour écrire sur le sujet. C’est drôle parce que je ne me considère pas du tout un spécialiste des relations mais on me demande parfois de participer à des tables rondes sur les relations hommes/femmes. (rires) Je trouve ça très comique parce que je n’ai rien de pertinent à dire! (rires) Je peux parler de mes histoires à moi et de mes perceptions mais c’est tout. À cause du titre de mon premier roman, Échecs amoureux et autres niaiseries, on pensait que j’avais beaucoup d’expérience dans ce domaine et que je savais tout!

Le Matthieu de tes romans, malgré ses défauts, demeure un être profondément romantique. Matthieu Simard est-il aussi romantique?
MS:
Romantique dans l’âme, pas dans les faits. Un grand romantique qui tombe amoureux dix fois par jour mais qui, une fois qu’il est en couple, devient plus ou moins romantique dans le sens le plus large du terme. Je suis romantique… pour moi-même. Très intense au niveau des sentiments. Ce qui n’est pas toujours une bonne chose.

Quel est le prochain projet littéraire de Matthieu Simard? Tu as déjà commencé un nouveau roman?
MS:
Oui. Un quatrième roman que je prendrai tout mon temps à écrire. Il sera plus complexe que les autres. Je l’ai commencé et il est structuré. Ça ne parlera pas du couple de Matthieu et Julie. C’est un tout autre univers. Peut-être qu’ils reviendront un jour mais ce ne sera pas pour la prochaine fois. Je m’enligne vers l’automne 2006 pour ce livre mais ça peut être plus long. Il y a aussi des projets parallèles de longs métrages et de séries télé mais qui sont encore au stade embryonnaire pour l’instant. Je cherche constamment de nouvelles idées et ça occupe pas mal de mon temps. Je suis un gars d’idées. Mettons.

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