Merci pour tout, Kevin Costner

Numéro 80

8 au 14 juin 2007

Un texte de
Fabbie Barthélémy

Publié le 8 juin 2007 dans
Cinéma, Culture

Merci pour tout, Kevin Costner

«Les critiques ne voient pas les films avec le public. Ils voient les films entre eux et s’auto-influencent. Ils écrivent tous ou toutes la même critique.»

Citation du producteur Roger Frappier défendant le dernier Arcand. Et je vous avoue avoir constaté quelque peu le phénomène lors de mon dernier visionnement de presse, celui de Mr. Brooks.

J’ai observé d’abord une certaine aversion pour Kevin Costner. Comme de raison les critiques que vous lirez à propos de Mr. Brooks seront toutes mesquines et diront que le glas est sonné pour ce cher acteur qui a longtemps été l’incarnation de l’homme viril. Voici donc en retour un hommage à ce cher Kevin Costner, acteur dénigré, négligé et sous-estimé par la critique.

Cher Kevin.

Mon cher Kevin. Ton apparition dans un film est gage de plaisir assuré, voir la façon dont tu peux nuancer ton jeu avec ce regard perçant et ton assurance ne laisse personne de glace. Ce n’est pas pour rien que Brian de Palma, Oliver Stone et Clint Eastwood ont exigé de tes services.

Enfant, j’étais convaincue que tu étais un véritable joueur de baseball. Dans chacun de tes films, tu charmais les demoiselles à coup de batte de baseball, mais j’ai appris avec stupéfaction que tu étais en fait un acteur. J’ai été dupée.

J’aurais dû m’en douter parce que contrairement à la majorité des sportifs/acteurs, tu cachais bien des choses dans ton sac dont une danse animale assez bien exécutée au milieu du désert. Il danse avec les loups, tu as réalisé, et 7 Oscars tu t’es mérités. Pas mal, mon Kevin quand on pense que Stanley Kubrick n’a jamais reçu la statuette dorée…

Tu as ensuite été un justicier hors-la-loi, le prince des voleurs comme disait l’affiche de Robin des Bois. Cette fois, le savoureux (Everything I do) I do it for you de Brian Adams a mis en valeur l’hardiesse de ton jeu de tir à l’arc. Personne n’aurait pu s’en douter.

Suivant ton instinct, tu as par la suite travaillé sur l’histoire de JFK, ah ce que les gens ont aimé! Dans le langage sportif, on appelle ça, un sans faute! Mais où moi j’ai craqué, c’était dans cette histoire si sensuelle de garde du corps dont j’ai attendu la suite toute ma vie.

Cependant, Monsieur Costner n’aime pas les suites à ce qu’il paraît, alors j’ai dû revisionner maintes et maintes fois ce moment charnel où tu maniais le sabre et le foulard de soie sur fond de Whitney Houston. Beaucoup de films asiatiques des dernières années t’ont d’ailleurs rendu hommage.

Le plus touchant des hasbeen

Ah, ma puberté n’aurait pas été la même sans toi, Kevin! Et c’est toi qui m’as fait découvrir Elijah Wood dans The War et c’est toi qui m’as ébranlée dans Waterworld. Tous étaient contre toi en tentant de discréditer toutes ces années d’excellence. Même si je me suis faite discrète, j’étais là derrière toi parce que j’admirais ton audace et tes costumes de héros. Ça n’a pas dû être facile, tu venais de frapper ton Waterloo.

Ensuite, ensuite. Tu as tenté de reconquérir le cœur de ces dames en enseignant le golf à Rene Russo et en jouant le postier dans un film de science-fiction, mais encore là, le public n’a pas suivi.

Au moins, tu as récolté un Razzie. À l’époque, celui pour Waterworld t’avait un peu passé sous le nez, ça a dû te rassurer un peu. Après une tentative dans le film au titre ô combien inspirant Bouteille à la mer, tu es revenu à tes anciennes amours, le baseball avec For the love of the game. Encore un titre sublime.

Pour l’amour de l’art

Jamais deux sans trois, mon Kevin. 1 strike, 2 strikes, 3 strikes, comme on dit. Désolée. Plusieurs disaient à ce moment-là que tu étais fini, que tu étais devenu un hasbeen. Or, ils n’ont pas eu le choix de rétracter leurs dires puisque tu es arrivé avec ta fière allure en compagnie de ce cher Kurt Russell dans 3000 miles to Graceland.

Wow, on dirait que tu venais d’apposer toi-même les clous de ton cercueil, mais comme tout messie, tu ressuscites à chaque fois et reviens à la charge avec la ruse du renard et la force du lion. Machiavel (version Hollywood) serait fier de toi.

Dernièrement, tu as refusé le rôle de Bill dans Kill Bill pour jouer dans un western qui s’est avéré un flop. Mais tu sais quoi? Un homme de ta trempe ne fait pas des choix en fonction du box-office, mais en fonction de la difficulté du rôle proposé. C’est comme la fois où tu as préféré jouer dans The Postman plutôt que dans Air Force One

Détermination, audace et intégrité caractérisent ta carrière. Cependant dans Mr. Brooks tu m’as donné l’impression que tu n’avais pas le cœur à la fête. Je t’ai senti un peu blasé. Comme si tu te ne faisais plus ça pour toi, mais pour tes fans qui comme moi te réclament.

Maintenant que nous avons fait le tour des rétrospectives de Lynch, Bergman, Debord, Fellini et compagnie, il me semble que c’est à ton tour d’être hommagé. Et pourquoi pas? Bon, je sais, on y a déjà droit à ta rétrospective à chaque année le dimanche après-midi à TVA.

Je termine en te citant parce que, sage comme tu es, tu sais aussi utiliser les bons mots: «Real heroes are men who fall and fail and are flawed, but win out in the end because they’ve stayed true to their ideals and beliefs and commitments».

Merci pour tout, Kevin.


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