Métrocritique: station Frontenac

Numéro 178

18 au 24 février 2010

Un texte de
Maxim David

Publié le 18 février 2010 dans
Chroniques, Métrocritique

Métrocritique: station Frontenac

Le métro de Montréal, c’est comme un immense intestin, mais en mieux. Parce qu’heureusement, on n’est pas obligé de se rendre au bout d’une ligne pour en sortir.

Station Frontenac

Insérer des définitions dans un texte paraît toujours bien. On se dit que si l’auteur a osé ouvrir un dictionnaire, il a peut-être consulté d’autres sources d’information pertinente. En voici deux plutôt qu’une:

1. Moisissure: Dégradation, corruption de quelque chose sous l’effet de ses champignons; partie moisie de quelque chose.

2. Station Frontenac: Dégradation, corruption de quelque chose sous l’effet de ses champignons; partie moisie de quelque chose.

Si la similitude de ces définitions étonne, les faits sont bien réels. C’est à se demander si la station Frontenac a été bâtie «sur» du moisi ou bâtie «avec» du moisi.

Une question aussi fondamentale que la genèse de l’oeuf et de la poule. L’oeuf ou la poule? Dans le cas présent, je répondrai les deux, passés au malaxeur, vitesse maximale, pas de caillots, rien; une mixture idéale pour créer des surfaces lisses et beigeâtres de tunnels de métro.

En guise d’explication qui n’excuse rien, il faut savoir que la station est construite dans la course d’une rivière souterraine. Le réseau du métro n’étant pas étanche, les voies de la station sont toujours remplies d’environ deux centimètres d’eau à forte teneur de fer. L’équation est simple: mélanger de l’eau, du fer et du beige, ça fait du moisi (consultez le tableau périodique ou un expert-comptable pour plus de détails).

Situation géographique

La station est située au coin des rues Ontario et Frontenac. Je me permettrai ici de ne nommer que les attraits culturels des alentours, soit la Maison de la culture Frontenac, le Chat des artistes et l’Espace Libre.

Par contre, je dois absolument mettre en lumière un phénomène étrange relié à la station Frontenac et que vous avez peut-être déjà vécu. Il arrive parfois, en milieu de parcours et à proximité de cette station, que le train se mette à vibrer de manière frénétique. Rapidement, les passagers inertes se mettent eux aussi à vibrer de manière frénétique.

Les plus téméraires continuent leur lecture en cours sans jamais vraiment pouvoir enchaîner deux mots consécutifs, risque de nausées en sus. Cette légère perte de contrôle prend des allures de crise d’épilepsie mineure, sans l’écume aux lèvres bien sûr.

Le phénomène pourrait aussi être nommé «dandinage passif abstrait» si on veut, mais vraiment juste si on veut. Sur ce, je m’autocite: «Ça dure pas longtemps, mais c’est drôle en nesti.»

Si j’en parle dans cette section, c’est que ma théorie personnelle tangue vers l’emplacement de la station sur le réseau. En effet, elle est positionnée au centre d’un tournant prenant la forme d’un S entre les stations Papineau et Préfontaine (voir image).

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Visiblement, les wagons rectangulaires du métro ne semblent pas bien assimiler le concept de courbes opposées… Mais bon, c’est purement spéculatif.

Architecture et décoration

C’est blanchâtre, beige et gris, longtemps, longtemps. Les couleurs de la station évoquent à merveille les abords de trottoirs «slusheux» d’hiver en ville.

Clientèle

Des gens blanchâtres, beiges et gris, beaucoup, beaucoup.

Constat final

Insérer des faits historiques dans un texte paraît toujours bien, surtout après avoir introduit des définitions.

Saviez-vous que la station Frontenac est ainsi baptisée en l’honneur de Louis de Buade de Frontenac et de Palluau? C’est lui qui a un jour dit (ou crié) la célèbre phrase: «Je nay point de reponse a faire a vostre general que par la bouche de mes cannons et a coups de fuzil.»

On pourrait facilement la réinterpréter de cette manière (toujours en vieux français et avec la voix de Michel Beaudry): «Je nay point de reponse a faire a vostre general que par la bouche de mes egouts et a coups de moizi».

Frontenac n’aura jamais porté aussi bien son nom.

Note finale

F
(pour Frontenac et parce que c’était la pire note qu’on pouvait avoir dans nos examens à l’école primaire)


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Discussion

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4 commentaires
  1. Marlène says:

    Ha! J’adore. À noter que cette station et ces alentours sont doublement chaleureux sitôt la nuit tombée.

  2. Benoît says:

    C’est ma station!

    C’est drôle parce que j’écoutais “Rue Ontario” d’Adamus en lisant le texte. J’ai imaginé les “gens blanchâtres, beiges et gris” envoyer avec leur regard dur un majestueux finger.

    Pour ce qui est des alentours, faut pas oublier le chaleureux parfum du tabac frais émanant de la MacDonald! Encore, si on a la chance de revenir à la maison avec le dernier métro, c’est l’arome des beignets polonais tout juste sortis de l’huile qui te happe la mémoire olfactive. Filet de bave garanti!

    Mais bon, tout ça n’a pas eu sa place dans l”esprit” du texte.
    Tout de même, comme dirait l’autre Benoît: Chapeau!

  3. Caro says:

    Le monde weirdo qu’on voit à cette station, j’te dis pas.

  4. Mariama says:

    On aime.

    Mais on dirait que les stations les plus laides ont un genre de charme cool qui fait pardonner leur état moisi. Genre “J’me néglige, et puis merde. Je suis un artiste, connard”.

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