Moly Kulte – Des vêtements crafty sur la rue Saint-Denis

Numéro 46

29 septembre au 5 octobre 2006

Un texte de
Marie-Claude Beaucage

Publié le 29 septembre 2006 dans
Culture, Mode

Moly Kulte – Des vêtements crafty sur la rue Saint-Denis

La rue Saint-Denis ne correspond pas tout à fait à l’image qu’on se fait d’une artère branchée. Les fashionistas ne parlent pas exactement de la rue Saint-Denis comme d’un incontournable secteur mode de Montréal.

Les franchises de tout acabit y pululent – de Gap à Jacob en passant par l’incontournable Rôtisserie St-Hubert – et y côtoient même quelques énormités, comme cette boutique de vêtements médiévaux…

Bon, il y a bien Dubuc et Muse qui y tiennent boutique, mais est-ce vraiment une référence? Poser la question, c’est y répondre [jamais trop compris cette expression - NDLR]

C’est pourquoi j’ai sourcillé un brin quand Geneviève – D. ou F., je ne me souviens plus – m’a donné l’adresse de leur tout nouveau local, où je devais aller les rencontrer. 4523, rue Saint-Denis. Un peu au nord de Mont-Royal, à deux pas du Diable Vert. Me semble qu’ils ne s’habillent pas très bien, les gens qui sortent au Diable Vert…

Eh bien, c’est en se rendant sur place que les sceptiques seront confondus. Parce que la toute nouvelle boutique Moly Kulte, qui ouvrira ses portes le 2 octobre , est charmante comme tout. Et à côté d’un métro, ce qui ne gâche rien.

Vrai qu’on l’aurait tout de suite imaginée sur Bernard ou Saint-Viateur, cohabitant paisiblement avec le Local 23, L’Arterie…

«Nous aussi, c’est là qu’on aurait souhaité s’installer au départ, parce que les vêtements que l’on fait sont très crafty. Mais il y a peu de locaux disponibles dans ce quartier et ceux qui restent sont hors de prix», m’expliquait Geneviève – F. ou D., je ne sais pas plus.

Des fringues ludiques et écologiques

Alors oui, Moly Kulte, c’est une nouvelle boutique de vêtements tenue par deux filles qui répondent au prénom de Geneviève. Mais c’est bien plus que ça; c’est une ligne de vêtements et d’accessoires pour hommes et femmes faite entièrement de matières recyclées et récupérées, imaginée, dessinée et conçue par deux jeunes filles de 25 ans hyper créatives.

Bon, encore là, ce n’est pas exactement la trouvaille du siècle; la mode récup, comme certains se plaisent à l’appeler, a la cote depuis quelques années. Mais ce qui différencie Moly Kulte de Preloved, On and On ou Myco Anna, pour ne nommer que ces griffes parmi toutes celles que l’on retrouve dans ce créneau, c’est l’humour des deux Geneviève qui transcende leurs vêtements. En effet, les vêtements Moly Kulte sont ludiques à souhait – un foulard de laine fait de manches de chandail dans lesquelles on peut vraiment mettre nos bras, par exemple.

Autre valeur ajoutée, si l’on peut dire, aux vêtements Moly Kulte, c’est l’aspect crafty énoncé un peu plus haut. Moly Kulte ne donne pas dans le haut de gamme, ni dans la haute couture, comme c’est presque le cas de On and On et Myco Anna. Les vêtements relèvent davantage du prêt-à-porter, mais comme les deux filles ont étudié en art à l’université et non pas en mode, elles voient pratiquement leurs vêtements comme des toiles ou des œuvres sur lesquelles elles utilisent plusieurs médiums.

Les vêtements, c’est un moyen d’exprimer leur créativité. Mais au départ, c’est pour une raison plutôt pratico-pratique que les filles ont commencé à fabriquer des vêtements: le manque d’argent.

«On était toutes les deux en voyage à Strasbourg dans le cadre de nos études et on a dû traverser un changement de saison là-bas, mais on n’avait pas d’argent pour s’acheter de nouveaux vêtements. Alors on a décidé de transformer ceux que l’on avait. Au début, c’était pas mal broche-à-foin; on ne savait même pas coudre, on utilisait plutôt un pistolet à colle!», confient les deux Geneviève d’une seule et même voix.

Une fois la machine à coudre maîtrisée, les filles ont décidé d’utiliser la sérigraphie comme élément distinctif sur certains vêtements. Mais pour elles, il demeure important malgré tout de vendre leurs vêtements à des prix raisonnables, même si toute leur production est plutôt artisanale.

«On ne veut pas vendre nos vêtements une fortune, même si on pourrait très bien le faire. On ne va pas tenter de vendre un chandail avec une sérigraphie dessus plus cher que le coût même de la sérigraphie. Notre but, c’est de pouvoir payer notre nouvel espace de travail et nos employés, et de vivre.»

Le coffre aux trésors Moly Kulte

Leur nouveau local de travail, les filles l’ont déniché quelques jours à peine après s’être faites mettre à la porte de celui qu’elles occupaient dans Villeray.

«On a appris le 20 août que l’on devait quitter notre local le 1er septembre pour une question d’issue de secours manquante. On voulait aller noyer notre peine en allant prendre une bière à la Casa del Popolo, mais il y avait un concert ce soir-là, alors on s’est retrouvées à errer dans la ville et on a vu ce local à louer sur Saint-Denis. On a tout de suite appelé.»

C’est ce qu’on appelle marcher vers son destin. Mais Geneviève et Geneviève souhaitent que leur espace soit plus qu’une boutique de vêtements.

«On veut que les gens viennent chez-nous et qu’ils aient l’impression d’ouvrir un coffre aux trésors. Il y aura un espace où l’on tiendra des bédés, des fanzines et des disques de groupes indépendants québécois. Comme ça, les gars qui attendent leur blonde pour s’asseoir et jeter un coup d’œil à autre chose que des vêtements. On va peut-être organiser des événements spéciaux ici éventuellement», me dit l’une des Geneviève en me pointant la table tournante dont elles viennent tout juste de faire l’acquisition.

Les filles vont aussi tenir d’autres griffes que la leur, qui proposent aussi des vêtements fabriqués de manière écologique et/ou artisanale. Elles tiennent déjà une ligne de bijoux fabriqués à partir de sacs de plastiques pressés, des sacs à mains faits par des jeunes filles du secondaire (!) à partir de matières recyclées et des toutous mignons comme tout, faits eux aussi à partir de tissus récupérés.

Pour l’instant, les vêtements Moly Kulte sont disponibles à la boutique, mais aussi dans cinq autres points de vente à Montréal, et un à Sherbrooke. Les deux Geneviève souhaitent éventuellement distribuer leurs fringues ailleurs au Québec. Mais en attendant, les filles organisent toujours des défilés à domicile – elles arrivent avec leurs vêtements chez vous, une personne se propose comme modèle et on choisit les vêtements qui nous plaisent.

Apparemment, plusieurs filles organisent des défilés à domicile pour célébrer l’anniversaire d’une copine. Et étonnamment, les clientes ne sont pas seulement dans la vingtaine. L’âge de la cliente de Moly Kulte oscillerait entre 10 et 55 ans.

À surveiller: la boutique ouvre ses portes le lundi 2 octobre, mais les filles concoctent une grande ouverture, avec tout ce que ça comporte de festivités, le 31 octobre prochain.

Pour plus de détails: www.molykulte.com.


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