Le 11 novembre 2003, Mononc’ Serge et les métalleux d’Anonymus inauguraient l’infernale Académie du massacre, en même temps que le beau Wilfred lançait son album. Un an plus tard, nous avions envie de prendre de ses nouvelles (Mononc’ Serge, pas Wilfred), alors nous l’avons rencontré sous les néons du chic Green Stop de Ville-Émard, juste avant son show Enfin seul avec Mononc’. Il nous a jasé de musique, de vieilles chansons clérico-nationalistes et de corruption par le sexe.
Ça fait maintenant un an que tu fais des shows avec Anonymus. Avez-vous l’intention d’en faire encore longtemps ensemble?
Mononc’ Serge: On va continuer probablement jusqu’à Pâques. Il est question qu’on fasse une finale montréalaise qui s’appellerait probablement la Pâques satanique de Mononc’ Serge et Anonymus, mais je ne sais pas si après on va ressusciter…
Comment as-tu trouvé l’expérience de travailler avec un groupe qui a une identité musicale aussi forte?, parce que ça fait quand même presque 15 ans qu’Anonymus existe sous sa forme actuelle…
M. S.: Les gars d’Anonymus ont une énergie qui est assez incroyable sur scène. Ils ont tous l’air de petits diables, ils répondent à quelque part à tous les clichés du métal: ils ont les cheveux longs, ils crient, ils ont une espèce de mur de son sur scène, techniquement, c’est impressionnant. Quand je suis embarqué là-dedans, je me suis dit wow!, je me sentais vraiment porté par ça. Quand t’es en avant et que t’as cette gang-là en arrière de toi, ça y va tout seul, t’as pas besoin de faire d’efforts pour que le show lève. T’en fais pareil, mais je pense que les deux ensemble, ç’a fait un genre de synergie. C’est difficile d’expliquer ça parce que c’est pas le genre d’affaire qu’on se demande en le faisant…
C’est une expérience que tu aimerais refaire? Y a-t-il des musiciens avec qui tu voudrais collaborer?
M. S.: C’est sûr qu’un projet de même, ça donne envie de faire d’autres collaborations. Ça donne tout de suite une personnalité au projet. J’aime bien les gens qui font des disques différents, qui changent au cours de leur carrière; on les reconnaît, mais en même temps, ils changent.
Comme qui, par exemple?
M. S.: J’aime beaucoup Alain Bashung. Ce qu’il fait, c’est ben différent d’un album à l’autre. Tu sens qu’il y a toujours une évolution au fil des années, et c’est parce qu’il s’entoure de collaborateurs différents, qui prennent des avenues différentes. Mais en même temps, tu reconnais que c’est le même artiste qu’au début, tu vois sa personnalité. Moi ça me plaît de faire des choses comme ça, d’essayer, de changer le son, de se promener; je ne sais pas si cette fusion marcherait avec d’autres…
Mais en même temps, c’est un peu déchirant parce que je m’ennuie aussi de jouer avec les musiciens avec qui je joue habituellement. En fait, j’ai des projets qui vont un peu dans les deux sens : dans le sens de retourner à ce que je faisais avant l’Académie du massacre, et je suis aussi en train de faire de la prospection, pour voir s’il y a des gens qui seraient intéressés…
As-tu des noms?
M. S.: J’ai contacté Claude Saint-Jean de l’Orchestre des Pas Perdus, c’est un orchestre de cuivres; il a aussi un autre projet qui est plus électrique-jazz. Ça pourrait être le fun pour moi de prendre cette direction-là. Je lui ai amené une couple de tounes pas endisquées, en disant: écoute ça et si t’as envie de faire quelque chose, on peut essayer de taper ça pour voir qu’est-ce que ça va donner. Je ne sais pas si au bout du compte ça va accoucher d’un album, ou peut-être juste une couple de tounes.
Tu as déjà dit en entrevue que tu aimerais reprendre des vieilles chansons québécoises oubliées. Est-ce que tu y penses encore et c’est quoi au juste ce genre de chansons-là?
M. S.: Je connais quelques vieilles tounes que j’appelle «clérico-nationalistes». En fait, ce n’est pas du clérico-nationalisme, c’est du nationalisme teinté de catholicisme. Ce sont des chansons qui célèbrent des héros de la Nouvelle-France, la race canadienne-française, la vie agricole. L’hymne national Ô Canada est une chanson qui est vraiment dans cette lignée, ça parle de nos aïeux glorieux, et patati patata, pis t’as la croix là-dedans… Je connais aussi une toune qui s’appelle La Feuille d’érable [l’hymne national de la LNI], et qui raconte l’histoire de différentes nations qui se présentent au Ciel pour ramasser leur emblème. Je suis fasciné par le fait que c’est un courant de pensée qui a été totalement balayé et ce genre de chansons incarne beaucoup ça, le discours curé, du 19e siècle jusqu’aux années 50 à peu près.
J’aimerais reprendre ces chansons parce ce que ce discours est très bizarre aujourd’hui. Je pourrais les mettre sur des musiques bizarres, du jazz peut-être, les tordre et faire un peu le même traitement que j’ai fait avec mes tounes qui se sont ramassées sur le disque d’Anonymus. Mais c’est un projet qui n’a probablement aucun débouché commercial, je ne vois pas qui achèterait ça, et ça ne jouerait pas à la radio, c’est sûr. Cela dit, je n’ai jamais fait de démarche pour pousser ça plus loin que l’état embryonnaire, c’est juste une idée que j’ai…
Tu as déjà dit que tu étais incapable d’écrire des chansons sérieuses. Est-ce que tu le penses encore?
M. S.: Oui. D’ailleurs je me posais la question encore cette semaine: voyons, pourquoi j’écris pas de tounes sérieuses? On dirait que je ne me crois pas quand j’écris une chanson sérieuse. Je pense que j’en serais pas capable, surtout des tounes sentimentales, genre «je t’aaaaime»… Ostie, je me croirais pas pantoute! Ça marche pas, on dirait que ça colle pas à ce que je suis. Peut-être qu’un jour je vais finir par en faire, je trouve que c’est une lacune, je ne me vante pas de ça.
Pourtant, j’écoute plus des chansons où il y a de la sensibilité que des tounes humoristiques. Je n’écoute jamais des disques d’humour chez moi. Je n’écoute pas non plus de métal, ou c’est ben rare. J’en ai fait du métal quand j’étais plus jeune, quand j’ai commencé à jouer de la musique et c’est une partie de moi en quelque part, mais ce n’est pas ça que j’écoute, quand j’écoute de la musique.
Qu’est-ce que tu écoutes ces temps-ci?
M. S.: Toutes sortes d’affaires… je parlais d’Alain Bashung tantôt, j’aime beaucoup ça, Curieusement, j’écoute de l’opéra; en fait j’écoute Maria Callas, j’ai reçu quelques disques et c’est parmi les disques que j’écoute le plus chez moi. J’ai aussi découvert Radiohead l’année passée, après tout le monde, et je suis vraiment devenu un gros fan. Je me sens comme quand j’étais petit et que j’aimais des bands. Je vais voir des siteweb, je downloade des vidéos, j’aime bien ça!
Tu as écrit une toune qui s’appelle Expos Go Back Home. Étais-tu content d’apprendre qu’ils déménageaient à Washington?
M. S.: Content? Franchement… non. En fait je m’en câlisse. Ça ne m’a jamais attiré le baseball, et je connais une seule personne qui est fan de baseball. J’ai l’impression que la culture d’ici n’est pas nécessairement friande de ce sport. Et s’il faut, pour garder une équipe, faire bâtir un stade qui va coûter 300 millions, avec l’argent des contribuables et tout ça, bof… Mais en même temps, je suis moins radical que dans le temps où j’ai écrit la toune. Je n’aime pas le baseball, mais ce qui fait qu’une ville est riche, c’est qu’il y a toutes sortes de choses pour toutes sortes de monde. Ce n’est pas parce que je ne perçois pas que c’est quelque chose d’important pour la culture d’ici qu’il faut se réjouir de leur départ. Je ne vais pas pleurer, mais je trouve ça peut-être plate pour la micro-poignée de fans de baseball.
Quoique… il y a sûrement plus de fans de baseball à Montréal que de fans de Mononc’ Serge. Si je réussissais à vendre mes billets au même prix que ceux des Expos et à remplir une salle avec le plus bas nombre de gens qu’il y a eu au Stade olympique, je serais content. Moi, je fais le Spectrum, on remplit à 1 200 personnes pis je jubile complètement. Les Expos, ils attiraient quand même plus de monde que ça.
Penses-tu qu’un jour, Mononc’ Serge va s’éteindre et que ça va être Serge Robert (ton vrai nom) qui va…
M. S.: Je pense pas non. Depuis que je fais des shows – et même avant ça, quand je faisais des exposés oraux au secondaire -, j’ai toujours pogné un genre d’énergie qui était différente quand j’étais sur la scène. Peut-être que dans la vie, je suis un peu, comment dire, refoulé ou je-sais-pas-quoi, mais quand j’arrive sur la scène, je peux faire des excès et j’ai ben du plaisir à faire ça. Je n’ai pas envie d’être comme je suis là, sur une scène. En même temps, je ne me suis jamais dit, bon là, je vais faire un personnage qui va s’appeler Mononc’ Serge et qui va agir de telle façon.
D’ailleurs, d’où vient le Mononc’?
M. S.: C’est un surnom que j’ai eu quand je jouais dans les Colocs. Une fois, on était au restaurant, tout le monde avait commandé des patates frites pis moi j’avais commandé des patates pilées. Y m’ont appelé Mononc’ à cause de ça et c’est resté.
Une question pour Mononc’ en terminant. Durant la campagne électorale aux États-Unis, il y avait un groupe, appelé Fuck The Vote, qui encourageait les progressistes à coucher avec des Républicains en l’échange de la promesse qu’ils ne votent pas pour George Bush. Dans le même…
M. S.: Ça c’est vraiment vil! Coucher avec un Républicain, c’est quand même odieux, c’est dégueulasse. Faut vraiment être épris de la cause… ou être très libidineux.
(Rire) Dans le même ordre d’idées, est-ce que Mononc’ serait prêt à se dévouer aux prochaines élections provinciales et à fourrer une couple de libérales de Westmount, en échange de la promesse qu’elles ne votent pas pour Jean Charest?
M. S.: Ah, pas de problème! Je peux faire une liste sur mon site web et je peux prendre des rendez-vous à tous les jours. Je pourrais m’installer dans une chambre d’hôtel à Westmount et en prendre une aux 15 minutes, quoi que je deviendrais fatigué… (Rire) Peut-être que moi, par contre, je serais corruptible et je serais prêt à coucher avec une libérale pour voter libéral.
Avec une jeune libérale de 18 ans?
M. S.: Non… 16 ans!
Site de Mononc’ Serge: www.mononc.com
Site de Fuck the Vote: www.fthevote.com
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