Montréal pour les néophytes

Numéro 89

19 au 25 octobre 2007

Un texte de
Xavier K. Richard

Publié le 19 octobre 2007 dans
Chroniques, P45 a testé pour vous

Montréal pour les néophytes

Guide de survie.

Montréal est une grande ville, plus grande que Québec ou Trois-Rivières, ou même les deux réunies. On y dénombre près de deux millions d’habitants, dont beaucoup d’anglophones, mais aussi des Haïtiens ou des Italiens. C’est que Montréal est assez multiculturelle, ce qui fait qu’on croise plus de communautés culturelles qu’ailleurs au Québec.

En général, tous les Québécois migreront à Montréal un jour ou l’autre dans leur vie. Pour y habiter, essentiellement, voire y travailler. Cependant, il n’est jamais arrivé que tous le fassent en même temps, sûrement parce que les gens sont occupés à faire autre chose en région. Ou alors tous sont au téléphone avec Montréal, justement. Très difficile — vous essaierez — d’avoir Montréal au bout du fil alors que vous êtes vous-mêmes à Montréal.

Maintenant, le plus grand défi avant de déménager à Montréal, ce sera de faire fi de votre impression qu’il existerait des rivalités entre la métropole et les autres régions du Québec.

Parce que vous serez tentés de détester les régions, en réaction à la fierté que vous procurera votre nouvelle ville d’accueil. Vaut mieux avoir de bonnes raisons pour détester les gens, en général.

Répandez la bonne nouvelle.

La géographie culturelle

La ville de Montréal comporte plusieurs quartiers, dont certains vous sembleront toujours obscurs puisque vous n’y mettrez à peu près jamais les pieds. L’activité se concentre entre quelques rues seulement: le boulevard Saint-Laurent (plutôt dynamique) et quelques autres dont j’ai oublié le nom. De toute façon, les Montréalais connaissent bien l’endroit.

Ce qui est chouette, c’est qu’on peut y faire la fête tous les soirs de la semaine. À part de ça, pas grand chose, à moins de s’intéresser à l’art de la métropole, aux œuvres comme telles je veux dire.

En effet, on en retrouve, pour l’ampleur du Québec, une diversité intéressante, ce qui peut certainement égayer votre esprit puisque vous pourrez directement aller voir les œuvres plutôt que d’en entendre parler dans les journaux.

Parlant journaux, ce qui est impressionnant, c’est que compte tenu des budgets des médias montréalais, on vous fait souvent des grands dossiers de plusieurs pages dans les journaux ou à la télévision, sur des sujets émouvants, essentiellement. Tous les jours, vous aurez une raison de vous émouvoir. Qui a dit que la vie montréalaise était plate et froide hein?!?

Beaucoup d’émotions donc, si ce n’est que de la disparition des polémistes et des gens qui disent les vraies affaires, ceux en qui on peut croire un peu. Aujourd’hui, tout le monde se réclame journaliste et d’essayer de démêler les choses c’est pffffff… lassant.

Comme dans le fait que beaucoup de gens chantent des chansons avec «Montréal» dans le refrain, et que tout le monde aime ça. On ne sait plus démêler les bonnes chansons des moins bonnes, parce qu’on est à Montréal et les gens aiment ça vivre à Montréal.

Faire son chemin parmi les «urbains»

L’important lorsque vous arrivez à Montréal, ce n’est pas tellement que vous vous adaptiez au mode «urbain» de la ville (oui, il faut dire que Montréal possède un métro. Conséquemment, les gens doivent structurer davantage et sans relâche la bonne attitude à adopter en public. Ils deviennent ainsi des «urbains»).

Car même si vous aviez le comportement vulgaire et inculte de l’habitant moyen d’Hérouxville, il en existe tout autant à Montréal. Donc, pas de panique, vous avez du temps d’adaptation devant vous.

Pour ce qui est des itinérants, ne vous inquiétez pas, ils ne sont pas dangereux. L’autre après-midi, j’en ai vu un qui semblait coincé contre un parcomètre. Il ne bougeait pas. Il avait l’air vieux plus qu’itinérant en fait, avec sa casquette. Je l’ai poussé contre le parcomètre, il n’a pas réagi. Il a fait un va-et-vient sobre et indolent. J’ai aimé sa réaction. C’est tellement «urbain».

En général, vous verrez, vivre dans une grande ville, c’est confrontant. Aussi confrontant que ça a été pour vous le cas lorsque vous avez réalisé que ce rêve d’habiter à Montréal qui vous habite depuis toujours indépendamment de votre volonté, vous n’y avez jamais cru, au fond…

Pire, que vous le saviez très bien à l’époque de votre rêverie, que la grande ville n’est pas bonne pour tout le monde, y compris peut-être pour vous, mais que le «mythe Montréal», pour quelqu’un de la région comme vous, vous habite depuis trop longtemps pour que vous ayez eu la force de vous en départir.

Il arrivera certes un moment de rupture, qui pourra surgir à tout moment dans votre vie de néo-Montréalais. On l’appelle ici la «mélancolie de l’extradé néo-montréalais qui arrive enfin en ville et qui déchante».

C’est très connu. Mais ça passe, notamment si vous arrivez à considérer le monde comme le confluent des réalités internationales et historiques plutôt que comme seulement la somme de la réalité montréalaise et de celle de votre propre région. Ce qui est très difficile. À moins d’avoir le câble satellite. Ou YouTube.

YouTube, un sujet de discussion pour lequel se passionnent les Montréalais. Glissez en un dans un soirée bien arrosée, et vous deviendrez une vedette le temps d’un instant. Même dans la rue, raconter une bonne histoire tirée d’une vidéo YouTube, ça meuble. Ils aiment beaucoup.

Ah oui, aussi, ils font l’amour parfois allongés dans les pneus usagés. Enfin, j’en ai vu. C’est ça, la grande ville.


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Discussion

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4 commentaires
  1. Judith says:

    Osti que c’est inutile ce que vous écrivez!!

    Come on vous êtes indépendant et jeune, on s’attend
    à quelque chose d’intéressant, de concret.. pas de la merde sur comment on se sent quand on habite à Montréal, ou si vous le faite, arrangez vous pour que ce soit au moins drôle.

    merci.

  2. Mathieu says:

    Self-conscious

  3. Alexis says:

    Hommage à Judith

    Ton commentaire est très constructif, très élaboré. On sent que tu as posé une analyse sérieuse, intelligente même, sur le texte lu. Ta colère est palpable; à travers tes mots tu révèles toute les sensations douloureuses qu’on t’a fait vivre!
    Voilà! Voilà le genre de commentaire qui servira réellement le peuple de la terre. Nous sommes tous ouïs à ta verve intellectuelle. Merci de ta sagesse…

    “Arrangez vous pour que ce soit au moins drôle”! C’est important d’être drôle, idiot, stupide. Xavier t’as pas encore compris ça! C’est superbe ton texte.

  4. Rhhlow says:

    Non mais je suis quand même (un peu) d’accord avec Judith, sans toutefois être en colère. Je suis native d’une région très éloignée, et j’ai “imigré” à Montréal il y à 5 ans. Oui j’aime montréal, j’en raffole, je n’en peux plus de découvrir de nouveaux coins de nouvelles boutiques, des nouveaux bar/restaurants/salles de spectacles etc… Par contre, je ne crois pas que Montréal sois le centre de la réalité québécoise et non ce ne sont pas tous les gens en région qui rêvent de s’établir à Montréal, il y en a même pour qui Montréal est une grosse montagne de merde où il ne veulent pas mettre les pieds. Il fait aussi bon vivre en région et il se passe de plus en plus de choses dans les petits coins reclus du Québec. Les gens ont internet et ils regardent et parlent eux aussi de youtube. Et, en région, il y a beaucoup plus de cours à scrap avec des montagnes de pneu pour y faire l’amour :p

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