«MUFF est une célébration du cinéma indépendant, beau et vrai.»
«MUFF aime les artistes qui osent emmerder la norme et qui dégueulent sur Hollywood. MUFF existe pour vous éblouir, pour vous casser les oreilles et pour vous faire venir. Ouvrez grand les yeux, on arrive.» – Karina et Zoé.
Pour être ébloui par le Montreal Underground Film Festival, il faut avant tout se déplacer et se rendre en territoires inconnus et obscurs. L’adresse, le 6029 Avenue du Parc.
La rue est déserte et inanimée, heureusement, un arbre serti de tracts roses et noirs nous assure que nous sommes bel et bien au bon endroit. Nous franchissons la porte, nous sommes dans une superbe friperie entourée de chapeaux, de souliers, mais où sont donc les films promis? Retenant notre envie de magasiner, nous cherchons les films en question sans laisser voir notre désarroi à ceux bavardant dans le corridor.
Instinctivement, nous avançons tranquillement vers une porte située à l’arrière et voilà! Nous sommes conviés à un happening bien particulier, rien à voir avec les salles de cinéma hermétiques aux sièges rembourrés et au porte-gobelet géant. La salle est petite, mais pleine à craquer. Nous tentons de nous faufiler. Des gens sont assis sur le sol, d’autres debout, nous nous nichons sur des tabourets près d’un four et d’une boîte à pain…
À nos côtés, une tonne de manteaux particulièrement poilus attire notre attention. Un peu à la diagonale, un mannequin en styromousse, des lampes rétro et un coffret cassettes de John Waters nous fixent. La friperie est devenue en cette courte fin de semaine un espace public déstabilisant et artistique où le film expérimental prend ses assises confortablement. Un immense projecteur est à l’avant et tous les yeux y sont rivés.
Pas un mot, pas un bruit, seulement quelques individus qui sirotent leur bière. Cependant, il reste tout de même un retard dans la programmation d’une trentaine de minutes, mais pas grave nous sommes au Montreal Underground Film Festival, on dirait que ça excuse tout.
Non seulement jouissif, le tout est pédagogique, on apprend comment se font les sardines, comment vivent les hommes avec des bras de poissons, comment Dandi Wind peut éclore d’un œuf.
Comment passer sous silence la prestation d’une certaine Jesika Joy se caressant avec un cœur de cochon pour finalement se l’introduire sous nos yeux dans l’entrejambe dans Pig Heart. Traumatisant.
D’ailleurs, samedi, Jesika Joy, cinéaste torontoise contestatrice, était sur place et a démontré l’étendue de sa souplesse dans un déshabillé saillant grâce à une danse lascive improvisée sur Peaches qui se terminait par une split et des mouvements de bassin assez évocateurs.
À ses côtés, nos deux programmatrices, ne pouvant participer à leur match de rollerderby, ont enfilé leurs patins, leurs bas filet et leur mini-shorts dorés pour l’occasion. Franchement, on ne se prend pas au sérieux au MUFF, toutefois on ne lésine pas sur la qualité des courts, moyens et longs-métrages et certains ont même traversé l’Atlantique pour se rendre jusqu’ici (Italie, Suisse, France, Belgique, Grande-Bretagne).
Certains noms canadiens attirent l’attention dont ceux de Simon Lacroix, Sylvie Laliberté, Carnior, Rick Trembles et Syl Disjonk. Néanmoins, il faut noter la présence de plus de treize premières montréalaises et du plaisir de découvrir Neige Rouillée, poétique hommage de Tammeo, le candide et sublime film d’animation Pirate de bois (avec une jambe de chair) de Jeep, la première de l’excellent The bird, the mouse and the sausage de Marguiles, le désormais classique Bad Blood for the Vampyr de Lisan Tibodo datant de 1984, Pandrogeny Manifesto, un manifeste hors du commun et des fictions troublantes telles que l’apocalyptique Nouvel Ordre.
Sans parler de la présence de certains moyens-métrages à tendances sociales (Le goût du néant, Drink to forget et Homelessnation) et de longs-métrages comme le pamphlet Punk le Vote: Roach en Élection, 5 1/2 Roofs de Brudermann et King of Punk, décevant documentaire que l’on pouvait huer à notre gré, comme nous l’ont d’ailleurs suggéré les présentateurs.
On sent que les programmatrices Karina et Zoé ont voulu, à travers les 85 œuvres retenues (sur les 300 œuvres reçues), démontrer le talent des cinéastes en marge et surtout comment le cinéma peut se déployer sous différentes formes. Diversité, authenticité, elles ont choisi des œuvres d’artistes à démarche particulière qui avaient quelque chose à dire ou du moins à montrer. Karina et Zoé fonctionnent par coup de cœur et pas de doute qu’elles sont désormais, avec ce festival, le coup de cœur de bien des cinéphiles. À l’année prochaine.
Des prix ont été remis. 500$ de Vision Globale au collectif Volatile Works pour Uncanny, Ikuma Siku, Lust et Kuleshov’s Paradox. Un atelier technique au Studio XX a été offert à Marijo St-Amour pour Mémé et Lucy… and those eyes. Le coffret de Robert Morin est allé à Éric «Roach» Denis pour ZLÉA : Zone libre d’expression anarchiste et Punk le Vote.
Site web: Montreal Underground Film Festival
Discussion