Ces poteaux sont bien sûr fort utiles. Ils sont la seule chose qui tienne entre vous et une conductrice distraite de Hyundai Santa Fe en pleine tentative de stationnement en parallèle, et donc une mort assurée, ou en tout cas de longs mois de convalescence à vous taper les talk-shows d’après-midi dans un centre de réadaptation de l’Est de la ville.
Oui, ces poteaux vous sauvent un peu la vie chaque jour. Pourtant, en votre for intérieur, vous savez bien qu’un jour, l’un d’entre eux vous causera des blessures sinon mortelles, du moins assurément très douloureuses. Car vous êtes bien conscient du nombre ridicule de fois où une fugace distraction (un très joli coucher de soleil ou un nouvel immeuble en construction, par exemple, ou un décolleté particulièrement plongeant) vous a fait passer à moins de six pouces d’un poteau, alors que vous pédaliez à toute vitesse en direction d’un rendez-vous galant ou autre affaire pressante, possiblement en état d’ébriété, ou encore tout simplement à jeun, mais distrait par votre riche vie intérieure, ou l’été, ou encore ledit décolleté. Jusqu’à maintenant, vous vous en êtes tiré, vous avez été chanceux.
Mais ça ne pourra pas durer éternellement, vous le savez. Un jour, vous allez en frapper un. D’aplomb. Et ça va faire très mal.
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