Noël dernier: Wham!

Numéro 200

24 décembre 2010 au 27 janvier 2011

Un texte de
Camille DT

Publié le 23 décembre 2010 dans
Fiction, Les rendez-vous manqués

Petit récit d’un Noël profiteur.

  • Noël dernier, je t’ai donné mon coeur
  • Mais dès le lendemain, tu me l’as rendu
  • Cette année, pour me sauver des larmes
  • Je le donnerai à quelqu’un de spécial

Cette année, je passerai Noël seule. Ne compte pas sur moi pour t’accompagner à ton party de famille. J’ai déjà été smatte, mais cette année, je passe mon tour.

Je me plains depuis la première neige de fêter le 25 décembre avec mon téléviseur et une tourtière achetée, mais ce sera certainement mieux que l’an dernier.

  • Chat échaudé craint l’eau froide
  • Je garde mes distances, mais tu retiens toujours mon regard
  • Dis-moi, bébé, tu me reconnais?
  • Eh bien, ça fait déjà un an, ça ne me surprend pas

Tu m’avais probablement invitée pour que ta famille te lâche, pour qu’elle te sacre un peu patience en cette période de réjouissances. Moi qui croyais que tu voyais en moi la parfaite paire d’ovaires, le bassin idéal pour contenir deux ou trois enfants avec mon QI impressionnant et mes beaux yeux. Je m’étais trompée.

J’aurais dû me douter que ce n’est pas parce que tu es le mouton noir que tes proches sont nécessairement mieux. En bonne naïve et en fervente optimiste, je m’imaginais parler de musique avec ta sœur, de bouffe avec ta mère, de politique avec ton père. J’avais mis autant d’argent, c’est-à-dire pas mal trop, dans leurs cadeaux que dans mon kit des Fêtes.

Je n’avais pas imaginé que tu t’attribuerais le succès de la bouteille à 100$, du foulard en cachemire, du chutney artisanal et de ma célèbre bûche aux marrons. Peut-être que si tu m’avais laissé le mérite de savoir être reçue, la soirée se serait terminée autrement.

  • À Noël dernier, je t’ai donné mon coeur
  • Mais dès le lendemain, tu me l’as rendu
  • Cette année, pour me sauver des larmes
  • Je le donnerai à quelqu’un de spécial

Ta sœur t’avait dit quoi sur moi déjà? Que j’avais l’air d’une « profiteuse »? Profiteuse de quoi, veux-tu bien me dire? Du pain sandwich au fromage fondu de ta mère? De ton immense générosité qui t’a poussé à m’offrir des bas de laine pis un chèque-cadeau à la SAQ?

Tes parents n’étaient guère mieux dans le rôle d’hôtes. J’ai beau trouver ça touchant, une famille unie, mais vous checker déballer une montagne de cadeaux sous l’arbre chromé de ta mère, ça a ses longueurs.

Tu ne t’es soucié de moi que lorsqu’il était temps de remplir les verres. Tu n’avais pas l’intention de conduire ce soir-là. Je ne devais surtout pas abuser de crème de menthe ou de punch au rhum blanc. Quand ton père m’a sorti son discours à la Éric Duhaime sur ma job de « quêteuse » de subventions, tu te préoccupais moins de moi. Pareil comme quand ta mère me faisait l’éloge de ton ex et de sa recette de bûche pas mal plus fancy que la mienne. Le mascarpone, lorsque comparé à la Cream Whip, ne fait pas le même effet, tsé.

Il m’a fallu presque deux heures pour te faire comprendre que pour la survie de notre « couple », on devait vraiment crisser notre camp. Je t’ai fait la gueule sur le chemin du retour, espérant que tu irais acheter le collier dont je te parlais depuis des lustres pour te faire pardonner.

À la place, tu m’as plaquée une semaine plus tard. Tu avais l’impression que je profitais de toi. Profiter de quoi, au juste?

  • À Noël dernier, je t’ai donné mon coeur
  • Mais dès le lendemain, tu me l’as rendu
  • Cette année, pour me sauver des larmes
  • Je le donnerai à quelqu’un de spécial


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