P45 a testé pour vous: la méditation dans le métro

Numéro 104

22 au 28 février 2008

Un texte de
Marie-Claude Beaucage

Publié le 22 février 2008 dans
Chroniques, P45 a testé pour vous

P45 a testé pour vous: la méditation dans le métro

On le savait déjà, mais l’édition du quotidien Le Devoir du 12 et 13 janvier dernier nous le rappelait, la méditation est une activité extrêmement bénéfique pour le corps et l’esprit. «La méditation accroît l’épaisseur de la matière grise, renforce le système immunitaire et réduit la tension artérielle», pouvait-on lire dans l’article en question. Meilleure concentration, donc, meilleure santé et meilleure humeur.

Il ne m’en fallait pas plus pour vouloir inscrire cette nouvelle activité à mon agenda chaque matin, question de partir la journée du bon pied. Le hic, c’est qu’il manque déjà quelques heures à mes journées, ce qui fait en sorte que celles-ci démarrent irrémédiablement sur les chapeaux de roues.

Difficile, donc, de consacrer dix minutes à inspirer et expirer, entre la douche à prendre, les trois quotidiens à lire, les courriels à envoyer, le déjeuner à avaler et les dents à brosser.

«Pourquoi ne pas combiner la méditation à une autre activité alors?», me suis-je dit, en fille pratique et organisée que je suis. Réflexion faite, la seule autre activité matinale compatible avec la méditation dans ma vie s’est avérée être la ride de métro jusqu’au boulot. Soit.

Sur papier, l’idée peut sembler séduisante. Le trajet jusqu’au bureau sera apaisant et énergisant. J’arriverai sereine et groundée au travail, prête à affronter les dossiers les plus épineux. Dans les faits, c’est autre chose. Voyons voir.

13 février 2008, mercredi matin

Je me réveille au son de la voix d’Yves Désautels qui exhorte les automobilistes à prendre les transports en commun en raison de la neige qui tombe, qui tombe. Douche. Journaux. Courriels. Déjeuner. Dents.

Je quitte la maison avec la méditation From Struggle and Stress to Extraordinary Success de Robin Sharma dans mon iPod. Je descends l’escalier roulant de la station Laurier jusqu’au quai direction Côte-Vertu, et appuie sur Play une fois rendue en bas.

Ça commence bien, Robin Sharma a une voix chaude et rassurante, pas trop new-agy. Le métro arrive. C’est bondé. Je maudis intérieurement Yves Désautels. Je n’ai pas le temps d’attendre le train suivant, alors je me fraie péniblement un chemin jusqu’à l’intérieur du wagon. Je réussis à entrer.

Find a comfortable place. Sit down. Close your eyes. Euh, ça ne pourrait pas être plus impossible. J’ai le sac de quelqu’un qui me vrille le dos, un coude dans une côte et un type qui ne s’est pas brossé les dents depuis au moins trois jours qui expire bruyamment à deux pouces de mon nez. Personne ne va me céder son siège pour que je puisse m’asseoir, je ne suis pas blessée, ni enceinte. Je ferme tout de même les yeux.

Inhale inner peace. Exhale stress and worry. Inhale tranquility. Exhale stress and worry. Inhale serenity. Let go of all stress and worry. Malheureusement, tout ce que je réussis à inspirer, en plus de la mauvaise haleine du gars sus-mentionné, c’est la pollution ambiante due à la mauvaise ventilation du métro. Je tente anyway d’expirer mon exaspération et mes tensions.

Station Mont-Royal

Il n’y a plus un millimètre d’espace vacant dans le wagon, mais un babyboomer tout de cuir vêtu décide qu’il y a de la place pour lui et tasse tout le monde sur son passage.

Il m’accroche; le contenu de mon sac se vide sur le sol. You feel waves of relaxation pulsate from your head to your toes. Non. Vraiment pas. J’ai juste envie de le ruer de coups de poing. Mais j’exhale et ramasse mes journaux trempés de slush sur lesquels tout le monde marche.

Sherbrooke

Pas le temps de laisser les portes s’ouvrir qu’une grande dinde blonde qui sent trop le parfum m’étampe la face dans une des fenêtres du wagon.

Visualize yourself relaxing on a stunningly beautiful beach. Je me visualise davantage en train de tirer la grande dinde blonde par la crinière. You feel greatful to be alive.

Berri-UQAM

Alors que je sors du wagon d’un pas alerte et affirmé – non, non, je ne cours pas – afin de ne pas manquer le métro direction Honoré-Beaugrand, je dois refréner mes ardeurs parce que les gens qui viennent en sens inverse m’empêchent d’avancer.

You connect with your best self, knowing that this day is going to be an extraordinary one. Calvaire de crisse. Je vais tellement être en retard, tassez-vous, viarge.

Station Beaudry

Je me contiens, parce que je sais que tout le monde qui débarque à cette station ou presque se dirige dans la même grande tour que moi. Je veux paraître civilisée. Mais ça me mets hors de moi que les gens se placent bord en bord du tapis roulant qui monte vers la sortie, obstruant ainsi la voie.

Je décide de foncer dans le tas, je n’ai pas une seconde à perdre. J’accroche la canne d’un aveugle au passage et il dégringole les escaliers. Je ne me retourne pas.

Je sors de la station au pas de course. Traverse Sainte-Catherine au feu rouge. Glisse sur une plaque de glace et tombe en pleine face au milieu du boulevard René-Lévesque. Je gravis la côte qui mène jusqu’à la grande tour en sueur, à bout de souffle.

Je passe l’entrée en ignorant Robert. Je sors ma carte d’identité et je passe le contrôle de sécurité, When you’re ready, wiggle your toes, wiggle your fingers and gently… open… your eyes.

Meilleure concentration, meilleure santé? Peut-être. Mais meilleure humeur? Certainement pas.

Note finale

Méditation dans le métro: 4/10


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