P45 a testé pour vous le Bixi

Numéro 154

15 au 21 mai 2009

Un texte de
Eric Demay et Xavier K. Richard

Publié le 15 mai 2009 dans
Chroniques, P45 a testé pour vous

P45 a testé pour vous le Bixi

On l’avoue d’emblée: à P45, on est vendus au vélopartage. Le 12 mai, jour de gloire, jour de l’arrivée du Bixi en ville, on s’est alors lancés sur les routes pour dompter la bête. Voici notre compte rendu.

1. La prise en main (métro Mont-Royal, 18 h 30).

Les vélos y sont, tous bien alignés. Des Français parlent déjà technique et comparent les avantages du Bixi face au Vélib’.

090515_bixi2.jpg

Malgré le tableau de commande un peu abscons de la borne, on craint le pire, mais on réussit tout de même à trouver le forfait 24 h.

La licence de service fait 50 pages sur le petit écran numérique. Ne la lisez pas, faites confiance aveuglément à la Ville et ses avocats.

La machine nous rend un billet avec une séquence de cinq chiffres et 287,50$ d’acompte gelé sur notre carte de crédit.

On entre le code: beep beep beep beep beep. Hourra! Ça débarre et on part heureux, pédalant dans le coucher de soleil.

090515_bixi4.jpg

2. 30 minutes (avenue Mont-Royal, 18 h 36).

L’astuce, c’est de bien comprendre le fonctionnement du système: on a droit à 30 minutes sans frais, et ensuite, pour éviter les abus, le tarif grimpe à 1,50$ la deuxième demi-heure, puis à 3$, puis à 6$.

Le temps d’utilisation repart à zéro dès le retour du vélo à une borne. Donc, premier objectif d’évaluation P45: trouver une autre borne fonctionnelle de destination.

3. Les bornes (métro Laurier, 18 h 45).

Le hic pour l’instant, c’est que ces bornes, elles ne sont pas encore toutes fonctionnelles ni même installées. On arrive à la station Laurier. La borne est bien là, mais il n’y a aucun vélo et le dispositif indique qu’il n’est pas encore opérationnel.

090515_bixi3.jpg

OK, la prochaine, on tente où? Nouvelle destination établie, on réalise qu’on devra désormais se restreindre aux artères principales pour passer une bonne soirée.

4. Le sexyness (rue Rivard, 18 h 47).

En cette première journée d’existence, le Bixi attire le regard. Pour reprendre l’expression d’une amie, c’est comme de découvrir ce que ça fait pour une fille de se promener en ville avec une mini-jupe.

Nous circulons et nous nous sentons exclusifs. Le vélo répond à nos attentes en ce sens: on a vraiment l’impression de vivre Montréal à fond. En un mot: euphorisant.

Le bolide est un genre de tank léger qui nous donne envie de prendre toute notre place dans la rue, telle la Harley des vélos. Du coup, tu as envie de flasher.

5. La vitesse (rue Saint-Denis, 18 h 49).

Avec ses trois vitesses, le Bixi roule très bien. La première dans le beurre, bonne pour monter le mont Royal ou faire des wheelies.

La troisième est juste à point pour une bonne vitesse de croisière. On décide de pousser le vélo au maximum sur Saint-Denis. En arrivant au feu de circulation coin Duluth, on freine en dérapant solide, comme avec nos BMX dans la gravelle. Les freins à disques répondent bien. Bonne affaire.

090515_bixi6.jpg

6. La sonnette (rue Saint-Denis, 18 h 55).

Dring dring! Ah, c’est la sonnette! Elle fonctionne très bien. Pas trop stridente, on peut s’en donner à cœur joie. À bien y penser, la sonnette est un élément fondamental de l’expérience du Bixi. Dring dring! dit-elle.

7. Le retour (carré Saint-Louis, 19 h 00).

Il y a miraculeusement bel et bien deux places pour recevoir nos vélos à la borne Sherbrooke. Le rebarrer est aussi facile que de le prendre, ça va tout seul. D’autres bixcyclistes (terme à populariser) arrivent. Moins chanceux, ils devront attendre que quelqu’un retire un vélo pour placer le leur.

On entend dire que la station Bixi du métro Mont-Royal est surpeuplée et que les gens font la file une heure pour pouvoir enfin se débarrasser de leur vélo. Ouin.

090515_bixi7.jpg

8. Les gens (carré Saint-Louis, 19 h 00).

Pendant que nous faisons notre transaction, les passants s’approchent et nous posent tout plein de questions. À croire qu’ils ne lisent pas les journaux et n’écoutent que le Loft. Comme si nous étions les porte-paroles Bixi.

On fait notre possible, leur expliquant le processus. Mais pour plusieurs, on se retrouve à expliquer le projet en entier. Leur ignorance du tout nous estomaque: pour plusieurs d’entre eux, c’était un premier contact avec même l’idée de louer des vélos.

Top 3 des citations de la soirée:

1. «C’tu nouveau de cette année?»

2. «J’devrais peut-être aller chercher mon Kodak moi-là», un photojournaliste du Journal de Montréal, complètement ignorant de toute l’histoire et ce, depuis l’annonce du projet et toutes les conférences de presse il y a plus d’un an. («Ah ouin, La Presse a couvert ça? Pas vu ça passer moi-là.»)

3. «Comment ça marche? Ça prend des cartes? J’ai fait 48 ans sans carte de crédit, oui monsieur, ils ne vont pas m’avoir de même», une vieille chipie sans dessein se vantant de ses exploits d’une vie de transactions bancaires sans carte de crédit. On a levé les yeux au ciel et omis de rouspéter.

Entre-temps, on remarque que le distributeur de tickets ne semble pas au point et ceux-ci restent coincés dans le conduit. Après quelques tractations, on comprend que nos problèmes de carte de crédit étaient dus à ça. Nous plongeons la main dans le distributeur puis retirons une poignée de tickets…

090515_bixi8.jpg

9. On ne sait pas bien où on s’en va (centre-ville, 19 h 14).

Nous reprenons les vélos et mettons le cap vers le centre-ville, sachant très bien que le Vieux-Montréal est plus Bixi-friendly. Sherbrooke Ouest, puis Parc, puis René-Lévesque. Coin Hôtel-de-ville, on aperçoit une borne. On se trouve chanceux. Faut quand même les chercher. Même la Place des Arts n’avait pas encore sa borne.

On se remet à jaser avec les passants. On réussit à vendre quelques abonnements annuels à des 450. Un petit asiatique du quartier chinois monte sur un des vélos et se plaint qu’il est trop grand pour lui. Effectivement, malgré un siège à hauteur ajustable, le Bixi est un jouet pour adulte.

090515_bixi9.jpg

10. L’équilibre (métro Mont-Royal, 19 h 49).

On se dit qu’on n’a pas vraiment le choix de revenir à la borne initiale au métro Mont-Royal puisque nous y attendent nos «vrais» vélos.

Arrivés sur les lieux, on apprend par un employé de Bixi que la borne est trop populaire et qu’en plus des pépins techniques, il se voit dans l’obligation de charger les vélos dans une camionnette pour aller porter les vélos ailleurs.

On lui laisse donc les vélos, il prend en note notre nom afin d’éviter qu’on paye les surcharges de temps supplémentaire. Le gars nous avoue que Bixi est en rodage et que l’équipe se donne trois mois pour atteindre une vraie qualité du service.

Trois mois? On trouve ça long en titi. Même s’ils offrent gratuitement ce délai aux nouveaux abonnés au forfait annuel (vous serez abonnés jusqu’au 31 juillet 2010), il faut avouer que c’est assez frustrant de ne pas savoir comment se débarrasser du Bixi une fois que vous en avez pris possession.

Plusieurs amis se sont fait avoir, et il semble qu’il n’y a en ce moment aucune borne de Bixi active au nord de Mont-Royal. L’euphorie complète n’est donc pas pour tout de suite.

090515_bixi5.jpg

Bien qu’on ait dit déjà «oui!» au Bixi, on aimerait le crier. Trois recommandations pour le Bixi en date du 14 mai 2009:

1. Clarifier l’interface des bornes.

Même nous, savants utilisateurs d’interfaces web en tous genres, avons questionné plusieurs icônes et étapes dans la démarche. L’heure n’y est même pas affichée.

2. Plus d’aide.

Un plan interactif du réseau disponible aux bornes, avec le ratio vélos/bornes libres, serait utile. Interactif ou pas, il faut un plan.

3. Favoriser la cohésion du transport en commun.

On souhaite un rabais plus généreux de la part de la STM et de Bixi, favorisant tant l’usage de l’un que de l’autre: quatre cartes mensuelles = un forfait Bixi moitié prix?

Un forfait annuel Bixi = 10% sur les cartes mensuelles à la STM? Il y a certainement moyen d’encourager tant l’un et l’autre et de clarifier le message que la STM et Bixi ne sont pas en compétition, mais bel et bien partenaires d’une ville plus propre et accessible.

En passant, savez-vous à quoi ça ressemble, une mélodie de Bixi?


Collaborez, vous aussi, au magazine P45, ou envoyez-nous vos idées pour les chroniques Approuvé-réprouvé ou encore P45 hebdo: courrier [à] p45.ca.

Discussion

Appréciations
Tweets
Sans commentaire
  1. Julien Cayer says:

    Oui, il existe une borne fonctionnelle au nord de Mont-Royal, au coin de Jeanne-Mance et Laurier. On a finit par le savoir sur le site de Bixi… trois heures après la fin de notre trajet.

    Sinon, le résumé de notre trajet: partir de Saint-Dominique/Mont-Royal pour aller dans le Mile-End, mais finalement retourner notre vélo à la borne libre la plus proche, au coin de Rachel et Parc. Pas tout à fait au point mettons.

  2. says:

    TRÈS intéressant. Belles photos. Les pastilles en rond, séduisant, convainquant. J’aime « puisque nous y attendent nos «vrais» vélos ». Mais est-ce nerveux ou plus du type vélo de montagne guidon large style Cadillac ? Merci !

  3. jean-Baptiste says:

    J’aime beaucoup le côté sportif du wheelie-BIXI…
    C’est l’aventure!

  4. PierreBG says:

    Est-ce que le dude du journal de Mourial vit en dessous d’une roche?
    Il a pas été interpellé par le blog. Comme quoi, Morrow sont pas si forts que ça ;-)

    Je pense que je vais m’abonner ET me racheter un vélo, finalement.

  5. NathG says:

    J’ai aussi testé le bixi, un vrai coup de foudre!!!
    Le banc bien baissé à la low rider, j’ai parcouru la ville avec avec la réelle impression que le monde était à moi!
    Tous les regards se tournent pour admirer le clignotements de leurs jolies lumières rouges et blanches ou le doux Dring Dring de la sonnette.
    Souvent, aux coins des rues, des discussions entre bikers s’engageaient sur le concept Bixi, sa structure, son efficacité et surtout sa coolness!
    Toutefois, léger problème au retour, nous devions récupérer nos propres vélos sur la rue Masson, mais aucune borne de disponible et à 2h du matin, l’attente n’est pas une solution… Nous avons dû aller sur internet pour chercher des bornes de disponibles dans le quartier et retourner les porter… Mais, mon expérience Bixi demeure mémorable!

  6. antoine says:

    Ok, cool si l’engouement pousse des gens à rouler. Mais selon moi, et c’est pas le but de faire le rabat-joie, je trouve qu’il y a rien de mieux qu’un vélo personnel avec un bon u-lock… Les bornes? Quelles bornes? Les vélos existaient-ils avant les bixis?
    Enfin c’est bien, juste un peu cher et désorganisé(mais ça on est habitué) mais bien.

  7. Maxime A Chapleau says:

    Régulation! Indispensable au bon fonctionnement! 3 mois c’est un peu long pour que ca Bixe bie

  8. louve says:

    Une nouvelle borne est fraîchement apparue ce matin, coin Waverly/Van Horne. Pourquoi précisément à ce coin où les déchets s’entasseront devant nos maisons car le balai mécanique devra contourner les 6 racks?…
    Mauvaise stratégie, pensent les résidants du coin.
    Et puis Van Horne, y’a rien là à part des entrepôts hassidiques délabrés.
    Mile-End, c’est le “boutte du boutte du mille du plateau”. Une “dump”.
    La future mairesse, Dame Harel, va peut-être avoir plus de cocologie.

  9. Pierre-Luc says:

    Je suis vraiment content qu’au moment de lire ses lignes, pas mal de chose ont changé!

    Il y a une coordination STM-Bixi qui baisse la Bixi à 40$ par année.

    Presque toutes les bornes sont rendus oppérationnelles!

    -=)

Commenter