P45 a testé pour vous: les fauteuils massants

Numéro 107

14 au 20 mars 2008

Un texte de
Fabbie Barthélémy

Publié le 14 mars 2008 dans
Chroniques, P45 a testé pour vous

P45 a testé pour vous: les fauteuils massants

Il y a ces choses dont on ne parle jamais. Parmi celles-là, on retrouve la disparition progressive des Harvey’s, l’ingéniosité derrière les radios-douches et les fauteuils massants.

Objet de luxe, convoités par les baby-boomers, le fauteuil massant demeure un mystère pour la majorité d’entre-nous. Dans les endroits publics, nous passons devant sans même les remarquer. Cette fois, P45 les a remarqués, et les a même testés!

En effet, au centre-ville, le terminus central d’autobus a eu l’audacieuse idée de se doter de deux appareils. Côte à côte, elles sont placées non loin du Déli et du gars qui vend des montres à 5 piasses. Au coût de 1 $ pour 2 minutes ou de 2$ pour 4 minutes, P45 a décidé d’insérer une grande partie de son budget annuel dans un de ces prototypes. Pour la cause.

Rendez-vous: Vous n’avez pas à prendre de rendez-vous. C’est ouvert 7 jours sur 7, 24 h sur 24.


Lieu: Le terminus d’autobus est annexé au métro Berri-UQAM, alors pas besoin de sortir dehors. C’est pratique. Surtout l’hiver quand la ville est attaquée par des bancs de neige.


Accueil: À l’entrée du terminus, un jeune itinérant vous ouvre la porte et vous tend un gobelet en décomposition. Charmant et galant.


Formulaire: Personne pour vous questionner sur votre état de santé et sur votre tension artérielle. Vous venez de gagner 10 minutes en malaise que vous pourrez réinvestir à quelque part.


Coût: Le prix est dérisoire. Cependant, la machine n’accepte que les pièces de 1 $ et de 2 $ et le monsieur qui vend des montres à 5 piasses ne fait pas de change. Soyez prévenus.


Code vestimentaire: On vous suggère de retirer le plus de couches de vêtements possibles et tout cela, bien sûr, dans les limites du bon goût.


Types de massage: On ne vous donne pas de choix. Vous ne savez pas tout à fait si le massage est alors suédois, shiatsu ou californien. Non. Aucune façon de faire comprendre à la machine que vous voulez un massage localisé et/ou sexuel. Ça ne sert à rien d’insister. C’est peine perdu.


Odeur: Vous êtes déçus, ça ne sent ni la lavande ni le romarin. Il faut apporter ses propres bougies.


Bruit: Les autocars partent et arrivent. La madame annonce les départs dans l’interphone. Ce n’est pas l’idéal, mais vous vous dites que c’est toujours mieux que des bruits de vagues et de grenouilles forniquant dans un marais.


Environnement: Les gens vous dévisagent. Tous les regards sont rivés sur vous, vous comprenez qu’ils sont intrigués et surtout jaloux. C’est alors très bon pour votre estime de soi. Ça vous rend tellement heureux. Vous n’êtes même pas dérangés par l’Américain bavard qui a pris en otage la seconde chaise et qui s’extasie à vos côtés.


Main-d’œuvre: Vous êtes épatés par la qualité du massage, néanmoins votre conscience vous rappelle tous les masseurs qui crèvent de faim dans le monde. Vous vous souvenez de ce que votre mère vous disait, adolescente: «Tu ne peux pas tous les sauver, ma fille.» Ça vous réconforte.


Pourboires: À votre discrétion.


Départ: Un autre jeune itinérant joviale vous ouvre la porte et vous souhaite de passer une bonne journée. Simple, mais sympathique.


Rêve: On rêve comme Martin Luther King qu’un jour, nous vivrons dans un monde où toutes les chaises (dans les métros, les églises, les universités, les théâtres, les salles de cinéma) seront massantes. Oui. Toutes.


Note finale: 2 minutes, c’est vraiment court. 8/10.


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