Paris Hilton, le Cinéma L’Amour et autres considérations pornographiques

Numéro 22

1er  octobre au 4 novembre 2004

Un texte de
Julie Parent

Publié le 1 octobre 2004 dans
Idées, Société

Marcher sur la Main, c’est un peu comme aller manger dans un buffet chinois: il y a un peu de tout et parfois ça goûte drôle. L’autre jour, en passant devant le Cinéma L’Amour, j’ai vu un petit garçon complètement hypnotisé par la machine distributrice à jus qui se trouve juste en face de l’établissement. Il était complètement fasciné, il la regardait, la touchait, ce qui faisait un peu capoter sa mère et sa grand-mère, qui lui répétaient «Viens! Viens!», mais il s’en foutait, le gamin.

p_EssaiBatard_1004.gifLes deux femmes, des Italiennes au visage grave, probablement très pratiquantes, avaient tout de suite remarqué que juste à côté de la machine se trouvait une affiche pas très catholique justement, montrant une fille que personne n’aurait osé engager pour vendre du jus à des enfants.

Il y a souvent de drôles de choses au Cinéma L’Amour, à l’intérieur comme à l’extérieur. Par exemple, cette affiche annonçant le film soft porn de Paris Hilton, affiche qui fait justement face à la machine à petit jus. Décidément, la levrette en chaleur est partout: dans les revues à potins, à MusiquePlus avec son émission de téléréalité Pauvres filles, et comme si ce n’était pas assez, on a maintenant Vie rurale, notre propre version de ce grand concept, mettant en vedette Anne-Marie Losique. La petite Losique est à Paris Hilton ce que le ketchup de marque maison est au Heinz: l’étiquette est plus cheap, mais ça coûte moins cher et ça goûte presque la même chose.

En descendant plus au sud sur la Main, à la hauteur de Prince-Arthur, on entre dans ce que j’appelle la zone Paris Hilton. À toute heure du jour, on est sûr de trouver des répliques d’Eugénie 1re. Qui sait, son riche papa l’a peut-être fait cloner à sa naissance puis, craignant de se ruiner en bills de sacoches Chanel, a abandonné les clones blonds dans tous les quartiers superficiels du monde.

Dans le même ordre d’idées, je me suis toujours demandée quelle était l’origine de Paris Hilton, je veux dire, ça n’a pas l’air d’un être humain normal, c’est quoi au juste? Une extra-terrestre? Une mutante? Une nouvelle race créée en accouplant un homme et une Barbie?

Après avoir beaucoup réfléchi à la question, j’en suis venue à la conclusion que Paris Hilton n’a pas de vraie vie, pas d’existence autre que médiatique. Quand les caméras s’éteignent sur elle, on l’essuie avec un kleenex, on la plie soigneusement, puis on la range dans un tiroir, juste entre les bobettes et la boîte de capotes.


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