Pascal Bonitzer: Je pense à vous

Numéro 66

2 au 8 mars 2007

Un texte de
Guillaume Lafleur

Publié le 8 mars 2007 dans
Audio, Créations

Pascal Bonitzer: Je pense à vous

Nous avons rencontré Pascal Bonitzer lors de son passage aux Rendez-vous du cinéma québécois, où il était invité à donner une leçon de scénario.

Il nous parle de son dernier film et plus largement de son parcours de critique et de scénariste.

Le film Je pense à vous de Pascal Bonitzer semble constituer un nouveau jalon dans le parcours de l’auteur. Dialogueur émérite, le cinéaste impose depuis quelques films des figures masculines et féminines déjantées.

Le décor devient un théâtre d’errance, les personnages s’enlisant dans un marivaudage qui s’épuise (Encore) où la guerre des sexes peut sembler l’antidote inadéquat à la haine de soi (Rien sur Robert).

L’art du verbe est la première qualité des personnages: le héros, masculin il faut bien le dire, s’en sert comme d’une arme, mais il est rapidement mis en joue par des femmes hautes en couleurs, parfois hystériques et souvent plus terriennes que lui.

Entre l’enveloppe protectrice de la parole des hommes et le passage à l’acte des femmes, c’est toute une dramaturgie relativement complexe qui se déploie. Dans cet horizon bien défini de la fiction, Je pense à vous se distingue par une expression plus nette de la souffrance.

Cela concerne particulièrement les portraits féminins dont les dérapages n’appellent pas le ressort comique à tout prix, mais ouvrent vite sur l’abîme de la folie. La réaction des hommes est symétrique à cette nouvelle donne. «Vous ne m’atteindrez pas», semblent-ils dire.

Édouard Baer en salaud énervé

Mais les diatribes verbales des héros de Encore (Jackie Berroyer) et de Rien sur Robert (Fabrice Luchini), sont aussi en partie délaissées par leur successeur, Édouard Baer. Associé au registre comique, l’acteur incarne pourtant à merveille cette rupture de ton: il est sec et refuse la fascination qu’aimerait exercer une ancienne amante à son endroit, interprétée avec conviction par Marina de Van, également co-scénariste du film.

Bien qu’il en vient à accepter les avances sexuelles de cette dernière pour une relation amoureuse atypique où participe également sa femme (Géraldine Pailhas), la revenante intervenant dans le couple sera rapidement délaissée, abandonnée.

Un tel argument produit un film peu aimable, où se distille même un profond malaise, persistant encore à l’esprit du spectateur bien après la projection. Un effet dérangeant qui met en cause l’amoralité des uns face à la souffrance des autres – pour un film, cela est parfois un gage de pertinence.

Pascal Bonitzer: Je pense à vous

© Journaliste: Guillaume Lafleur
Montage: Xavier K. Richard


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