Petite psycho-pop des papes du rap

Numéro 157

10 juillet au 6 août 2009

Un texte de
Maître J

Publié le 10 juillet 2009 dans
Culture, Musique

Petite psycho-pop des papes du rap

Les rappeurs utilisent toutes sortes de métaphores et de double sens qui cachent parfois bien mal quelques-unes de leurs pulsions dissimulées… Maître J présente ses premiers éléments de psycho-pop des papes du rap: caca, homosexualité et messianisme.

1. La métaphore du caca

«I’m the shit, get the fuck up out’ my toilet» (Lil’ Wayne), «Check the shit» (Biggie Smalls), «Bitches ain’t shit» (Dr. Dre), «R.O.C., we run this rap shit» (Jay-Z).

Freud nous dit que l’enfant voit ses selles comme le premier cadeau qu’il fait au monde.

Voilà ce qui expliquerait pourquoi le jeune enfant appelle parfois la personne qui le surveille pour lui montrer son étron dans le bol, cherchant par là l’intégration dans le monde des autres.

En se comparant eux-mêmes (ou le rap) à des étrons, les rappeurs laissent entendre qu’ils se considèrent comme le premier cadeau au monde d’un enfant, et qu’ils cherchent l’approbation du monde auquel ils offrent cet étron.

Cela pourrait en surprendre quelques-uns (le rap étant vu comme une musique de contestation par certains), mais je souligne que c’est assez vrai: les rappeurs ne rejettent pas le monde et la culture de leurs parents. Ils la recyclent en l’échantillonnant, cherchant à établir des ponts avec la génération qui précède.

Ensuite, en vieillissant, certains rappeurs parleront du fait qu’ils font maintenant du «grown man shit», de la merde d’adultes. Ils se sont donc affranchis du besoin d’approbation et d’intégration dans le monde des aînés et sont maintenant capables de chier tout seuls sans le montrer à tout le monde (lire sont capables d’être riches sans porter des grosses «dookie chains» de mauvais goût).

2. La pulsion homosexuelle refoulée

«It ain’t no fun if my homies can’t get none» (Snoop Dog), «Can’t talk with a gun in yo’ mouth!?!» (Biggie Smalls), «I ain’t lookin’ for a lady» (Lil’ Wayne), «You got a new friend, well I got homies» (Kanye West).

On pourrait également citer le deuxième album de Eminem au complet tellement son homophobie crie un désir homo-érotique refoulé.

C’est bien connu, l’homophobie cache souvent des pulsions homosexuelles refoulées, et dans le cas des citations que je donne plus haut, les rappeurs laissant glisser des images à caractère homosexuel montrent bien que le refoulé remonte toujours à la surface d’une façon ou d’une autre.

Conscients de ce paradoxe, plusieurs rappeurs utilisent l’expression «no homo», après avoir utilisé une locution à consonance homosexuelle, pour insister sur le fait qu’ils disent quelque chose qui sonne gai, sans l’être pour autant (l’expression a été popularisée par le groupe Dipset).

Évidemment, cette précaution par laquelle le rappeur se défend d’être gai crie encore plus fort la pulsion homosexuelle refoulée. Par exemple:

«That’s my man!… No homo.»

Inversement, quand quelqu’un d’autre laisse glisser une phrase potentiellement homo-érotique, son interlocuteur, pour refouler encore un peu plus, dira «pause», voulant dire par là que la phrase le met potentiellement mal à l’aise parce qu’elle peut être interprétée comme étant à connotation homosexuelle.

Encore ici, pour souligner ça de cette façon en disant «pause», il faut avoir vachement peur de ses propres pulsions. Par exemple:

A: «Yeah boy! You’re my man!»
B: «Pause»

Pas facile de remettre la pâte à dents dans le tube, qu’on dit…

3. La logique messianique latente, autour de l’idée de «parole»

«That’s my word» (Mad Rapper), «Word is bond» (NAS), «Word up!» (Biggie Smalls), «God MC, Me, Jay Hova» (Jay-Z), «Follow the leader» (Rakim).

On reproche souvent aux rappeurs d’être des personnes sans moralité, sans respect pour les femmes, n’ayant pour valeur que le gain pécuniaire.

C’est sûrement vrai dans bien des cas. Un grand nombre de rappeurs prétendent se foutre des normes, se foutre des règles, se foutre d’à peu près tout («I don’t give a fuck», disait Eminem).

Mais si on pousse cette logique à terme, les rappeurs reprennent en fait le message du Christ, qui rejetait la loi au profit d’une nouvelle alliance, une «bonne nouvelle» qu’on annonce.

La nouvelle alliance que propose la rue, comme le message christique, tourne autour de la parole et du silence. D’abord, on se tait: l’omerta est la règle d’or, et la pire chose qu’on puisse être est un délateur («snitch»). Parallèlement, dans l’Évangile, on doit se taire pour protéger le Christ (Judas trahit Jésus en parlant aux autorités).

Si on parle, si on ouvre la bouche, ce doit être pour élever l’âme («word up»), pour se lier avec les autres («word is bond»), pour se définir comme personne («that’s my word»).

C’est ainsi que la moralité hip-hop est une des plus totalisantes qui soit, la rapprochant d’une logique religieuse, messianique.

«Seigneur, ne dit qu’un mot, et je serai exaucé». Qui l’eut cru?


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3 commentaires
  1. Mathieu says:

    je comprend que le ton de l’article est quand même un peu sarcastique (à voir comique), mais pour le #2 tu aurais pu trouver de meilleures citations … celle que t’as prises ne m’apparaissent pas vraiment comme des ‘pulsion homosexuelle refoulée’, mais plutôt des phrases prisent hors contextes ou que tu ne sembles juste pas avoir compris ce qu’ils essayaient de dire.

    tu iras faire un tour sur le post de Complex Magazine pour en trouver de meilleures lol.

    http://www.complex.com/blogs/2009/06/01/the-69-most-pause-worthy-lyrics-in-hip-hop-history/

  2. Paul says:

    Freud, comme beaucoup d’autres, assimile également le caca à l’or. Parallèlement à cette accumulation de caca dans leurs textes, les rappeurs se parent exagérément de bijoux, souvent en or. Ce n’est certainement pas un hasard!

    De plus, Freud avait établi des liens entre l’érotisme anal et la propension à l’accumulation d’or (ou d’argent). De là à faire un pas vers des pulsions homosexuelles refoulées, il n’y a qu’un pas…

  3. Paul says:

    Pas à pas…

    Note à moi-même : me relire avant de valider un commentaire…

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