Petite sociologie du crachat: cinq portraits-type de cracheurs

Numéro 83

29 juin au 13 septembre 2007

Un texte de
Caroline Pelletier

Publié le 29 juin 2007 dans
Idées, Société

Petite sociologie du crachat: cinq portraits-type de cracheurs

Crache, crache pas. Le crachat comme pratique populaire est tellement répandue que l’on pourrait séparer la population entre ceux qui crachent et ceux qui ne crachent pas.

Un jour, j’ai vu, arrêté à un feu rouge, un chauffeur de taxi ouvrir sa portière, se racler la gorge et évacuer un énorme crachat. Le crachat, revisité au goût du jour, pousse certaines sociétés à sévir. Les contrevenants se voient offrir une jolie contravention.

Par contre, en Chine par exemple, le crachat est valorisé: puisqu’il pollue notre organisme – au même titre que les pets et les rots –, il doit donc impérativement être rejeté, lieu public ou pas.

Raclage profond et bruyant est de mise. Des mœurs héritées de la Chine ancienne, mais des mœurs gênantes, certes. Les Jeux olympiques de 2008 auront servi d’excuse à Shanghai pour sévir en matière de crachat ou de tout autre conduite «incorrecte».

Autrefois vu comme une pratique saine, le crachat apparaît désormais comme l’apanage des non-civilisés, des fumeurs, des sportifs et «autres déficients de la tuyauterie respiratoire», disait Monestier, auteur du livre culte sur les sécrétions de ce genre, Le Crachat (Le Cherche Midi, 2005).

Cinq portraits-type de cracheurs

1. L’agressif

Pour lui, c’est un signe de supériorité, de virilité. Tel un félin, il veut intimider, voire impressionner. L’agressif se racle juste un peu la gorge, question d’amasser assez de salive et de pouvoir répéter l’opération plusieurs fois de suite. Il regarde autour de lui, s’assure qu’il sera vu et vise bien sa cible, si possible un endroit inconvenant.

2. L’accumulateur de salive

Qu’il soit sportif ou fumeur, ou atteint d’une maladie respiratoire chronique, il appert que l’accumulateur de salive ne crache pas seulement par caprice. Pour certains d’entre eux, il semble nécessaire d’évacuer le mauvais quand on fume ou encore, le trop plein de virilité au début d’un match de foot.

3. Le saisonnier

C’est quand les grands froids arrivent et qu’il est soudainement épris de congestion nasale que le saisonnier se met à l’œuvre. Juste au moment où ses sécrétions deviennent le plus contagieuses, il ressent le besoin de cracher le « moton » qu’il a de pris dans la gorge. Ici, le raclage bruyant et tout en profondeur demeure un art.

4. Le gars (ou la fille) cool

Geste carrément gratuit: «mon pote crache donc je crache, that’s it! On est cool!» N’importe où, mais surtout dans les cours d’école, le métro ou l’autobus. Le gars (ou la fille) cool est jeune, se fout des bonnes manières et même la rue lui paraît trop naturelle pour accueillir son «fluide » cool. Yo man!

5. Le contestataire

À ne pas confondre avec l’agressif, le contestataire a des convictions. Peu importe ce qu’il veut défendre ou dénoncer, le crachat reste pour lui – et à raison -, la meilleure insulte. La formation, la consistance et la couleur du crachat n’a pas d’importance : seule la cible du projectile en a! On est bien loin de la Chine antique.

Quelles que soient les raisons qui poussent certaines personnes à cracher, la question semble importante: est-ce possible d’«évacuer le mauvais» de façon esthétique? Peut-être qu’il s’agirait simplement de trouver une méthode pour cracher avec finesse, méthode qui pourrait s’enseigner dans les manuels de savoir-vivre…


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