Poésie fictive I

Numéro 59

12 au 18 janvier 2007

Un texte de
Christophe Bernard

Publié le 12 janvier 2007 dans
Fiction, Poésie

Poésie fictive I

Ma tête aussi a dû être réparée, en 1987.

À cette seconde comme les autres où elle a tapé le parquet du sous-sol,
J’ai souffert d’une commotion cérébrale et ce fut la fin du Big Bang.
L’univers connu amorçait un élastique retour sur lui-même.
Je vois bien pourquoi frère et sœur ont sitôt fui le lieu de l’intrigue,
Me laissant parmi les plantes vertes et les récentes lois physiques.
Mes yeux se sont rouverts sur une chambre classique
Où la lumière claquait dans une ampoule 100 watts.
Le docteur s’est amené; moi, je lui ai dit : « Pars, Nosferatu.»
Au téléphone, maman a su que j’étais réveillé,
Mais que du beau trauma de la mort
Mon cerveau était sorti plus mélangé qu’Hong Kong.
A.G. Bell l’aurait lui-même appelée
Qu’elle n’aurait jamais perdu sa raideur de bloc.
Elle a mis sa signature au bas des registres et nous sommes rentrés.
Depuis, tous les mercredis se répètent, c’est incroyable.
J’habite avec Geneviève et pour l’éternité sa mère me jugera bizarre.
Le soir je hennis comme une hyène à regarder Pierrot le Fou.
Aucun psy n’a guéri mon obsession pour la lettre z.
Moi qui suis mauvais dormeur et dors à tire-d’aile,
Aujourd’hui j’effraye les femelles
Par mes cernes lunaires et mes joues crevées.
Je saigne du nez souvent, et laisse aller le sang.
J’expérimente au dos d’une radio dégueulasse
Des combinaisons incongrues de transistors :
Un branchement de génie, et elle me dictera le vrai dans la science-fiction.
Mais grâce au Larousse d’amour qu’on m’a donné ce Noël,
Mon scrupule s’est confirmé : l’accident de 1987,
Ce n’était pas un accident, c’était un complot.
Je me suis trouvé ce jour-là au cœur d’un chaud gris-gris,
D’un règlement de compte d’enfants trop chéris.
Sur une planche glacée du dictionnaire,
L’image imprimée d’une boîte noire, parmi les mots français,
M’informait par le fruit de ses entrailles.


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