Politics – A Novel

Numéro 14

4 au 12 mars 2004

Un texte de
Marie-Claude Beaucage

Publié le 5 mars 2004 dans
Culture, Livres

Politics – A Novel
Adam Thirlwell
(HarperCollins, 279 pages)

p_livres_Politics_0304.gifSex sells, comme le disent si bien les anglophones. Mais qu’en est-il de la politique? Un peu moins vendeur direz-vous, du moins auprès du grand public. Pas trop grave en ce qui concerne >em>Politics, ce premier roman du jeune Britannique Adam Thirlwell – tout juste 26 ans, ancien d’Oxford, rédacteur en chef adjoint de la revue littéraire Areté et dont le nom figurait sur la prestigieuse liste publiée par le magazine Granta des 20 auteurs britanniques âgés de moins de 40 ans les plus prometteurs, alors que ce premier roman n’était même pas sorti! – parce qu’il y est peu question de politique.

Il y est surtout question de sexe. De sexe détaillé, qui laisse vraiment peu de place à l’imagination. Entre un gars et une fille. Entre deux filles. Entre un gars et deux filles. Mais détrompez-vous, Politics n’est pas un roman érotique. Non, les intentions d’Adam Thirlwell sont beaucoup plus nobles.

Il y a beaucoup de sexe dans Politics, mais il y est surtout question de moralité. D’éthique même. De compassion. Et d’amour, bien sûr. Parce que, comme nous l’explique le narrateur, «A lot of love is dependent on sex. It is difficult for love to survive without sex. So, in the end, if they are going to truly love each other, Nana and Moshe need to get to sex».

Politics, c’est donc l’histoire de Nana et Moshe, qui sont amoureux. «I think you are going to like Moshe. His girlfriend’s name was Nana. I think you will like her too», nous annonce le narrateur. Dès la deuxième phrase du roman, le ton est donné. Le narrateur ne nous fera pas de cachotteries. Et en fait, ce sera lui qu’on préférera aux personnages dont il nous raconte les péripéties, qui eux sont en substance plutôt triviaux, pour ne pas dire platement insignifiants.

Un exemple d’un de leurs édifiants dialogues: «So dyou like Dario Fo’s stuff And Moshe said, Dario? Dario Fo, she said. You’ve got lots of his plays. Oh them said Moshe, no no no, actually no. Oh, she said. I just would imagine you’d like him. He’s good, I think. Really?, said Moshe. Well, maybe». Éloquent.

Mais on s’éloigne de Nana et de Moshe. Ils sont amoureux, donc. Il est à demi juif et fait de l’eczéma. Elle est blonde, mesure six pieds et étudie l’architecture. Mais parce qu’elle n’est pas une bombe au lit, Nana croit que Moshe n’est pas satisfait de sa vie sexuelle.

En fait, c’est elle qui n’est pas satisfaite de la vie sexuelle de son chéri – quelle grandeur d’âme – et elle en viendra à penser que la clé de leur bonheur conjugal réside en un ménage à trois. Entre alors en scène Anjali, la meilleure amie de Moshe, bisexuelle (mais qui aime surtout les femmes), comédienne tout comme lui. Mais si la vie de couple, c’est déjà pas simple à deux, imaginez à trois. Ce sera compliqué, complexe et déchirant, mais surtout amusant et jouissif.

C’est donc la dynamique de ce trio qu’illustre Adam Thirlwell. Mais ce n’est pas là que réside l’intérêt et, oui, oui, grosse affirmation, le génie de ce roman. Ce n’est pas non plus dans la façon dont il aborde la vie sexuelle de ses héros (anti-héros serait plus approprié) et qu’il la lie à des questionnements moraux.

Non, le véritable intérêt de Politics, c’est plutôt la voix du narrateur, tellement caustique et tellement pleine de subjectivité. Aucune place n’est laissée à l’interprétation et à l’ambiguïté. Ses descriptions sont simples et directes, mais si précises – certains de ses détracteurs l’ont même comparé à un guide touristique à cause de cette précision dans la description – qu’on se croirait dans son cerveau tordu.

Et c’est jubilatoire. Tout comme le sont les multiples digressions qu’il fait à propos de Mao Zedong, Greta Garbo, Adolf Hitler, Vaclav Havel et Milan Kundera. Ces digressions ont d’ailleurs valu à Thirlwell plusieurs rapprochements avec Kundera, ce qui n’est quand même pas si mal pour un premier effort.


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