Pour en finir avec les journalistes-blogueurs

Numéro 143

27 février au 5 mars 2009

Un texte de
Simon Hobeila

Publié le 27 février 2009 dans
Chroniques, Le combat du mois

Pour en finir avec les journalistes-blogueurs

Les journalistes analysent, les journalistes-blogueurs jasent. Désormais, le recul journalistique serait-il seulement une responsabilité des lecteurs? Notre chroniqueur décrypte notre perception à l’égard de ce corps de métier.

La diversification des sources d’information et le pluralisme moral des sociétés modernes a fini d’achever ce qui restait de votre douce crédulité envers l’Information avec un grand I.

Vous savez, l’époque bénie où il vous était encore permis de croire tout ce que vous lisiez et d’être d’accord sur toute la ligne avec votre chroniqueur préféré? Oui, cette époque est terminée.

N’allez pas croire que ce n’est pas bien. Après tout, on vous a tant vanté les vertus du doute systématique qu’avouez que ça fait plaisir d’en arriver là.

Sauf que le hic avec le doute systématique, c’est qu’il ne prend pas relâche. Et là, ça devient long.

Les beaux-frères 2.0

Ce qu’il vous faut, c’est remettre à jour la planification de votre vigilance en matière d’information.

Avant, le plan était simple: le journalisme étant quasiment une profession, les journalistes étaient quasiment des professionnels et avaient donc des privilèges (eux peuvent poser des questions au premier ministre) et des obligations (objectivité et rigueur dites journalistiques).

Vous leur accordiez donc toute votre confiance et abaissiez votre niveau de vigilance.

Aujourd’hui, votre journaliste préféré écrit et «blogue». Et par un mystère que vous ne vous expliquez pas, il semble avoir confondu l’absence de contraintes d’espaces et l’absence de contraintes éditoriales.

Le résultat direct de ceci est qu’il vous est dorénavant donné à lire plus que simplement «le meilleur» de votre journaliste préféré.

(Parenthèse: quelle belle démonstration que la contrainte n’est pas uniquement source de mal. Sortez ça à un anarchiste la prochaine fois que vous en rencontrez un.)

Non, votre journaliste, il vous parle désormais à la fois de son for intérieur et de son chien. Il vous balance un lien YouTube à l’occasion et peut-être même un test de personnalité tibétain en Powerpoint. Bref, le journaliste-blogueur est devenu votre beau-frère 2.0.

Pourquoi refuser le «friend request» de François Bugingo

Le problème, c’est que vous n’êtes soudainement plus tentés de croire aussi facilement ce qu’il dit.

Bien sur, vous pourriez considérer ce qui est publié sur le blogue comme relevant du texte d’opinion léger et ce qui est publié au journal comme grave et réfléchi. Mais rien n’y fait.

Il a beau mettre son chapeau de journaliste, vous voyez très bien qu’il risque de salir le tapis de votre connaissance avec ses grosses bottes.

Puis vous vous dites que vous n’auriez jamais du devenir si près de votre journaliste préféré. Que vous regrettez de lire son blogue corpo. Que vous n’auriez pas dû le suivre sur Twitter.

Et qu’aussi tentant soit-il d’accepter, vous devriez refuser le «friend request» de François Bugingo pour préserver votre admiration professionnelle pour lui.

Vous êtes peut-être superficiels, mais quand un étranger bien articulé jouissant d’une aura professionnelle vous entretient d’un sujet sérieux, vous avez l’impression que ses propos font autorité. Quand votre beau-frère vous entretient du même sujet, il jase.

C’est comme ça. Et c’est à vous maintenant de faire l’effort de les différencier.


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3 commentaires
  1. Rocklapin says:

    Journaliste …. c’est tellement 2007 . 2009 on dit rédacteur!

  2. Daniel Roy says:

    Grand bien nous fasse! Il est temps que les gens deviennent plus critiques par rapport aux différentes sources d’information. De plus, la valeur ajoutée que nous permet l’utilisation d’Internet pour une variété de points de vues est maintenant un outils journalistique. Quand je pense aux pauvres américains et à leurs méga chaînes privées d’information… et ce n’est pas beaucoup mieux de notre côté de la frontière.

    La qualité de la radio, qui se conjugue bien sur le web, regagnera un peu en pouvoir, mais si on regarde du côté de la télévision… iiich, même publique. La tendance est au spectacle et aux lignes ouvertes.

    Je vous recommande vivement le blogue Vivre entre les lignes de Pierrot Péladeau qui réfléchit au-delà de l’information, les risques liés à la concentration de données par nos machines et l’utilisation judicieuse de ces nouvelles technologies. Comme quoi, de nouvelles voix peuvent être pertinentes en information.

    Les sources peu crédibles ont toujours été présentes et resteront, l’accès rapide à ces sources peu fiables est seulement grandi. Cependant, vivement des esprits critiques et une plus grandes variétés d’information. Je crois que les rédacteurs qui se sentent intimidés devraient passer à une autre étape et profiter pleinement des nouvelles portes offertes à eux aussi, tout en faisant honneur à leur étique de travail. La qualité sortira toujours un peu plus du peloton.

  3. georges says:

    @ Rocklapin: Rédacteur ou réducteur… Hooonn, c’pas fin.

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