Pour toujours, Duras

Numéro 46

29 septembre au 5 octobre 2006

Un texte de
Daviel Lazure Vieira

Publié le 29 septembre 2006 dans
Culture, Livres

Pour toujours, Duras

J’ai découvert Marguerite Duras un dimanche après-midi pluvieux, quelques semaines seulement avant d’assister à la lecture d’un de ses textes, La Maladie de la Mort, à la Place-des-Arts.

une pièce interprétée par nulle autre que l’une des plus grandes actrices françaises des dernières décennies, Fanny Ardant, égérie de François Truffaut et d’Alain Resnais.

Je tenais entre mes mains L’Amant. En l’espace d’une soirée, j’ai dévoré le livre en entier, parcouru chaque page avec une telle émotion et une telle intensité qu’il m’était presque impossible de décrire en mots ce que je ressentais. Et puis je me suis mis à parcourir rapidement le reste, les autres. À aller nerveusement à la Librairie Gallimard m’acheter Le Ravissement de Lol V. Stein, puis Un barrage contre le Pacifique, puis Moderato Cantabile, puis L’Amant de la Chine du Nord, jusqu’au minuscule C’est tout.

Duras. Deux syllabes qui résonnent et creusent un abîme de mots et de phrases, une syntaxe passée au hachoir, le poids de l’écriture. Elle nous a quitté voilà dix ans, mais son oeuvre n’a pas pris une ride.

Duras, la femme perdue et éperdue de littérature, de politique ou de cinéma, parlant de sa plume comme du moteur principal – j’irais jusqu’à dire unique – de son existence. Dans Écrire, elle pose un diagnostic clair sur sa condition: ou la mort, ou le livre.

De la publication des Impudents en pleine guerre mondiale, en passant par les dernières années marquées par la présence de son ami et compagnon, Yann Andréa, Marguerite Duras résiste. Les années passent, mais ses livres restent. «Écrire, dira-t-elle, c’était ça la seule chose qui peuplait ma vie et qui l’enchantait.»

Deux semaines plus tard, j’entre dans la Cinquième Salle de la Place-des-Arts pour assister à cette lecture, dans le cadre du Festival International de Littérature.

Le décor est complètement vide, hormis une pièce, à l’extrême gauche, éclairée d’une blancheur presque immaculée. Fanny Ardant s’impose sur scène. Elle est grande, immense, habillée de noir, le regard enflammé par ce texte qu’elle récite par coeur.

Elle fume. Elle boit, puis jette le verre de vin qu’elle tenait dans ses mains, il se brise en mille morceaux sur le sol. Elle tient un couteau. Elle raconte l’histoire de Yann Andréa et de Marguerite, ensemble dans une chambre, pris entre le désir de faire l’amour et celui de partir, de quitter, ou de mourir.

L’homme incapable d’aimer, cette troisième personne du singulier qui répond «jamais» lorsqu’elle demande s’il a un jour aimé, devra continuellement être hanté par cette maladie, la mort, qui progresse lentement en lui, l’habite. La conclusion de La Maladie de la Mort n’en est que plus poignante, déchirante et tragique: «Ainsi cependant vous avez pu vivre cet amour de la seule façon qui puisse se faire pour vous, en le perdant avant qu’il soit advenu.»

En complément de programme, je décide d’aller faire un tour à l’Usine C où se réunissent plusieurs artistes venus lui rendre un dernier hommage.

Des textes qui s’adressent directement à Duras, ponctués d’extraits, de documents et de témoignages. Les confidences d’une Fanny Ardant, d’une Laure Adler, d’un Dominique Noguez, d’une Paule Baillargeon ou d’un Robert Lalonde. Danielle Laurin a d’ailleurs eu la très bonne idée de recueillir tout cela pour en faire un livre, en même temps que paraît chez Varia un court récit qu’elle a écrit sur celle qui, dit-elle, a «sauvé sa vie en plein hiver».

Duras, l’impossible, un récit de Danielle Laurin, aux éditions Varia. Paraît également, chez le même éditeur, Lettres à Marguerite Duras, collectif réunissant de nombreux artistes et auteurs autour de l’écrivaine. Les livres de Marguerite Duras sont publiés chez Plon, Gallimard, aux Éditions P.O.L et de Minuit.

La rétrospective sur Marguerite Duras était présentée dans le cadre du 12e Festival International de Littérature qui avait lieu du 15 au 24 septembre.


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