Pourquoi j’ai quitté la ville pour revenir en région (2e partie et fin)

Numéro 207

13 mai au 7 juin 2011

Un texte de
Camille DT

Publié le 13 mai 2011 dans
Idées, Société

Je reviens à Montréal pour juillet, et, étrangement, ça m’excite pas mal moins que prévu. Lettre ouverte au Saguenay.

Je n’ai finalement fait ni promenades en traîneau à chien ni courte-pointe, et je n’ai pas rencontré de vieil entrepreneur pour arrondir mes fins de mois. J’ai par contre compris qu’au Saguenay, y avait pas mal juste moi de snob, que danser sur du Rihanna, ça peut être drôle et que j’avoue, je l’aime, mon patelin.

Je me plaignais du choix, ô combien excitant, de magasins de vêtements et de restaurants à Chicoutimi, et mon séjour n’a effectivement pas commencé en force. Après plusieurs échecs, j’ai découvert que le Rossy offre un vaste choix de short en jogging à la Alexander Wang et que plusieurs restaurateurs ont enfin compris que de proposer régional, autre que le fromage qui fait «sqwick», pouvait être intéressant.

Non, mon épopée n’a pas été aussi riche culturellement parlant que ce que le maire de Saguenay laisse entendre, mais il y a ici beaucoup de talent. Du talent qui partira pour la métropole un jour ou l’autre, par choix ou par obligation, mais beaucoup de potentiel. Je suis fière des Saguenéens qui sont fiers. Je suis fière de mon coin, mais pas au point d’y rester.

Avant mon retour aux sources, l’idée de pouvoir visiter mes grands-parents chaque semaine me réconfortait, et je crois que c’est ce qui a fait pencher la balance. J’étais déjà très près d’eux, mais aujourd’hui, l’idée de retourner à Montréal et de ne plus les voir aussi souvent me peine beaucoup. Je ne voudrais pas leur faire subir mes séjours ici, un matelas gonflable sur le plancher de leur petit studio. Je me suis mise pas mal chum avec les autres vieux de la résidence, même si ma grand-mère n’en parle qu’en mal, mais je ne me vois pas chiller au Manoir Champlain pour Noël.

Robert et Gaëtane m’ont beaucoup appris. Mon grand-père cultive le kombucha, fait les impôts des plus démunis, prépare la crème Budwig chaque matin pour grand-maman. Je ne tiens clairement pas assez de lui. Pour ce qui est de ma grand-mère, on se ressemble beaucoup plus sur le plan de la conscience sociale et de la vaillance. Elle dit que je l’impressionne d’aller à l’école, de prendre des cours de ballet et de faire la cuisine. Quand tu as l’impression de rien faire de ta peau, ça déculpabilise presque d’être en pyjama et d’écouter Les docteurs.

J’ai eu le malheur un jour de leur apporter un pain de viande maison. Elle m’a dit que j’en faisais trop, que c’était compliqué, et elle a rempli mon sac à main de barres tendres, question que je n’aie plus à me faire à manger.

Quand je suis nostalgique, à Montréal, j’ouvre habituellement une bouteille de blanc et j’écoute du Souchon, mais à Chicoutimi, je vais les voir. En échange de leur temps, je leur apprends à stalker mes cousins et cousines sur Facebook. J’ai aussi fait visiter à ma grand-mère son village d’enfance via Google Maps. J’ai tenté la même chose avec mon grand-père, mais il a un Mac pro, ce n’est pas un néophyte. Il était pas mal fier de me dire qu’il connaissait ça. Pour qui je le prends?

Pour ce qui est des garçons, le scénario que je m’étais imaginé c’est avéré. Je n’avais pas prévu tomber amoureuse d’un garçon d’ici, pis ben, ça ne c’est pas passé non plus. Je me suis quand même laissé prendre à trouver l’accent sexy, sauf si l’accent en question conduisait un pick-up.

Il y a bien eu une ou deux dates, mais c’est vrai que les garçons ici s’attendent à du sérieux. Ils veulent un statut pis des enfants dans pas trop longtemps. Un effet de masse, je suppose. Je me suis donc rabattue sur l’alcool, pas la Corsse light, mais bien la bière de microbrasserie d’ici. Oui monsieur, elle fesse encore plus, mais fait prendre quelques livres aussi.

Pour faire plaisir à ma mère, je vous dirai que la raison principale de mon aventure ici était scolaire. À deux cours pour la session, je ne sais pas trop si je peux appeler ça un retour, mais je sais au moins que la suite n’est pas pour septembre. Et elle ne sera certainement pas plus chargée. Je ne suis malheureusement pas faite pour les hautes études. Ça doit me venir de ma grand-mère, faut pas me blâmer.

J’avais entrepris un certificat en rédaction. J’ai fait un lexique sur les produits de beauté et j’ai lu du Amélie Nothomb. Pas malade. Cette incursion dans le monde universitaire m’aura tout de même confirmé que je suis un prodige. Ma mère m’a longtemps répété que ce n’était qu’au secondaire qu’on pouvait s’en sortir sans effort. Je suis probablement trop hot, et je ne voudrais pas faire subir ça aux autres étudiants, ça doit être choquant pour eux de me voir réussir.

Je serai de retour dans la métropole en juillet avec un bel appartement, une coloc que j’aime et, j’espère, un job pas-si-pire. Pour le reste, je me donne le temps. Je n’espère pas trop, si ce n’est que ce que j’ai laissé en partant, mis à part mon ticket de la STM, m’aura attendu.

Je devrai me réhabiliter, réapprendre à côtoyer des blogueuses mode et des photographes. On m’a aussi prévenue de ne pas parler avec des sans-abri, c’est dangereux, ces affaires-là. Le Saguenay m’aura appris à ne pas me faire trop de scénarios. J’ai été dure avec lui, et il m’a prouvé que j’avais tort.

Je vais m’ennuyer de toi là-là.


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1 commentaire
  1. alice says:

    Hey, imagine si t’étais retournée plus que 5 mois..

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