Pourquoi j’ai quitté la ville pour revenir en région

Numéro 198

26 novembre au 9 décembre 2010

Un texte de
Camille DT

Publié le 26 novembre 2010 dans
Idées, Société

Le mythe inversé: repartir de la métropole pour sa région natale. Quitter les garçons, quoi, mais pour peut-être sauver sa peau.

Montréal - ChicoutimiJe commence à comprendre que, dans la vie, il n’y a pas que les dates au Cagibi et les shows à la Casa. Je vous avoue que j’ai compris que, comme pour les garçons, c’est parfois plus sage de passer son tour, quitte à savoir par la suite ce qu’on veut.

C’est comme ça que j’ai fait le choix de m’exiler au Saguenay jusqu’en juillet. Bin, on verra en avril…

Artisanalement parlant

Je sors habituellement le même discours à tous ceux qui veulent bien se payer ma gueule, tous ceux qui pensent que je n’endurerai pas deux mois de magasinage au Garage pis de souper à la Cage aux Sports.

Oui, dit comme ça, y a rien de trop reluisant dans mon expatriation, mais je rêve secrètement de sœur cloîtrée et de Johnny Depp dans le film de peur sur l’écrivain. D’ailleurs, je vous avoue, le Quartier des écrivains à Chicoutimi, c’est loin d’être Saint-Stanislas. La maison qui me sera laissée, un maudit bon point, n’est pas faite de billots de bois et est située plus près d’un centre commercial que d’une réserve faunique, mais qu’à cela ne tienne, c’est quand même plus rustique que Gilford et Christophe-Colomb.

Je me déplacerai en traîneau à chiens dans les sept pieds de neige déjà bien installés, j’écrirai une belle histoire d’amour entre une native pis un plein de cash. Je pense également me mettre au crochet et au métier à tisser. Qui sait, je reviendrai peut-être avec une carrière dans l’artisanat et un riche entrepreneur comme mécène.

Ce n’est pas les activités qui manquent au Saguenay. L’ornithologie, les courses dans l’pit de sable, les grands-parents au foyer, je n’aurai aucune difficulté à combler mes temps morts, même sans permis de conduire.

Mis à part l’aspect bucolique d’une terre en région 02, l’idée de côtoyer des filles de 21 ans et leurs deux enfants me branche. Je retrouverai mon statut de fille cool et indépendante.

Ici, je m’enfarge dans mes pieds même si je ne chausse que du 36. Je ne serai plus celle qui, avec son 7/8 de DEC et son jeune âge, se sent complexée devant ses amis avec un emploi intéressant, un bel appartement et une poignée de bac. J’ai bien l’intention de profiter de mon séjour pour au moins me payer un certificat en élagage. L’UQAC, vu ses problèmes de financement, accepte pas mal tout le monde pas mal en tout temps.

Je n’aurai qu’à extrapoler un peu, question qu’ils oublient que je n’ai ni l’âge ni mon cours d’éducation physique 3. «Hey la fille a écrit pour P45, c’est pas n’importe qui.»

La Chaise orange

Il n’y a qu’un problème et c’est sur le plan des garçons. Bien que je n’aie personne à qui écrire de mots doux à Montréal, je doute que ce soit à Chapais-Chibougamau ou à Arvida que je trouve la perle rare.

J’aurai à me contenter des quelques passages de Yann Perreau, Dumas et des gars de Radio Radio, du moins le plus mignon des trois, pour satisfaire mon besoin de phrases remorques et de drague à emporter. Je compte là-dessus, mais Chicoutimi, ma nouvelle résidence, n’a plus de salle de spectacle à proprement parler. Étrange pour la soi-disant capitale culturelle nationale.

Les musiciens, excepté les ex-Académiciens qui comblent le théâtre municipal de La Baie, sont pognés pour se produire dans une salle pas de stage où mon petit frère chantait Pour un instant lors du spectacle de Noël de l’école. Un genre de Divan orange sans alcool ni nachos. La Chaise orange.

Je serai certainement plus sage au Saguenay lorsqu’il sera question des garçons, mais je ne peux malheureusement pas promettre la même chose à mon foie.

Dans le 514, que tu sortes à l’Astral 2000 ou bien au Sir Winston Churchill, ça finit toujours par te coûter un bras. Dans le 418, les propriétaires de bar savent qu’ils doivent sortir les gros deals s’ils veulent attirer la poignée de jeunes adultes qui ne sont pas encore parents ou partis. Quadruple ton cash, pichets de bière en fût à volonté et shooters trop sucrés pour quatre trente sous sont monnaie courante.

Ça m’arrive de trop boire à Montréal, je ne tromperai personne, mais quand je bois trop, c’est que je sors avec des amis garçons. Au Saguenay, que j’aille prendre un verre avec n’importe qui de 13 ans et plus, je ne pourrai pas les suivre en terme de boésson. Avec les années, j’ai perdu ma tolérance à l’alcool et mes gênes de Montagnaise ne ressortent plus que les lendemains de veilles difficiles ou lorsque j’oublie avoir passé la nuit dans le parc à côté de la SAT.

J’aurai à m’en tenir à la «Corsse Light». Je ne pourrai plus faire ma fraîche avec mon vodka Ricard à la Gainsbourg. Personne comprendra et puis de toute façon, «c’est quoi ça, du Ricard?»

F*ck les paillettes

Je crois avoir pris la bonne décision, avoir mis de côté mon besoin d’attention et de paillettes, pour retourner aux sources. Je ne penserais pas faire plus de sport, être un meilleur parti ou manger plus sainement en région, mais mon retour aux études s’avèrera assurément plus bénéfique si je suis là-bas.

Je suis partie de la maison familiale très jeune avec les poches pleines d’ambition: j’allais devenir styliste. Après quelques essais dans le domaine de la mode et surtout après avoir habillé un Cœur qu’on ne nommera point, je n’ai pas le goût de passer pour la fille qui joue avec de la guenille.

En plus de ne pas avoir la passion, parlons franchement, je n’ai pas le talent. J’ai écoulé mon budget de prêts et bourses en magazines et en matériaux de scrapbooking, et un retour aux études à Montréal est difficilement envisageable à l’intérieur des trois prochaines années.

Ma mère a décidé de m’aider. Je prends soin de la maison familiale, du chien et de mon petit frère pendant son absence en échange du paiement de mes frais de scolarité. Un meilleur deal que la bière en fût à volonté, si vous voulez mon avis.

Je laisse derrière moi, pour un moment seulement, des amis que j’aime et des projets intéressants, mais ce n’est que pour y revenir mieux préparée. Et puis ma prochaine visite est prévue pour le 20 décembre, c’est pas comme si on se perdait jusqu’en juillet.

Ce n’est qu’un au revoir, mes frères.


Collaborez, vous aussi, au magazine P45, ou envoyez-nous vos idées pour les chroniques Approuvé-réprouvé ou encore P45 hebdo: courrier [à] p45.ca.

Discussion

Appréciations
Tweets
18 commentaires
  1. Unefilledubsl says:

    Une chronique assez insultante pour ceux et celles qui ont choisi de faire leur vie en région! Un beau ramassis de préjugés…

  2. monsieurmonsieur says:

    un peu d’accord avec Unefilledubsl. Après on se demande pourquoi les gens des région font du Mtl. bashing.

  3. Le texte n’a rien à voir avec le Montréalais de souche qui va faire du tourisme bourgeois. Ici, c’est une fille du Saguenay qui retourne chez elle et qui joue la carte de l’humour. Un peu d’autodérision, ça ne fait pas de tord parce qu’une ode à Chicoutimi, ça aurait été hyper ennuyant.

    Et le Plateau bashing, c’est une autre histoire. Don’t get me started, comme on dit.

  4. monsieurmonsieur says:

    ouais, je vois l’autodérision; j’suis pas épais. Faudrais demandé aux gens de Chicout’ ce qu’ils en pensent peut etre.

  5. xkr says:

    On s’en fout de ce qu’ils en pensent. C’est un texte de création, point.

  6. monsieurmonsieur says:

    Vive la création!

  7. Jimmi says:

    texte béton,
    Ma copine viens de Rimouski, je suis plus que heureux quand on part là-bas en char, 6 heures de routes, les bons petit cafés, une soirée au Sens Unique, un souper au resto et voilà on a faite le tour. 3 jours et beu-bye. Même chose pour toutes ses petites villes au Québec. On bash pas, c’est juste ça qui est ça.

  8. Très bon texte Camille!
    Je te comprends…
    Bon, bien, en espérant quand même te revoir dans le 514 éventuellement. Ça ne sera pas chez le chinois du coin De La Roche/Gilford par contre…J’ai déménagé hors-Plateau…
    à plus…

  9. camilledt says:

    J’aurais pu dire qu’au Saguenay, je ne croiserai personne qui porte du Desigual, que les risques que je tombe sur un gars qui me saoule toute une soirée parce qu’il est “de même” le gars du band sont grandement diminués pis que je n’aurai plus à faire de line-up pour m’acheter une bouteille de rouge cheap à la SAQ.

    J’aurais également pu ajouter que les garçons qui sont beaux ne le savent pas pis que ça, c’est sexy, que l’hiver à Montréal ça pu presque autant que l’été et qu’à Chicoutimi, les serveuses ne me feront pas d’attitude.

    Ça aurait été plate, ein?

  10. Non, pas si plate. Même drôle.
    On attend ce texte pour le numéro 199.

  11. Unefilledubsl says:

    C’est d’autant plus drôle que c’est probablement plus proche de la réalité!
    Car désolée de le dire, mais de la Coors Light, ils n’en tiennent même plus au dépanneur à côté de chez-nous et que le traîneau à chien ça reste une activité pour touristes montréalais en manque de grand air. Peut-être que tu n’écris que pour divertir et ainsi j’admets que l’auto-dérision et le style caricaturale fonctionnent bien dans ce dessein. Mais quand je lis des chroniques d’humeur, j’aime surtout apprendre et découvrir des points de vue sans sentir qu’on ridiculise un style de vie. Notons donc que je ne suis pas pro du Mtl bashing non plus!

  12. Ma réponse, longuement murie et réfléchie sur : http://sexinthecountry2.wordpress.com/2010/11/28/la-«grandville»-etou-les-regions/

    J’adore moi aussi l’auto-dérision! J’en suis adepte et je la savoure, mais je trouve qu’elle manque ici de profondeur et j’aimerais bien savoir, si, dans quelques mois, tu auras su découvrir, dans ta région d’origine, ces trésors dont je parle sur mon blogue.

    Sur ce, la meilleure des chances à toi, dans ton retour en région!

  13. Moijedis says:

    C’est pas vrai que Chicoutim… s’cusez, Saguenay, n’a pas de salle de spectacle à la hauteur d’une capitale culturelle??? C’est pas vrai qu’il n’y a pas de shotters pour 4 trente sous dans certains bars??? C’est pas vrai qu’il y a 3 X plus de neige qu’`à Montréal??? Une chose certaine… c’est qu’il ne faut pas ridiculiser notre cher patelin (ni notre bon maire)!!!! Je viens de Chicoutimi, j’y reste, pour bien des raisons… et pour la plupart, des bonnes. Mais je suis capable de faire la part des choses, et de m’amuser, et oui, l’autodérision ça fait du bien… Et quand on exagère… c’est toujours plus drôle. Bienvenue Camille !

  14. Essaye de ne pas dire trop fort que tu as publié ce texte à tes nouveaux futurs amis du Saguenay, ils pourraient ne pas le voir comme « un texte de création, point ».

    Je passerai te dire un petit bonjour quand je retournerai voir la famille au Saguenay.

  15. Tatie says:

    Ah, la susceptibilité des gens des régions! Plus encore, celle des Saguenéens, qui ont la mèche bien courte (et généralement, chez la femme, de trois couleurs)… Née et élevée à Chicoutimi, je me souviens du conformisme, des préjugés, des regards hostiles ou moqueurs si on n’était pas habillé de la bonne façon, si on parlait différemment, si on ne rentrait pas dans le rang. Je me demande toujours comment il se fait que cette région ait pu produire autant d’artistes. Je te trouve bien courageuse, ma Camille. Et je t’attends le 20 pour notre gros steak!

  16. moijedis says:

    Bon, bon, bon. Je crois que nous nous éloignons du débat! Car, au départ, le propos de Camille n’est-il pas : ”Comment vaincre son hypermodernité et sauver le reste de sa vie” sic… Première étape!

  17. Alex/Gagnon says:

    Il suffit de trouver sa métropole dans la région. sa va aller.

  18. Alex/Gagnon says:

    J’aimerais par contre désillusionner tous les faux-artistes et les hipsters du plateau et du mile-end… ceux qui se croient si intéressants et si forts psychologiquement (quand au fond ils embarquent comme des enfants jubilants devant les télétubies sur tout ce qu’il y a de nouveau.. les hypes!)… la question est, aviez-vous des amis au secondaire?

Commenter