Pourquoi je boude Urban Outfitters

Numéro 201

21 janvier au 3 février 2011

Un texte de
Catherine Bélanger

Publié le 21 janvier 2011 dans
Idées, Mode, Société

75% coton, 25% nylon, 0% respect.

En décembre 2009, une plainte a été déposée à l’Office québécois de la langue française parce que le site d’Urban Outfitters (UO), uniquement en anglais, ne respectait pas l’article 52 de la Charte de la langue française: «Les catalogues, les brochures, les dépliants, les annuaires commerciaux et toute autre publication de même nature doivent être rédigés en français.»

À la fin de janvier 2010, il y a un an maintenant, UO a bloqué son site web à toute personne située au Québec, dirigeant l’internaute vers une page statique.

Et ça, moi, ça me dérange. J’ai donc essayé d’évaluer le poids que j’ai en tant que consommatrice d’UO.

En épluchant mes relevés bancaires de l’année qui vient de se terminer, j’ai constaté qu’en 2010, comme le démontre ce graphique, j’ai dépensé au moins 1763,05$ dans l’une ou l’autre des boutiques UO à Montréal.

J’écris «au moins» parce qu’il m’arrive souvent de payer comptant lorsque mes achats ne dépassent pas 50$. Mes visites au UO pour de petits achats tels qu’un cadre pour insérer un disque vinyle, une paire de jolis écouteurs, des bas-culottes, un pendentif, un serre-tête et autres arbres métalliques pour accrocher mes bijoux ont été fréquentes en 2010. On peut donc facilement y évaluer mes achats à 2000$.

Vêtements provenant d'UO

Ce montant représente grossièrement deux fois le montant qui devrait être dépensé par année en vêtements par une femme seule vivant à Montréal, si l’on se fie à la Mesure du panier de consommation établie par Statistique Canada. Oui, c’est excessif, j’en suis consciente, et je n’en suis pas particulièrement fière.

Non, le fait qu’UO n’ait pas de site en français ne m’a pas empêchée, jusqu’à ce jour, de faire des achats dans ce magasin. Parce que, même si je sais que les articles qui y sont vendus sont tellement beaucoup trop chers, j’aime vraiment ce qu’UO offre et j’arrive difficilement à résister à ses bottillons.

Ayant déjà travaillé à la traduction de sites web d’une taille semblable, je sais qu’il peut-être laborieux et complexe de s’atteler à une telle tâche. J’ai donc laissé le temps à UO de s’organiser et de trouver les ressources pour y arriver. Mais plus d’un an après le dépôt de la plainte, le site est toujours inaccessible.

J’ai donc décidé qu’en 2011, je mettrais mes 2000$ ailleurs.

Détrompez-vous, ma bataille n’est pas simplement celle d’une francophone qui a peur de voir sa langue disparaître. Ma rébellion est aussi celle d’une cliente. Si j’étais anglophone, je serais probablement en train d’écrire le même texte (pour Nightlife, Exclaim ou le Mirror, peut-être même P45).

Il est facile d’imaginer que si les gens à la tête d’UO ne jugent pas nécessaire d’offrir un site web pour la clientèle du Québec, anglophone ou francophone, c’est qu’elle ne leur semble pas assez importante. C’est un manque de respect inacceptable.

Peu m’importe qu’ils aient l’intention ou non de nous donner un site web un jour. Ce délai est à mon avis ridicule et ils ne méritent pas mon amour.

Il est fort probable que cette compagnie dont les ventes ont atteint 1,8 milliard $ en 2009 n’ait pas grand-chose à faire des 2000$ que j’y dépense annuellement. Mais le geste est important pour moi.

Vous, les têtes pensantes d’UO, rassurez-vous, je pardonne. Mais en attendant que vous corrigiez la situation, je vais sur le site européen, je regarde les robes puis je les essaie, comme je peux.

Catherine essaie des robes


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11 commentaires
  1. Rocklapin says:

    j aime le kit numero 4 , le ket numero 1 mange trop tes joues

  2. Jonathan says:

    Je trouve aussi ridicule que cette compagnie ne puisse nous offrir de site web en français. Mais cette loi nous aide t-elle vraiment a évité de perdre notre français? Il y a plusieurs concours international sur internet dont Apple dernièrement. La personne qui telecharge la 10 000 000 000 applications aura le droit a une carte iTunes de 10 000$! Mais le Québec y est exclu en raison de cette loi. Mes chances de gagner sont minces, j’en convient! Par contre, si je vais le choix daller sur un site internet ou un autre qui est en anglais c’est ma décision! Les commerces peuvent bien afficher en anglais sur incendier mais lorsque vient le temps de passer en magasin le bilinguisme est de mise. Un peu contradictoire mais bon!

  3. fabien Loszach says:

    dépenser autant d’argent pour des vêtement d’aussi mauvaise qualité confine au ridicule.

  4. Camille DT says:

    M. Monpetitlook a parlé…

  5. Alix says:

    Le blues de la hipster. Sans rancunes….

  6. Janick Lavoie says:

    1763,05$ vraiment? C’est presque l’affaire la plus choquant de ton histoire ;)

  7. fabien Loszach says:

    @Camille DT : Mr Glenn o brian a parlé

  8. Simon says:

    @Jonathan: Les concours au Québec sont encadrés par la Loi sur les loteries, les concours publicitaires et les appareils d’amusement. Au lieu de se conformer aux exigences de cette loi (qui vise la protection du consommateur), les organisateurs de concours préfèrent plutôt exclure les résidents du Québec. Il n’y a aucune référence à l’utilisation de la langue française dans les règles en question.
    http://www2.publicationsduquebec.gouv.qc.ca/dynamicSearch/telecharge.php?type=2&file=%2F%2FL_6%2FL6R6.htm

    Quant à l’effet de la Charte de la langue française sur la préservation du français, je conçois bien que vous puissiez en douter.

  9. Luke says:

    La loi au Québec oblige les compagnies a s’enregistrer auprès de la commission des jeux et de l’alcool. Évidemment, il y a un coût (minime) rattaché à ça de 5% de la valeur du prix. La compagnie doit appliquer pour une licence de concours, faire parvenir le règlement de celui-ci en français à la commission. J’imagine que certaines compagnies n’ont pas les règlements en français et ne veulent pas payer un traducteur etc pour faire rédiger le règlement…Je le sais, je suis traducteur/responsable concours à Toronto et c’est pas toujours facile. Courage aux gens de la province du Québec!

  10. Simon says:

    @Luke: Merci de la précision!

  11. says:

    Excellent ! Mais tu sais Catherine, pour ta consommation pûre et dûre, à mon avis, UO ne mérites jamais de vendre une chemise à carreaux en flanelle mal taillée à une femme si intelligente que toi pour 79.99 $. Prochaine fois, achètes en solde comme je le fais (un mardi matin) ou vas ailleurs (comme chez Simons, en haut, dans le Contemporaine, oui oui) pour trouver de meilleures matières à un bon prix ! Je suis pleine de suggestions au besoin. Pour moi UO ne devrait jamais avoir plus de 20 $ de ma poche par vêtement. Tout y est trop cheapos pour donner plus que la valeur d’un repas de tacos.

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