Purée, biberon et couche pour toi ma grande

Numéro 64

16 au 22 février 2007

Un texte de
Marie-Ève Corbeil

Publié le 16 février 2007 dans
Idées, Société

Purée, biberon et couche pour toi ma grande

Assise sur mon sofa, je zappais alors que je suis tombée sur un reportage sur une garderie pour adultes (sic) qui a ouvert récemment ses portes à Montréal.

Dans ce reportage, on découvrait qu’à la garderie ABDL (Adult Baby and Diaper Lover) les gardiennes en poste accueillent des adultes qui trippent à se faire traiter comme de jeunes enfants, comme des bébés. Le programme: fessées à répétition, changements de couches et repas entre petits amis…

Je n’avais jamais entendu parler de cette déviance étrange, méconnue, dérangeante, nommée infantilisme. Deux semaines plus tard, toujours aussi intriguée par le phénomène, je me suis retrouvée là-bas afin d’interviewer une cliente, Bébé Caro, et une nounou dominatrice, Maman Éloïse.

Batailles de bouffe

À l’entrée de la garderie, Maman Éloïse m’accueille et me demande d’ôter mes souliers. «Faut pas salir le plancher, car la majorité de mes clients se traînent à quatre pattes», m’informe l’employée. Vlan! Avec cette recommandation, je sais maintenant à quoi m’en tenir…

La nounou sévère me fait ensuite visiter les lieux. Les couches géantes, la table à langer (elle est vraiment gigantesque!) et les biberons prêts à chauffer retiennent mon attention. Bref, dans cet endroit bizarre, on fait beaucoup d’efforts pour tenter de recréer le monde de l’enfance.

Entre temps, Bébé Caro est arrivée à la garderie et je commence enfin mon entrevue. Amateur de de nourriture pour bébé, le drôle de spécimen, âgé d’environ 25 ans, me dévoile d’emblée un de ses plus grands désirs: «J’aimerais beaucoup faire des batailles de bouffe avec les autres clients. J’ai pensé qu’on pourrait se lancer du spaghetti, quoique c’est un peu salissant».

S’exprimant dans un langage enfantin, cette grande enfant ne craint pas de se salir, même si elle risque de se faire punir. En effet, ce ne sont pas toutes les nounous qui apprécient de devoir nettoyer les «infantilistes». Maman Éloïse, elle, se fâche contre les tannants et n’hésite pas à les humilier, ou à attacher ceux qui lui donnent du fil à retordre.

Malgré les chicanes et les réprimandes, Bébé Caro et Maman Éloïse s’entendent assez bien… Les deux femmes posent d’ailleurs des gestes ambigus. Ne se contentant pas de boire au biberon, l’«infantiliste» demande à téter le sein de ses maîtresses à l’occasion.

Quant à elle, la gardienne est bien prête à se dévêtir si elle se trouve avec la bonne personne, au bon moment (oui, oui, elle impose ses conditions!). «Quand je suis dans ma période d’ovulation, faut pas que je regarde les «infantiliste» qui boivent au biberon, car ça me stimule des montées de lait. Mais je ne donne pas le sein à n’importe qui. Avec le temps, je dois avoir développé une certaine intimité avec le client pour permettre un tel rapprochement», révèle-t-elle avec enthousiasme…

Avec ça, qu’on vienne blâmer les adulescents… Une chance qu’on les a!


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