Questionnaire P45: Nicolas Dickner

Numéro 40

6 mai au 2 juin 2006

Un texte de
Xavier K. Richard

Publié le 9 mai 2006 dans
Culture, Questionnaire P45

Questionnaire P45: Nicolas Dickner

Nicolas Dickner, écrivain né en 1972, a publié un recueil de nouvelles, L’Encyclopédie du petit cercle (L’instant même, 2000). Il publie Nikolski, son premier roman, en 2005 aux éditions Nota Bene, puis aux éditions Alto. Succès critique et populaire au Québec, le livre a remporté récemment le prestigieux prix Anne-Hébert, le Prix des collégiens et le Prix des libraires…


1) Qu’est-ce qui vous fait lever le matin?
Ma blonde. J’ai toujours été un écrivain nocturne, mais comme nous travaillons tous les deux à la maison et qu’elle travaille plutôt de jour, il a fallu que je trouve un compromis. Aujourd’hui, je me lève chaque matin pour être à 9 h devant mon bureau avec mon café, pour écrire.


2) Êtes-vous davantage de type nomade casanier ou sédentaire hyperactif?
Je suis terriblement casanier. En réalité, ce que j’aime à l’étranger, c’est m’installer. J’aime mes petites habitudes, savoir où trouver mon pain, connaître les petites ruelles…


3) Achetez-vous/écoutez-vous toujours des disques compacts?
Je n’ai jamais acheté beaucoup de disques compacts. J’ai pris l’habitude de piger dans les disques de mes amis, de les copier, etc. Mais je n’ai pas de Ipod. En fait, j’aime plus la radio.


4) Vous publiez un livre/un disque demain matin. Quel en serait le titre?
C’est terrible comme question, car les titres, ça s’imposent avec l’usure. Ben « Usure » justement, parce que mon agenda ces jours-ci est totalement booké. Ou alors « Abrasif », parce que c’est aussi un beau mot.


5) Un domaine d’activité auquel vous ne comprenez rien?
La salsa. J’adore la salsa. Sur une piste de danse, je parviens à me dandiner, mais c’est tout. Mes amis ont tenté répétitivement de me faire intégrer le pas, ce subtil contre-temps de la salsa. Mais c’est quelque chose qui ne me rentre ni dans les jambes ni dans le crâne.


6) Vous avez un rancard avec une ex-lofteuse/un ex-lofteuse. Comment se passe la soirée?
Hum… c’est louche. Je suppose que je commencerais par lui poser des questions qui me permettraient de comprendre ce qui peut pousser les gens à participer à ce genre d’émission. Ça se passerait assez mal, je crois bien.


7) Quelque chose que vous souhaiteriez voir à la une des journaux?
Les vrais débats écologiques. On arrive encore aujourd’hui à parler de voitures hybrides, de machins technologiques, sans arrêter de parler de performance, de nouveautés technologiques. On n’est pas prêt de changer notre mode de vie.


8) Un lieu, une époque où vous auriez souhaité vivre?
Peut-être plus tôt au XXe siècle, genre après la 2e Guerre mondiale. On n’arrête pas de chialer contre les baby-boomers, mais n’aurait-on pas au fond le souhait de vivre l’espèce de bouillonnement qu’ils ont vécu à l’époque?


9) Vous avez une heure de temps libre. Qu’est-ce que vous faites?
Je vais probablement la perdre. Faire des niaiseries inutiles sur Internet. Je ne me fais aucune illusion sur ce que je souhaiterais faire et ce que je sais que je ferai de toute façon… Sinon, un bon bain chaud.


10) Votre maison passe au feu. Que tentez-vous de sauver des flammes ?
Ma blonde et le bébé. Je laisse flamber tout le reste. Excellente occasion de recommencer à zéro.


11) Montréal, ville-pays ou le Québec aux régions?
Le futur est aux régions à mon avis. Montréal, c’est une ville toujours au présent. On sait ce qui va se passer avec Montréal. Le véritable mystère, le véritable défi, c’est de savoir ce qui se passera avec les régions. C’est une question vraiment excitante : est-ce que ça sera un fiasco ou une véritable renaissance?


12) Doit-on vulgariser la culture pour rejoindre le grand public?
La vulgarisation, peu importe le but qu’on recherche, ce n’est jamais rien d’autre qu’un outil. On ne peut pas faire la promotion d’un outil comme d’une esthétique ou d’un mode de pensée. On ne doit pas snober la vulgarisation, mais on ne peut vivre que par ça.


13) Est-ce que tout le monde peut devenir artiste?
Non, mais pas pour les raisons communément admises. Ce n’est pas une question tellement de don, mais d’obstination, d’une capacité de travailler en solo pendant de longues périodes, comme un marathonien. Et ce n’est pas parce que tu remplis ces conditions, par ailleurs, que tu fais carrière, que tu es véritablement artiste…


14) À quoi sert l’art?
À rien, l’art est inutile. Mais les grandes choses de la vie sont inutiles.


15) Qu’est-ce qui vous frappe le plus dans l’évolution de votre domaine ces dernières années?
L’absence d’évolution…! Ouais, je manque peut-être en fait de recul historique. Mais j’ai le sentiment que la littérature est de plus en plus une industrie, que l’image de l’auteur prend de plus en plus de place… Nikolski, on me dit souvent que c’est nouveau. Mais c’est faux, c’est un agencement, il n’y a rien de nouveau. Aujourd’hui, on vit dans une espèce de période baroque. On combine, on fait des liens, mais je ne sens pas qu’il y ait vraiment d’épine dorsale. La littérature a perdu de son autonomie, elle ne se suffit plus à elle-même.


16) Qu’appréciez-vous le plus de la jeune relève artistique québécoise?
Il me semble qu’on voit apparaître un milieu, ce qu’on avait peut-être pas vu depuis longtemps. On sent une certaine ébullition. Pour un écrivain, ça peut être vain, mais ce n’est pas futile. Une communauté qui s’est créée beaucoup aussi à partir des blogues.


17) Quelles sont vos ambitions artistiques aujourd’hui?
Trouver un équilibre entre les activités qui me permettent de vivre et mon activité d’écriture. Je veux écrire un bon livre…


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