L’hiver s’annonce morne et vous broyez du gris? C’est qu’il faut entraîner ses paupières car le festival RESFEST débarque à Montréal ce week-end, et ce, pour vous en mettre plein la vue. La fin de semaine s’annonce explosive et c’est à l’Ex-Centris que ça se passe.
Resfest est un festival de film qui fait escale dans plus de 45 villes à travers le monde. Depuis maintenant 10 ans, on y présente le nec plus ultra des courts métrages en misant sur l’innovation et l’avant-gardisme. En encourageant l’exploration des nouvelles technologies, l’évènement est devenu en quelque sorte la manifestation d’un nouveau genre cinématographique qui fusionne cinéma, vidéoclip et multimédia.
Pour cette deuxième édition montréalaise, RESFEST nous réserve trois jours d’audace et de création avec une centaine de courts-métrages, une prestation de Kid Koala et la projection de Destricted. Ce film-choc, qui rassemble sept courts métrages à caractère sexuel, compte parmi ses collaborateurs Matthew Barney, Larry Clark et Gaspar Noé. Ça laisse rêveur…
De l’or en barre
Cette année, RESFEST a décidé d’intégrer à sa programmation le volet Québec Gold, une compétition de courts métrages québécois. Parmi plus de 200 films reçus pour la sélection, le programmateur Danny Lennon (bien connu pour ses soirées Prends ça court!) a su nous concocter une délicieuse brochette de 12 courts-métrages.
«C’est une programmation qui représente vraiment le talent et la variété. Chaque film est fait avec un budget complètement différent. C’est l’exemple de la débrouillardise des artisans d’ici», explique-t-il.
Parmi les réalisateurs, notons Nicolas Roy, Christian Laurence, Denis Côté, Guillaume Fortin, Samer Najari, Maxime Giroux et Alexis Fortier-Gauthier. Tous les films expriment une volonté d’honnêteté et de transparence qui donne lieu à toutes sortes d’approches différentes. Éducation Nautique, un film de Christian Laurence, a été tourné en 16mm lors d’un Kino Kabaret en France. Et comble de la débrouillardise: l’équipe a dû développer la pellicule à même la chambre d’hôtel!
Québec Gold dresse donc le portrait d’une nouvelle génération de cinéastes qui ne veut plus attendre les subventions pour tourner. Des idées, ils en ont plein la tête. Mais les contraintes de production les obligent souvent à se tourner vers des concepts simples et réalistes, faute de moyens.
Quel financement?
C’est que les exigences de la SODEC et du Conseil des Arts convergent de plus en plus vers un moule standardisé. Du coup, on minimise les risques, on exploite des recettes préfabriquées et les subventions sont accordées au compte-goutte.
Maxime Giroux déplore cette situation: «N’oublions pas que le cinéma est encore une forme d’art, pas seulement une industrie. On devrait avoir le droit de créer sans penser au public». Malgré le peu d’appui financier qu’il reçoit, ses courts-métrages circulent bien dans les festivals. Son dernier film, Les Jours, s’est d’ailleurs mérité le prix du meilleur court-métrage au Festival de Film de Toronto ainsi qu’au FNC le mois dernier.
À ses yeux, la participation à ce genre d’évènements est importante. «Il faut savoir que les festivals de qualité suivent les cinéastes depuis leurs premières œuvres. S’ils y ont présenté des courts-métrages auparavant, ils auront plus de facilité à diffuser et distribuer leur premier long-métrage».
«Malheureusement, l’industrie au Québec préfère les choses qui ne dérangent personne, qui n’ont pas trop de saveur. En bout de ligne, on se trouve avec des films qui n’auront aucun impact réel sur le spectateur, avec peu de place pour les cinéastes qui ont une vision personnelle.»
Danny Lennon note effectivement qu’«il y a une tendance au Québec vers l’auto-censure. C’est dommage. Le plus drôle dans tout ça, c’est que les films «cute» finissent toujours par avoir une moins belle vie à l’international!»
Le circuit parallèle
Après le RESFEST, Québec Gold sera présenté dans la province et poursuivra sa lancée tout au long de l’année pour représenter le Québec à l’étranger.
«Ça permet de montrer d’excellents films à un public plus vaste. Ça rejoint aussi les producteurs, les distributeurs et des employeurs potentiels. C’est une excellente vitrine!», explique Lennon.
Il se réjouit également du volet compétition de Québec Gold qui récompense le mérite artistique. Le gagnant se verra remettre un prix de 1 000 $ ainsi que l’équivalent de 5 000 $ en services de postproduction à l’ONF pour un prochain film.
«Ah… si seulement le Québec avait une émission entièrement consacrée aux courts métrages de qualité! Il y a une mode ces temps-ci pour les films sur Internet et sur les cellulaires… Pour moi un téléphone reste un téléphone. Voir les films sur grand écran reste encore la meilleure expérience.»
On est bien d’accord et on consulte le site resfest.ca pour l’horaire complet du festival!
resfest.ca
Du 24 au 26 novembre 2006
À Ex-Centris
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