Roxanne Arsenault: Le retour du kitsch

Numéro 61

26 janvier au 1er  février 2007

Un texte de
Marie-Ève Corbeil

Publié le 26 janvier 2007 dans
Culture, Mode

Roxanne Arsenault: Le retour du kitsch

On l’associe aux nains de jardin, aux poupées volantes ou même à Blanche-Neige… Roxanne Arsenault, en passionnée, a choisi le kitsch comme esthétique de vie. Vous l’avez dit: c’est kitsch.

La preuve: elle travaille sur un mémoire de maîtrise sur la préservation des lieux kitsch au Québec. Roxanne a également décoré sa résidence avec des objets clinquants, en mettant à l’honneur des thématiques poussées à l’excès, dont le macramé, le flamenco/toréador, l’iconographie enfantine et l’environnement reconstitué du chalet.

Dans ce petit royaume coloré et surchargé, on comprend vite que le kitsch n’a rien à voir avec les babioles Hello Kitty et le Cabaret Mado… Rencontre avec une fervente du mouvement, qui en a raz-le-bol du design épuré…

P45 : Pour nous, néophytes, peux-tu expliquer ce qu’est le kitsch?

Roxanne: Souvent, je pense que beaucoup de gens mélangent le kitsch et le quétaine. Le quétaine, c’est quelque chose qui vient juste d’être dépassé. La distance temporelle est assez courte tandis qu’avec le kitsch, un plus gros laps de temps s’est écoulé. Puis, pour moi et beaucoup de personnes, l’époque des années 50 et 60 est la période la plus kitsch!

Quant à ses caractéristiques, les principales sont l’excès, l’outrance, l’accumulation et la notion de faux, super importante… Elle fait référence au faux bois, à la fausse pierre et brique. Donc, s’il y a beaucoup de trucs faux, de choses qui ne se peuvent pas ensemble, l’objet n’en sera que plus kitsch. Et, évidemment, on puise aussi dans le monde du rêve, le ludique, l’onirisme, le côté un peu petite princesse pour créer un univers kitsch.

P45: Mais toi, d’où te vient ton goût pour tout ce qui est kitsch?

Roxanne: Au départ, mon attrait du kitsch, ça a été mon attirance pour la couleur, pour les choses qui sortent de l’ordinaire. Vers 15-16 ans, je me suis mise tranquillement à collectionner des objets kitsch car j’ai été séduite par les qualités plastiques qu’ils offraient.

P45: Je regarde la décoration colorée de ta maison, le kitsch semble très bien incorporé ici…

Roxanne: Peu importe où je déménage, je peinture toujours les murs et transforme les pièces… Quand j’arrive chez moi, je veux être séduite par les couleurs et entrer dans un petit monde de rêves. Ici, l’ambiance est feutrée, je suis tout le temps bien, avec mes 14 lampes par pièce…

P45: Et tu complètes donc un mémoire sur le kitsch…?

Roxanne: Je procède à l’histoire culturelle des lieux kitsch pour prouver qu’ils font partie de notre patrimoine, qu’on devrait les sauvegarder, au même titre que les églises et maisons ancestrales. Malheureusement, il n’y a pas une grande importance accordée à ces endroits. Ils sont souvent construits avec des matériaux sans grande valeur, puis sont fréquentés comme des restos familiaux un peu «cheap». Faudrait pousser pour que ces établissements soient reconnus, car ils sont menacés de disparition…

Pour mon mémoire, je me concentre sur les lieux kitsch qui ont souvent des thématiques exotiques comme le pop polynésien, le néo-espagnol, et les restaurants chinois des années 1950.

Je peux dire que ces endroits ne sont pas faciles à trouver… Au Saguenay-Lac-St-Jean, j’appelais le monde sans qu’ils ne sachent ce qu’était le kitsch…. Je devais trouver une manière de vulgariser cette notion à l’aide d’exemples. Ils ne comprenaient pas que je sois intéressée à voir leurs vieilles affaires… Dans cette région, je n’ai identifié que deux établissements pertinents. En continuant, je devrai adapter mon vocabulaire afin que Monsieur, Madame tout le monde, comprenne vraiment ce que je cherche….

P45: Retour à Montréal, peux-tu nous faire un petit palmarès des lieux kitsch de la métropole?

Roxanne: Je commence seulement à trouver les endroits kitsch à Montréal. Je n’en ai pas dénombré beaucoup…Bien sûr, le jardin Tiki est au top. Le resto El Passo était très cool, quoique je ne sache pas ce qui arrive avec cet endroit. Faudrait pas oublier l’Orange Julep, un symbole du kitsch.

J’aimerais aussi retourner au restaurant Blanche Neige, situé dans le quartier Côte-des-Neiges. Là-bas, il y avait une très grosse murale de Blanche-Neige et de nains qui donnaient l’impression d’être sur l’acide. C’était assez intense et mal fait…

La plupart des lieux kitsch sont toutefois localisés dans des secteurs défavorisés. L’argent manque pour les rénover… Comme ce sont des établissements commerciaux, un des gros problèmes, c’est que les propriétaires doivent suivre les tendances pour survivre. En gros, je reproche à ceux qui ont duré jusqu’en 2007 de vouloir démolir, ou rénover ces bâtiments, alors que ça redevient intéressant pour quantité de gens…

P45: Ce regain d’intérêt pour le kitsch, ça va durer?

Roxanne: C’est dur à prévoir parce que ça dépend des modes, même si le kitsch évolue…Je constate l’intérêt présent pour le kitsch, le rétro, et j’espère que cet engouement va rester… Je pense que l’esthétique, c’est du quotidien…


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