Salomé Corbo: l’enfance de l’art

Numéro 22

1er  octobre au 4 novembre 2004

Un texte de
Stéphane Martel

Publié le 1 octobre 2004 dans
Culture, Théâtre

p_the_ent_Corbo.gifDe ses folles élucubrations à la LIM, puis à la LNI, en passant par des participations remarquées dans Cubiculum, Extasy_land.com et une version particulièrement mémorable de Richard III de Shakespeare, jusqu’à son récent rôle de Déli Bacon dans Ayoye qui lui a valu une nomination au Gala des Gémeaux, Salomé Corbo s’est imposée comme l’une des comédiennes les plus polyvalentes au Québec.

Sympathique conversation avec la rayonnante jeune femme de 28 ans.

P45: Certains pourraient croire que Salomé Corbo est un nom d’artiste mais c’est ton véritable nom, n’est-ce pas?

Salomé Corbo: Absolument. Corbo, c’est le nom de famille de mon père qui est d’origine italienne. Et Salomé, c’est le nom de l’arrière-grand-mère de ma mère. J’adore mon nom, même s’il m’a valu quelques sobriquets à l’école primaire! (rires)

Tu t’es déjà occupée de mises en scène pour le théâtre, mais de passer derrière la caméra, c’est quelque chose qui pourrait éventuellement t’intéresser?

SC: Éventuellement. J’aime les aspects techniques de mon métier, ils me fascinent. Réaliser un film fait partie de mes rêves tout comme en écrire un.

Étant maman d’un petit garçon dont le père est Réal Bossé et étant toi-même «tombée dans le monde du théâtre» étant petite, ton fils sera-t-il encouragé à emprunter cette voie de la comédie?

SC: Encouragé? Je ne sais pas. Il lui arrive de participer à nos activités et il adore ça, il a même un certain talent. Mais, pour l’instant, il veut devenir géologue et je trouve que c’est une très bonne idée.

À quand remonte cette passion pour le jeu et la comédie?
SC: D’aussi loin que je puisse me souvenir. J’ai toujours joué pour mon entourage, tout était un prétexte pour faire un spectacle. Je me souviens même avoir écrit et monté une pièce pour célébrer le bicentenaire de la Révolution française. (rires)

Tu as déjà voulu chanter, faire de la musique ou pratiquer d’autres formes d’art à part l’interprétation théâtrale?

SC: En chant, je suis une catastrophe! (rires) Et complètement nulle dans tous les domaines musicaux. Par contre, j’adore peindre. J’aimerais bien un jour m’occuper de réaliser les illustrations d’un roman.

Tu as dit aimer l’univers de la jeunesse et on t’a vue interpréter le personnage de Déli Bacon dans Ayoye, une série pour enfants à l’environnement très imaginatif. Que retiens-tu du personnage de Déli et du projet en général?

SC: Ce que je retiens de Déli, c’est la liberté que ce genre de personnage procure à l’interprète. Dans la peau d’une extraterrestre de 12 ans, on peut jouer plein de grandes tragédies, de maladresses, d’histoires d’amour, avec une folie débordante, et ça passe! (rires) C’est magique! Et ce que j’ai le plus aimé dans toute cette belle aventure, ce sont mes collègues de travail; des comédiens, tous généreux et créatifs, des techniciens ingénieux et souriants, bref une équipe d’enfer! Et ce qu’il faut réaliser, c’est que ce métier, c’est avant tout un travail d’équipe.

Pour ce premier rôle au petit écran, tu obtenais une nomination au Gala des Gémeaux. Qu’a signifié cette nomination pour toi?

SC: Les prix et les galas, c’est une drôle d’invention pour moi. Je ne sais pas trop quoi en penser! (rires) La chose la plus vraie que je peux te dire, c’est que j’ai paniqué sur la tenue que j’allais porter, tout en sachant très bien que cette angoisse était le comble du superficiel. (rires)

Tu as mentionné que tu faisais de l’impro pour jouer des enfants et pour ne jamais rien prendre pour acquis. Que t’as appris ton expérience avec la LIM – au Dogue où je t’ai découverte – et à la LNI?

SC: L’humilité, la joie de prendre des risques, les aléas de la création spontanée et des tas de choses sur moi et sur mon côté si volontaire. Mais ça ne fait que commencer car il y a toujours matière à questionnement quand on fait de l’impro.

Quels souvenirs gardes-tu de Cabaret rural, Clair de lune et C’est le temps, trois pièces dont tu as fait la mise en scène et qui ont été présentées ces dernières années au théâtre de ton père, le Théâtre à Ciel Ouvert?

SC: En premier lieu, une rectification. Ce n’est pas moi qui s’est occupée de la mise en scène de Cabaret Rural, mais bien Danie Frenette, la co-fondatrice du Théâtre à Ciel Ouvert. Les deux pièces que j’ai eu la chance de monter au Théâtre à Ciel Ouvert m’ont procuré beaucoup de bonheur. Je suis une passionnée des mots, et dans ce contexte, je pouvais monter mes textes favoris.

J’ai donc pris un malin plaisir à choisir des extraits de pièces savoureux et à les faire jouer par des jeunes comédiens très talentueux et pleins de fougue. Du théâtre d’été en forme de bouquet de fleurs des champs! (rires) Romantique, féerique et surtout ludique.

En 2001, tu as joué dans Extasy_land.com, un spectacle mémorable, intense et très éclaté. Une expérience difficile ou plaisante?

SC: Extasy_land.com, c’est ma rencontre avec Jean-Frédéric Messier. Une rencontre déterminante pour moi. Elle a confirmé mon affection particulière pour la création et la recherche, pour l’éclatement de l’écriture et de la forme et surtout – je vais finir par être redondante – pour le travail collectif. (rires) C’est mon plus beau souvenir de la Méchante Classe, la promotion 2000 du Conservatoire.

Tu as déjà mentionné que si tu faisais du «jeunesse», c’était pour donner une part de folie et d’imaginaire aux enfants et aux adolescents et que si on continue à les nourrir de sous-produits doublés américains, on risque d’être des sous-produits doublés américains d’ici 20 ans nous-mêmes. Tu le penses vraiment?

SC: Oui. (rires)

Tu as joué des extraits de Richard III avec Dave Richer, un paralytique, qui, apparemment, désirait absolument jouer ce rôle. Alexis Martin et Jean-Pierre Ronfard ont également participé à ce projet. Comment fut l’expérience?

SC: Très agréable. D’une part, jouer Shakespeare revisité par Alexis Martin, monté par Jean-Pierre Ronfard et avec Daniel Brière et Dave Richer, c’était assez pour me combler. Et d’autre part, ce fut fascinant d’observer le travail de Dave. Sa détermination, sa force physique et son sens du spectacle sont tout à fait remarquables.

Que penses-tu de l’état du théâtre au Québec présentement?

SC: Mal subventionné. C’est l’enfant pauvre des arts au Québec. Mis à part quelques institutions qui s’en sortent mieux. Il est presque impossible de gagner sa vie en n’étant qu’un acteur de théâtre et c’est dommage.

De nos jours, il y a encore de la place pour le théâtre expérimental, underground, tu crois?

SC: Plus que jamais. Il n’y a pas de grand courant artistique rassembleur en 2004, comme ce fut le cas pour le classicisme, le romantisme, le réalisme, le dadaïsme et j’en passe. Par contre, il y a une multitude d’essais qui sont faits dans le théâtre expérimental. Les étudiants en histoire de l’art du futur diront peut-être que notre époque était celle de «l’expérimentalisme», qui sait?

On t’offre d’interpréter le rôle que tu veux. Lequel choisirais-tu?

SC: Marguerite dans Henry VI de Shakespeare. Et au cinéma, je donnerais n’importe quoi pour être à la place de Carrie-Ann Moss dans Matrix. (rires)

On t’offre de mettre en scène la pièce de ton choix. Laquelle serait-ce?

SC: Mort de Woody Allen.

J’ai entendu dire que tu avais aussi des préoccupations écologiques. C’est vrai?

SC: Je recycle et j’évite de gaspiller. J’essaie de faire du co-voiturage, j’encourage les produits de chez nous et les produits équitables. Mon chum et moi on ramasse même du bois ou des objets étranges que l’on trouve dans les poubelles. C’est d’ailleurs un conseil que je donne à tout le monde: le 1er juillet, ça vaut la peine de se promener à Outremont et à Westmount. Pourquoi remplir nos sites d’enfouissement de déchets quand c’est encore bon?

Quelle est ta philosophie de vie?

SC: Rire 20 fois par jour minimum, être fidèle aux gens que j’aime, dormir beaucoup et manger équilibré.

Quels sont tes prochains projets?

SC: Une série télé, diffusée à ART-TV, écrite par Réal Bossé, Isabelle Brouillette, Daniel Desputeau, Sylvie Moreau, François Papineau et moi, produite par les Films Zingaro. Un très beau projet. Le Feuilleton, un spectacle de théâtre génétiquement modifié, un hybride entre le théâtre et la télésérie.

Un spectacle que je vais monter avec Vincent Rouleau, le réalisateur, et Alphé Gagné. Une autre création avec Momentum, mise en scène par Sylvie Moreau, en avril 2005. Et puis, la LIM, qui prend d’assaut le Lion d’Or tous les dimanches à partir du 17 octobre (citronlim.com). C’est une belle année qui s’annonce pour moi, je me sens très privilégiée.


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