Semaine de flotte*

Numéro 41

3 au 30 juin 2006

Un texte de
Frédéric Choinière

Publié le 4 juin 2006 dans
Chronique New York, Chroniques

Semaine de flotte*

*Ceci n’est pas une référence à la météo récente du Québec, mais une traduction approximative qui m’a charmé de Fleet Week, gracieuseté des «outils linguistiques» de Google!

Moment d’extase inégalée pour les Samantha et compagnie de Sex and the City, la Fleet Week de New York est accourue tant par la gent féminine que masculine, certain(e)s y allant pour tâter les équipement et vaisseaux de guerre, et d’autres, pour fantasmer sur des marines (à moins que ce ne soit le contraire…).

Depuis 1984, les officiers de la Marine américaine et de la Garde côtière reviennent au pays pour le Memorial Day et, du 26 mai au 2 juin, reposent leurs pieds marins sur la terre ferme. Dans plusieurs villes américaines, dont San Francisco et surtout, New York, c’est ce qu’on appelle la Fleet Week.

Pour les Américains, c’est un événement qui a une signification bien particulière. C’est le temps de recevoir les marines récemment déployés dans des missions outremer. C’est surtout le temps de les remercier et de les honorer (le moyen de le faire étant laissé à la discrétion de chacun!).

Est-ce qu’on s’attend à des vagues pour l’édition 2006, au moment où la guerre en Iraq va si mal que même Bush admet ses erreurs (tout en continuant de valider sa décision de partir en guerre, évidemment!)? Je ne pense pas.

L’atmosphère est plutôt à l’excitation. La police a déjà érigé de longues clôtures pour contenir la file de curieux qui voudront visiter les destroyers au cours des prochains jours. Il y aura de l’amusement patriotique garanti pour tous : parades, spectacles aériens (qui apparemment traumatisent désormais certains New-Yorkais post-11 septembre), simulateur de vol et moult démonstrations de combat, d’arts martiaux et de chiens militaires (!). Les chanceux pourront même observer de près la fine pointe de la technologie de guerre, dont des missiles. C’est en effet toujours rassurant d’inspecter le matériel avec lequel notre gouvernement va péter la gueule de son prochain.

Cela étant dit, les civils ne seront pas en reste, car les marines les remercieront à leur tour. Sur le site officiel de la Fleet Week 2006, on apprend qu’une soixantaine de marines vont être alignés sur Broadway «to personally show their appreciation for the support New Yorkers have shown [the] troops during the War on Terror» (J’ai pas traduit parce que j’aime trop la sonorité de «War on Terror»).

Bref, les badauds émus qui voudraient soutenir plus concrètement leur pays, pourront aller faire un tour au kiosque de recrutement qui, dixit le site officiel, donnera de l’information «sur des centaines d’emplois […] offerts dans la Marine . Des «motivateurs» de la force d’élite SEAL seront même sur place pour embaucher les plus valeureux qui veulent une job pas comme les autres.

C’est qu’on commence à manquer de main d’œuvre au Moyen-Orient. Ce matin, le New York Times affirmait que le Département de la défense a, à ce jour, identifié 2454 morts parmi les Américains en service en Iraq.

Des statistiques comme celles-là, les opposants à la guerre tenteront de les utiliser pour contrebalancer l’euphorie générale. Une coalition d’organisations pacifiques prendra part à l’opération M26 lancée par la War Resisters League de New York. M26 c’est le nom d’un modèle de tank utilisé dans la Seconde Guerre mondiale. C’est aussi parce que la marche pacifique a lieu le samedi 26 mai, au plus fort de la Fleet Week. Les activistes seront là pour rappeler aux gens que la guerre continue de tuer, tant chez les Américains que chez les Iraquiens. Ils distribueront également de l’information aux militaires qui souhaiteraient quitter leurs fonctions. On leur expliquera leurs droits et les options qui s’offrent à eux.

Ça c’est le programme pour samedi. Pour l’instant, au moment où j’y suis, ils ne sont que quatre activistes, brandissant leurs pancartes devant la foule et le trafic qui réagit peu à leur présence. Quelques coups de klaxon sympathisants, rien de plus. Ben, l’un des manifestants, me dit qu’un seul média s’est intéressé à eux jusqu’à présent (ce qui me donne le titre enviable de «deuxième média intéressé». Yé pour P45!). Il espère donc plus d’engouement (médiatique et populaire) lors de leur grande protestation de samedi. Je leur souhaite bonne chance. Il enchaîne en me disant que, selon lui, le problème c’est que les États-Unis ont une culture de guerre, qu’on y glorifie la guerre. «All our Holidays are related to war!», s’exclame-t-il. Bon, c’est le cas dans plusieurs pays (on a notre jour du Souvenir), mais c’est vrai que les Américains sont choyés en la matière : Veteran’s Day, Independence Day, Memorial Day.

Et pour la Fleet Week, faire son effort de guerre, ça voudra probablement dire : prendre son gros VUS, rester pogné pendant des heures dans le trafic de Manhattan et venir voir une parade de marines. Pour ce qui est de changer ses habitudes de consommation énergétique, de diminuer l’occurrence et la violence des guerres pour l’accès au pétrole et de demander l’impeachment du président pour ses mensonges entourant la guerre «préventive» en Iraq, on n’y pensera pas trop, j’imagine. On pourra toujours tenter de se consoler en zieutant un beau matelot…


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