Le Fugitif ou les vérités d’Hassan
De Jean-Daniel Lafond
Canada
Ni rire, ni pleurer, il faut comprendre. — Spinoza
C’est sur cette phrase philosophique que s’ouvre le dernier documentaire de Jean-Daniel Lafond, Le Fugitif ou les vérités d’Hassan. Premiers contacts: on se retrouve face à face avec un homme recherché par le FBI; un vague goût amer des politiques intérieures et extérieures des États-Unis.
Une réalisation sobre, une caméra témoin, un format très télévisuel… mais un propos déconcertant. Et c’est bien là la force du film. Perplexe, on sort de la salle en tentant de forger notre propre opinion sur l’affaire et surtout, on cherche à comprendre, avec la citation de Spinoza en tête.
Ce film raconte l’histoire de David Belfield, Américain musulman, qui assassine un attaché de presse du gouvernement iranien à l’été 80, à Washington, à la demande des services secrets de la République islamique. Puis, il déjoue la police américaine en se rendant à Montréal pour attraper un vol vers l’Iran. Et pourquoi passer par Montréal? Parce que c’était plus facile pour contourner la surveillance… Ça vous étonne?
Bien qu’il soit un des hommes les plus recherchés par le FBI, Belfield, qui porte maintenant le nom iranien Hassan, a tout de même réussi à vivre paisiblement en exil en Iran dans un appartement payé par l’État, anonyme de tous pendant quelques années. Je dis bien quelques années car tout a changé après sa prestation dans le film Kandahar.
Quoi, une prestation, dans un film?!! Oui, oui vous avez bien lu. Un meurtrier qui ose incarner un personnage dans un film acclamé internationalement. Provocation? Il n’en fallait pas plus pour que Oncle Sam monte sur ses grands chevaux dorés, au lendemain du 11 septembre. «Boycott the Movie Kandahar and Say NO to a Terrorist». Oh boy…
Si ce n’était de Kandahar, peu de gens se souviendraient de l’affaire. Mais voilà, les faits sont exposés et la vérité que l’on tente de découvrir soulève plus de questions que de réponses. On finit par se perdre dans les dédales de notre morale avec les différents intervenants qui viennent donner tour à tour un portrait contradictoire de la politique étrangère des États-Unis. Qui manipule qui dans le fond? Et pour quel résultat?
Le sujet dérange. On ne s’étonnera pas d’apprendre que l’Iran a refusé l’entrée au pays de l’équipe, à la toute dernière minute. Jean-Daniel Lafond a dû assurer seul le tournage des séquences en Iran, un visa de touriste à la main, pour capter les confidences d’un homme traqué mais lucide qui n’hésite pas à écorcher les États-Unis au passage.
Avertissement: donne l’envie soudaine de se retaper compulsivement tous les livres de Noam Chomsky.
À voir le vendredi 20 octobre à 19 h 15 et le samedi 21 octobre à 13 h 25, dans le cadre du Festival du Nouveau Cinéma.
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