Spécial FNC – Kenneth Anger et des restes de cinéma

Numéro 50

27 octobre au 2 novembre 2006

Un texte de
Guillaume Lafleur

Publié le 27 octobre 2006 dans
Cinéma, Culture

Spécial FNC – Kenneth Anger et des restes de cinéma

Le cinéaste Kenneth Anger est connu pour son apport au cinéma, à un moment où les oeuvres, particulièrement celles produites à Hollywood, atteignaient un niveau de maîtrise de leurs codes qui rompait avec le classicisme (pensons au Hitchcock des années 1950).

Contemporain du pop-art, le cinéaste Kenneth Anger allait proposer un détournement précis de ces codes dans quelques oeuvres phares, dont la plus representative est peut-être Scorpio Rising (1959).

Quelque quarante ans plus tard, le cinéaste septuagénaire était de passage au Festival du Nouveau cinéma à titre d’invité d’honneur. On y a projeté un de ses premiers films (fins des années 1940) et son oeuvre la plus récente, consacrée à la figure de Mickey Mouse. Le public eu droit ensuite à une classe de maître.

Mais au fait, quel propos peut-on servir lors de ce type d’événement très spécial? Dans le cas d’Anger, cela s’est résumé à deux choses: 1) faire un portrait des conditions de productions difficiles pour le cinema expérimental, exemples à l’appui; 2) souligner sa dissidence vis-à-vis Hollywood, en reprenant à son compte les arguments de la presse people, avec une nette accentuation du constat de décadence.

Des restes du cinéma

Une telle classe de maître aurait pu s’appeler simplement: «que reste-t-il du cinéma?»…

Ainsi, selon une logique perverse dont Anger garde le secret, la qualité contestée des oeuvres de Coppola père, depuis les années 1980, est attribuée à une trop forte consommation de lithium – substance qui, selon Anger, est plus en phase avec la viticulture qu’avec la production de films…

Le tout culminant avec l’impossible paternité de Tom Cruise pour des raisons médicales scabreuses. Une classe de maître people étonnamment décadente, mais déjà, plusieurs d’entre nous étions partis voir ailleurs, où se trouvait le cinéma…

Cet événement, s’il déconcerte puisqu’il est le fait d’un cinéaste dont les films auront été très radicaux et annonciateurs de la contre-culture américaine des années 1960, nous mène du moins à réfléchir sur le rôle d’Hollywood, de sa capacité à proposer un écrin à des oeuvres qui lui paraissent pourtant étrangères.

Car au crépuscule d’un travail d’authentique créateur, il peut parfois ne rester que ça: Hollywood, détesté et chéri, Hollywood triomphant.


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