Spécial FNC – Philippe Falardeau: cinéaste à contre-courant

Numéro 49

20 au 26 octobre 2006

Un texte de
Marie-Ève Corbeil

Publié le 20 octobre 2006 dans
Cinéma, Culture

Spécial FNC – Philippe Falardeau: cinéaste à contre-courant

Congorama, film intrigant?

Juste par son titre et l’affiche qui nous montre un émeu sur une route, c’est sûr que ça pique la curiosité… Éclairée après le visionnement de presse, votre collaboratrice a rencontré le réalisateur Philippe Falardeau. Faisant un peu cavalier seul, il nous propose un deuxième long-métrage au scénario touffu où l’on doit se questionner et être actif. Enfin quelqu’un qui mise sur l’intelligence des spectateurs!

Cette brillante histoire des destins croisés de deux personnages risque fort de séduire. P45 désirait en savoir plus sur le réalisateur et son fameux Congorama, une œuvre qui tient de multiples discours. Bref, un film singulier à l’aube d’un succès populaire… c’est plutôt une bonne nouvelle.

Sur l’histoire de Congorama

«Michel, un Belge est marié avec une Congolaise et père d’un enfant très noir. Il apprend qu’il est adopté à 42 ans. Né clandestinement dans une grange au Québec, il vient ici pour chercher sa famille biologique. C’est un ingénieur qui n’a pas les moyens de ses ambitions. Il veut créer quelque chose qui reste pour la postérité. Sur la route, il rencontre un gars étrange au volant d’une voiture électrique. Louis, le Québécois est un gemmologue qui invente une nouvelle façon de classer les diamants. Congorama est construit comme un faux thriller dramatique. L’important n’est pas le punch, mais le chemin pour s’y rendre.»

L’histoire, et le sujet du film

«C’est passionnant de s’attarder aux sujets abordés. Bien des journalistes confondent sujet et histoire. L’histoire c’est ce qui arrive et je veux la laisser aux gens. Dans Congorama, la quête identitaire, le rapport au père et la voiture électrique sont les principaux sujets.»

Paul Ahmarani forever

«Paul est un comédien intéressant parce que sa palette dramatique est très large. Il en a exploré une autre facette dans Congorama. C’est un acteur très sensible et sympathique. Dans la production, il incarne quelqu’un de taciturne et renfermé. J’aime distribuer les personnages à l’opposé de l’image que l’on se fait d’eux. Dans La Moitié gauche du frigo, c’était particulier, car Paul n’a pas la tête ni l’attitude d’un ingénieur. J’aime la réalité dans le jeu parce qu’elle permet d’aller plus loin dans l’histoire. Si c’est exagéré, par contre, le spectateur risque de décrocher.»

Sur l’influence de l’école

«Congorama traite de la voiture électrique en filigrane et c’est lié à ma formation. J’ai une propension pour la politique et le social, mais le fond du film tourne autour des individus. Je présente une vision plus humaine de la mondialisation avec ces familles enracinées sur deux continents. Je suis Nord-américain, mais j’ai tout de même plein de références européennes et l’œuvre témoigne que je suis entre les deux.»

L’identité québécoise

«Beaucoup de films s’attardent sur l’identité et puisent dans notre patrimoine folklorique. Ça ne me touche pas vraiment et j’ai le goût d’inventer d’autres histoires pour m’interroger. Les Belges francophones font face à des questions identitaires qui ressemblent aux nôtres. Un miroitement existe entre eux et les Québécois.»

Sur les choix à faire

«Je subordonne la forme au fond. J’ai choisi une caméra à l’épaule et des cadrages serrés dans Congorama pour être proche des personnages et pas pour faire à la mode. La forme est toujours au service, même si elle est stylée. Elle doit servir le propos. Puis j’obtiens des multicouches en profondeur avec un récit à l’avant-plan et un autre à l’arrière-plan. La complexité n’embourbe ainsi pas le récit de cette manière. En toile de fond, le spectateur choisit de suivre les protagonistes ou s’intéresse à toutes les dimensions. Les détails visibles à l’arrière aident à construire sur l’épaisseur, c’est-à-dire en couches successives. Finalement, les questions politiques sont refoulées en toile de fond. Dans La Moitié gauche du frigo, ça traitait du chômage et fallait une histoire de gens aux prises avec ce problème. Avec mes films, la dimension politique sera toujours là.»

Son séjour à Cannes

«C’était ma première fois et je n’étais pas habitué à tout ça. Si j’y retourne, je crois que je resterai moins longtemps. Je suis quand même allé une semaine! Je me concentrerais plus autour de ma projection. Je cherchais un peu ma place, mais c’est indéniable que la présence à Cannes aide le film.»

Vivre avec le succès…

«Le désavantage c’est que le public aura peut-être trop d’attentes. Je sais que Congorama fonctionne et est apprécié. On parle souvent du syndrome du second long métrage, que c’est le plus difficile à réaliser. Le test est passé et je souhaite que la conjoncture fasse que les gens vont aller le voir. C’est congestionné et on devra travailler fort pour inciter les gens à aller voir notre film.»

Sur le cinéma québécois

«Plusieurs productions auraient été faites par d’autres que ça n’aurait pas changé grand chose. J’apprécie reconnaître la signature d’un réalisateur. Une caméra, faut savoir où la placer. Au montage, d’autres choix sont à faire. Toutes ces décisions partent d’un point de vue afin de créer une façon de regarder les personnages et de raconter l’histoire. Parfois, je trouve que ça s’éparpille un peu. Un film est fort quand la constructuction est bonne autour des protagonistes principaux.»

Congorama fait l’ouverture du Festival de Nouveau Cinéma avant de prendre l’affiche dès le 20 octobre.


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