Shortbus
John Cameron Mitchell
États-Unis, 2006
Cela faisait quelques années que John Cameron Mitchell se faisait attendre. Son premier film, Hedwig and the Angry Inch, sorti en 2001, avait réussi à se forger une étiquette culte dans le réseau du cinéma indépendant américain. Il récidive maintenant avec Shortbus, un film sur l’amour et le sexe, qui a charmé Cannes en Sélection Officielle hors-compétition. Certains en parlent même comme d’un film-phare, présage d’un prochain mouvement social…
Il faut dire que Shortbus explore un terrain que peu de films ont réussi à défricher avec bon goût. On fait affaire ici à une joyeuse palette de personnages qui explorent leur sexualité dans l’espoir de s’épanouir et réussir à mieux s’ouvrir aux autres. Les différents personnages s’entremêlent dans un salon festif, le Shortbus, lieu hors-norme où musique et sexe se côtoient. Tous tentent une rédemption marginalisée sur fond de cris d’orgasmes, véritables odes à l’amour, symptôme d’une société qui désire enfin être accepté pour ce qu’elle est.
Égocentrisme du présent
Déçu de la représentation actuelle de la sexualité dans notre société, Mitchell tente dans cette comédie sentimentale new-yorkaise, de contrecarrer le répressif et le puritanisme.
«Lorsque je préparais mon premier film Hedwig, j’ai redécouvert la spontanéité sexuelle des années 60 et 70, mais regrettais sa tristesse et son manque d’amour. Avec Shortbus, j’ai voulu produire un film capable d’observer la sexualité et l’amour sans aucune censure. J’ai pensé utiliser le langage sexuel de la même manière qu’on utilise la musique dans une comédie musicale.» Rassurez-vous, rien à voir avec la Mélodie du Bonheur. Quoique…
Comme le mentionne Mitchell, les jeunes d’aujourd’hui explorent leur sexualité par la pornographie. «Il s’agit là d’une référence purement méthodique, ennuyeuse et dépourvue de plaisir. Je tenais à rappeler à notre société que la sexualité peut être altruiste et joyeuse».
Et si le film est placardé de scènes de sexe explicites du début à la fin, le propos ne relève aucunement de la superficialité ou de la vulgarité: Shortbus se tient loin des scènes d’orgies à la Lars Von Trier ou Pasolini, qui transpirent littéralement le malaise et l’inconfort.
Auditions en forme de salon clandestin
Le titre du film n’est pas sans lien avec le monde de la sous-culture, univers des incompris. Shortbus fait allusion à l’autobus jaune utilisé pour le transport scolaire pour les enfants aux «besoins particuliers». Pour Mitchell, le salon représenté dans le film symbolise l’atmosphère d’un vieux New York, devenu trop stérile depuis le nettoyage du maire Giugliani, et qui rassemble grands artistes, militants et penseurs sur fond punk rock.
À ses dires, ces petites soirées organisées existent réellement à New York. Les auditions pour le film se sont d’ailleurs déroulées sous forme de salon clandestin pour donner un avant-goût du projet. Par la suite, les acteurs sélectionnés se sont livrés à des séances d’improvisation pendant près de deux ans, processus important dans l’écriture du scénario.
«Je voulais que les rôles et le scénario prennent forme à partir de différentes techniques d’improvisation inspirées des méthodes de John Cassavetes, Robert Altman et Mike Leigh. J’écoute toujours mes acteurs. Ils ont souvent raison et me préviennent lorsqu’une scène s’éloigne de la crédibilité d’un personnage. Lorsque nous avons commencé à tourner, le scénario était bien fignolé et nous étions intimement à l’aise les uns avec les autres.»
Cette complicité perce l’écran et on ne peut que s’esclaffer en partageant ces petits moments intimistes. On sourcille quelques fois, mais on ne peut que saluer l’audace et rougir de plaisir face à ce petit vent de fraîcheur. Amusant et osé.
Shortbus prendra bientôt l’affiche au Québec.
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