Station Jean-Talon

Numéro 16

2 au 12 avril 2004

Un texte de
Gabrielle Lecomte

Publié le 2 avril 2004 dans
Chroniques, Métrocritique

P45 voyage beaucoup. Une métrocritique, c’est un condensé++ de tout ce que vous vous êtes déjà dit tout bas à propos d’une station de métro de Montréal. Ce mois-ci, la station Jean-Talon.

p_metrocritique_0404.gifSituation géographique
À l’intersection des lignes bleue et orange, sur la rue Jean-Talon, près de la Plaza Saint-Hubert, du Marché Jean-Talon, et sous la mystérieuse Tour Jean-Talon. Nommée en l’honneur du fameux Jean Talon (1626-1694), un intendant dont l’œuvre en Nouvelle-France est qualifiée sur le site de la STM de «trop vulnérable, elle ne survécut pas à son retour en France»… Voilà ce qu’on nous apprend, et moi maintenant je trouve que ce petit mec n’est pas très digne d’avoir une station de métro, une rue et plein d’affaires à son nom. Ça me dégoûte un peu.

Climat
Cauchemar classique: tu te perds dans une place où il y a toujours de nouvelles portes, de nouveaux tunnels, de nouvelles murales… Complètement désorienté, tu te retrouves toujours au même endroit en ayant pris un chemin différent, les gens t’ignorent, ils ont le visage froid et parlent une langue étrangère qui sonne comme de l’allemand, mais en moins doux.

C’est gris, sale, sombre, humide, suintant, croûté, quelque chose dégoutte constamment et ça fait «cloup, cloup», tu es pris derrière une grille avec un cadenas, tu as vraiment peur, tu te réveilles en sursaut et tu veux vite prendre une douche bien chaude. Le métro Jean-Talon, c’est la matérialisation de ce cauchemar-là, à l’année longue, et c’est vraiment pire si tu a pris du buvard.

Architecture et décoration
Compliqué pour rien. C’est pas comme si huit lignes de métro se croisaient. Il y a trop de sorties, trop de mobiliers différents, trop de tuiles pas agencées, trop d’escaliers partout. C’est peu intéressant à décrire, vraiment. Il y a beaucoup de bleu, et le bleu c’est super OUT comme couleur, mais même si le bleu redevenait IN, ce serait quand même laid, parce que c’est super CRASSEUX.

Il y une murale principale en direction Saint-Michel, pas trop laide, qui illustre un… TRAIN DE MÉTRO et un QUAI DE MÉTRO. Pragmatique. C’est comme un très gros pictogramme, au cas où le monde sur le quai est perdu ou trop fini. L’essentiel est de savoir que c’est laid à en donner des crampes. La plus poétique des choses en display est un tas de roches, on peut lire sur une plaque: «Calcaire du Groupe Chazy conservé dans son état naturel». Des roches. Au naturel… Beau.

Clientèle
Des adeptes du Falun Dafa. Des gens qui portent des macarons à message, d’autres qui font du buvard comme loisir récréatif. Des perturbés.

Constat final
Honteux. Cette station est une calamité. Voici par contre une raison valable de s’y rendre; dehors, au rez-de-chaussée de la Tour Jean-Talon, il y a une garderie/vitrine. Dans la vitre, on peut lire : «Je suis à l’âge où l’étranger me fait peur, merci de respecter mon intimité et de ne pas frapper dans la vitre. Signé: Les Poupons». Moi je pense que ce serait une bonne idée d’aller se tenir là, devant la vitrine avec un chiot ou un chaton, et une fois que tous les fameux Poupons piocheraient comme des fous dans la vitre, tu fuis super vite hors de leur vue en emportant ton petit animal. Moi je pense que ça les ferait bien réfléchir, les Poupons… Note: 2/10.


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