«Un aut’ toul’ de l’oue!»

Numéro 96

7 au 13 décembre 2007

Un texte de
Charles-Alexandre Théorêt

Publié le 7 décembre 2007 dans
Carte postale, Société

«Un aut’ toul’ de l’oue!»

La raffle de dinde, vous connaissez?

Si le début officiel du temps des fêtes, pour les plus jovialistes, coïncide avec l’arrivée, une semaine après l’halloween, du Père Noël par hélicoptère à la Place Versailles, pour les habitants de Saint-Pie, cette charmante bourgade de la Montérégie occidentale reconnue pour la qualité de ses terres arables et l’agilité de ses fabricants de cabinets de salle de bain, on est davantage occupé avec l’arrivée du premier samedi de décembre avec la traditionnelle rafle de dindes qu’organise année après année le Conseil local des Chevaliers de Colomb.

Les principes de base d’une rafle de dindes sont d’une simplicité désarmante. Les Saint-Piens intéressés à mettre la main, en prévision de la saison du réveillon, sur l’un des gigantesques dindons de catégorie «A» gracieusement mis à mort pour l’occasion par un abattoir réputé de la région maskoutaine doivent d’abord débourser 10$ pour accéder au gymnase de l’École primaire Bon-Séjour où les attend une immense roue de fortune et de la Budweiser à volonté.

Les joueurs sont ensuite appelés à se procurer, en échange d’un «p’tit deux», les palettes de plastique numérotées de 1 à 100 qui leur permettront peut-être de remporter l’un des nombreux lots de cette tombola de la volaille. Différents dignitaires de la région (la députée, le curé, l’agent RE/MAX, etc.) se succèdent ensuite sur la scène de l’amphithéâtre pour actionner la roue chanceuse d’un geste virile dont la souplesse élégante rappelle inévitablement Yves Corbeil, tandis que l’animateur de la soirée scande le pittoresque «Un aut’ toul’ de l’oue!» (un autre tour de roue) qui annonce chacun des tirages.

La soirée se termine, comme il se doit, par un délicieux banquet de sandwichs et de salades de macaronis préparés avec beaucoup d’amour et autant de mayonnaise par le Cercle des filles d’Isabelle de la municipalité. Envoûtés par le charme suranné de cette activité paroissiale, les Saint-Piens et leurs convives sortent immanquablement comblés de cette expérience, heureux d’avoir pu, l’instant d’une soirée, renouer avec le concept de «communauté».

La glissade sur dinde

Les lecteurs intéressés par cette activité haute en couleur seront heureux d’apprendre qu’une rafle de jambon, le pendant pascal de la rafle de dinde, a également lieu en mars.

Nous ne saurions trop vous recommander, comme on le dit si poétiquement dans les guides de voyage, de profiter de votre séjour à Saint-Pie pour visiter le Bistro du village qui offre une spécialité alcoolisé qui vaut largement 30 minutes de char sur la 20: le «buck à marde». Ce drink fameux, servi dans un buck de bière glacé et composé d’une once de Jack Daniel, d’une once de vodka, d’une once de gin, d’une once de crème de menthe, d’une once de rhum et de Coca-Cola, sera idéalement consommé après la rafle.

En effet, cette potion semble être indispensable à la pratique de la glissade sur dinde, une discipline locale qui s’exécute généralement en chevauchant le volatile congelé sur une pente glacée. Les athlètes les plus agiles pourront utiliser les pilons de la bestiole pour contrôler la direction de leur bolide.

Enfin, une façon pour l’homme et la volaille d’arriver à égalité sur une ligne d’arrivée.


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2 commentaires
  1. OK. J’en reviens pas.

  2. Marie-Claude says:

    Merci Charles de nous ouvrir sur le monde. Vraiment enrichissant!

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