Personne ne collectionne les lettres ouvertes. Personne à part P45, qui passe du temps à les archiver, à les classer, en vue d’en faire une liste comme celle-ci et d’établir une typologie au goût du jour.

La lettre ouverte qui inclut une sommité de la contestation
Exemple: une lettre ouverte pour appuyer la démarche de Wikileaks, signée par un collectif d’auteurs incluant Salman Rushdie et Noam Chomsky, mais pas Mathieu Bock-Côté.
La lettre ouverte loufoque
Exemple: Alexandre Gauthier de Trois Rivières qui convertit la hausse des frais universitaires en nombre de bières en moins consommées par les étudiants. Très efficace pour à la fois passer son message de façon ludique et pour rallier les amateurs de création littéraire.
La lettre ouverte aux hipsters
Exemple: Will Davies dans un billet de blogue. Genre littéraire de lettre ouverte très couru par les temps qui courent.
La lettre ouverte qui déboulonne des statues et participe à détruire des mythes
Exemple: la lettre ouverte d’un collectif d’auteurs plaidant pour une désymbolisation de la Fête nationale et l’ouverture à la musique anglophone.
La lettre ouverte cynique
Exemple: une lettre ouverte d’un comptable qui s’interroge de la réelle nature des grèves étudiantes.

La lettre ouverte sous forme de site web
Exemple: Watatow, le film.
La lettre ouverte qui frappe la où le bât blesse
Exemple: Marie-France Bazzo qui, avec sa notoriété, recadre un débat (la hausse des frais de scolarité) en relevant une notion (l’analphabétisme) oubliée par les médias. Ou plus récemment, la lettre ouverte s’attaquant à la madamisation de Radio-Canada.
La lettre ouverte de passionné de lettre ouverte
Exemple: Jean-Serge Baribeau. Ce «sociologue des médias» se commet dans différents journaux et, à chaque fois, crée des perles de lettres ouvertes. Extrait d’une lettre parue dans Le Devoir en décembre dernier:
comment se fait-il que parmi ceux et celles qui adorent, qui voient partout du «super» et de l’«hyper» et qui «trippent au boutte», les jeunes soient significativement plus nombreux (je pense le dire sans «âgisme» ou «jeunisme»)? Et comment se fait-il qu’ils soient ceux et celles qui, lorsqu’on les interroge sur certains de leurs sentiments ou préférences, vont utiliser des mots comme «genre» ou «comme»? S’ils aiment une personne ou un spectacle, ils vont souvent dire: «Je l’aime beaucoup, genre» ou «comme»; et «elle (ou il) me plaît beaucoup, comme» (ou «genre»).
Discussion