Vancouver, c’est pu cute comme c’était

Numéro 177

12 au 17 février 2010

Un texte de
Guillaume Beaulieu

Publié le 12 février 2010 dans
Récit, Société

Vancouver, c’est pu cute comme c’était

En bon irresponsable, après avoir réussi à brouiller toutes mes amitiés dans la province de mon alma mater, je me suis résigné à bouger mon cul hors de portée des lames rouillées de mes débiteurs.

Eh oui, j’ai émigré vers une province où certains épiciers n’ont pas ma face derrière le comptoir, vers cette ville qui jadis était belle, créative et tellement pognée dans les années 90 que je me sentais chez nous.

Vancouver.

Après avoir crissé un timbre dans le front de mon chat et traversé 6000 kilomètres, j’ai découvert que ma terre d’exil n’était plus ce qu’elle était.

Bienvenue dans les JO de Vancouver 2010.

100212_jo2.jpg

La dèche

La demi-douzaine de «punk houses» de 2004 avait été réduite à deux, et ma condition de BS ne me permettait même pas de me payer un logement assez grand pour que moi et le chat ayons une litière séparée. J’ai donc squatté le divan des amis de mes amis pendant deux mois, dans un minuscule sous-sol avec quatre colocataires.

La dèche? Pas vraiment. Je veux dire, t’as pas le choix de rencontrer d’autres pouilleux comme toi quand tu te tiens dans les soupes populaires végétariennes, et de rencontrer d’autres Québécois qui sont encore plus dans marde.

Un jour, une copine, avec ses trois colocs de sous-sol, s’est rendu compte que le «propriétaire» était en fait un intermédiaire entre le propriétaire et eux, et il se faisait 600$ par mois en les crossant.

Ils ont eu la chance de trouver quelque chose de mieux un peu après, ayant parmi eux des gens portant des vêtements pas noirs, et d’autres n’ayant pas de mohawk, ni de patches sur les pantalons… Car il semble possible de trouver des logements si on se déguise en gens normaux.

Mais les contrats de location excluent trop souvent le mois de février, parce que c’est possible de louer un 4 et demi pour 500$ par jour aux touristes qui viennent voir les mottés qui font des steppettes en skis et les crétins qui sautent par-dessus des barils.

Les JO sont arrivés

Ici, ce qui frappe, c’est l’augmentation du nombre de sans-abris. La ville ne tourne pas les coins rond pour les faire chier: elle a fermé deux parcs au centre-ville.

Il a déjà été possible de rouler à vélo sur les trottoirs d’Hastings pour se rendre à Stanley Park, maintenant, les trottoirs sont pleins. Plein de sans-abris.

Je ne veux pas dire que les sans-abris sont une nuisance à mon droit de circulation, bien entendu. Mais s’ils sont là, c’est bien à cause de la spéculation sur les logements causée par la venu des Jeux olympiques.

Toutefois, c’est vraiment chiant, parce que les flics sont tellement actifs dans le secteur que t’es mieux de rouler sur le trottoir, quitte à risquer un ticket supplémentaire pour rouler sur le trottoir (117$ + les frais), que de te faire prendre chaque jour pour conduire du mauvais côté de la route (67$ + les frais), ou à vélo sans casque (27$ + les frais).

Ça serait plus dispendieux que chiant de pogner des tickets à tous les deux jours, si ça ne faisait pas si mal à l’orgueil. Car on le sait qu’ils financent les ostis d’Jeux avec ça.

La seule chose qui réchauffe le coeur, c’est que le monde est en colère. De l’Olympic Resistance Network, à l’Olympic Sponsors Comittee en passant par les différents comités locaux situés autour des 54 secteurs qui seront barricadés cul par-dessus tête avec des lasers, des détecteurs de métal, pis des clôtures de 12 pieds.

Parce qu’il faut vraiment que ça ait l’air impressionnant pour justifier le milliard qu’ils vont gaspiller en sécurité.

100212_jo3.jpg

Crottes de béton

Tout ça pour dire que quand vous voudrez vous pendre parce qu’il n’y aura pu rien à TV à cause des maudites compétitions de crazy carpet deluxe, dites-vous que ça aurait pu arriver chez vous, que vos élus municipaux sont assez caves pour s’être essayé d’avoir les Jeux (les calottes Québec 2002 du Village des Valeurs ne sont pas apparues là par elles-mêmes).

Et le Stade olympique, ben c’est pas si pire qu’il y ait eu une équipe de baseball poche dedans pendant quelques années pour aider à le financer (vous imaginez ce qu’aurait été le prix des cigarettes?), parce que tout ce qu’ils ont trouvé à Calgary pour aider à financer les grosses crottes de bétons érigées pour les JO de 1988, c’est de construire un rodéo.

Tout ce que j’espère, c’est qu’ils ne feront pas de Vancouver une mégaporcherie pour les milliers de cochons et de militaires qui resteraient déployés après les Jeux. On le sait, les mégaporcheries, c’est pas une bonne chose.


Collaborez, vous aussi, au magazine P45, ou envoyez-nous vos idées pour les chroniques Approuvé-réprouvé ou encore P45 hebdo: courrier [à] p45.ca.

Discussion

Appréciations
Tweets
1 commentaire
  1. xkr says:

    Le look « camp de concentration » de la flamme olympique, raconté par Jean-René Dufort: http://vivezvancouver.radio-canada.ca/vivezvancouver/blogueJR/index.asp?d=2010-2-14

Commenter