Variations sur un Timmies

Numéro 174

22 au 28 janvier 2010

Un texte de
Miguel Tremblay

Publié le 22 janvier 2010 dans
Idées, Société

Variations sur un Timmies

Au Canada, croyez-le ou non, on ne boit pas son Timmies partout de la même façon. Que non. Étude de cas.

Côte-Nord

Prenons la Côte-Nord. Quiconque est déjà passé par Sept-Îles ou Baie-Comeau a remarqué que l’habitant de l’endroit boit son Timmies avec… une paille.

Lorsque l’étranger se présente au Tim Hortons de l’une de ces deux villes, il est immédiatement reconnu comme tel, un étranger. Oui, il le sait, car le Timmies qui lui est remis n’est pas garni du mât blanc rayé de rouge pour l’aspirer à partir du bas, cette absence l’isole des autres humains qui l’entourent. Il est dûment identifié «non-résident».

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Est-ce un sujet tabou? On ressent un malaise à l’idée d’interroger les Baie-Comois ou les Septiliens sur cette habitude.

On peut toutefois conjecturer que le café est bu à la paille pour aspirer uniquement le fond du café qui, comme chacun sait, est toujours plus sucré. Il serait alors possible de bénéficier, à quantité de calories égales, d’un café plus doux au goût que s’il était bu par le haut, comme on pourrait intuitivement être tenté de le faire.

Une autre théorie, populaire chez les anthropologues spécialisés dans la région nord-côtière, part de l’observation que le café au fond du récipient est toujours plus froid que celui présent ailleurs dans le contenant.

En effet, puisque le liquide chaud monte et que le liquide froid descend, une paille permet d’aller cueillir le café à sa température minimale au bas d’un contenant. Un café, bouillant à sa surface, pourrait ainsi être bu par la partie au fond du verre, celle qui a atteint une température sans danger.

Prairies

Transportons-nous au Manitoba, au beau milieu de ce grand pays qu’est le Canada. À cet endroit, une visite au Tim Hortons a de quoi surprendre celui qui ne vit pas dans les plaines. Les Manitobains boivent leur Timmies dans… deux verres emboîtés!

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Encore une fois, les conjonctures expliquant ce singulier comportement peuvent être nombreuses. Est-ce dû à la mauvaise qualité des contenants de café dans l’ouest du pays? Cette technique diminuerait-elle le risque de s’échauder l’entrecuisse dans sa voiture en évitant les fuites inopportunes? Ou encore est-ce dans une optique de partage, le second verre permettant de couper son Timmies en deux et d’en offrir la moitié à la personne rencontrée par hasard?

Pour élucider ce mystère, il suffit de questionner l’individu tenant deux verres dans une seule main et de lui demander ce qui motive l’utilisation du contenant double.

Comme on pourrait s’en douter, la raison en est une thermique. Il semblerait que le Timmies manitobain est tellement chaud, probablement à cause de la faible élévation des plaines par rapport au niveau de la mer, l’eau pouvant être portée à des températures plus élevées qu’en altitude, que le contenant devient impossible à tenir à l’intérieur de la main.

La technique de la pelure d’oignon, si pratique pour se vêtir en hiver, est alors appliquée dans son esprit dual, c’est-à-dire multiplier les couches pour se protéger du chaud. Les rigueurs de l’hiver manitobain auraient inculqué des notions d’isolation quasi instinctives à la population.

100122_anime.gifRemarquez, les autres chaînes de cafés ont réglé ce problème à l’aide du fameux faux col en carton brun ondulé dans lequel le contenant est fourré. Pourquoi les dirigeants de Tim Hortons n’ont-ils pas distribué de tels faux cols chez leurs franchisés?

Soit ils ne se tiennent pas au courant des comportements de leurs clients, soit ils se refusent aux avancées technologiques qui feraient ainsi disparaître un trait culturel de cette région. Des administrateurs sensibles à la diversité, ça existe.

Prairies (prise 2)

Les Saskatchewannais boivent aussi leurs Timmies de cette façon. Oui, l’absence de relief entre ces deux provinces permet aux idées de circuler aisément d’un endroit à l’autre, tout comme le Chinook sur la plaine.

Asie (ou le laboratoire de physique)

Comment le physicien, quant à lui, boit-il son Timmies? Eh bien, il le boit à la manière de la tasse de thé chinois.

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Les Asiatiques, bien avant les Canadiens, maîtrisaient les équations de la chaleur. La main, en saisissant les rebords supérieur et inférieur du contenant, rejoint ainsi les endroits les moins chauds, alors que la prise à bras le corps d’un verre touche les parties les plus chaudes.

Cependant, ce type de prise limite la hauteur des contenants que le physicien peut empoigner. En effet, vous ne verrez que les physiciens aux longs doigts consommer un grand Timmies.


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