Vincent Gallo, le dernier homme

Numéro 97

14 au 20 décembre 2007

Un texte de
Xavier K. Richard

Publié le 14 décembre 2007 dans
Idées, Société

Alors que la planète entière se féminise, alors que nos enfants apprennent la médiation à l’école, que nos «intellectuels» font des tables rondes sur leur bébé et que nos politiciens ont de moins en moins de poils au menton, un homme, tel un phoenix, résiste…

Le décompte est déjà commencé. La fin des hommes. Tels de grands singes d’Afrique méridionale, les machos sont devenus une espèce en voie de disparition. Oui, le monde va mal: le climat se réchauffe, la délinquance augmente, les hommes perdent leur spermatozoïdes et les femmes prennent de plus en plus de pouvoir. Il doit bien y avoir un lien entre tous ces malheurs…

Franchement, avec tout cet œstrogène venu de différents produits chimiques et déversé dans nos rivières, que va-t-il nous arriver? Tous les jours nos voix muent, tous les jours nous devons combattre les achats compulsifs et cette envie de feuilleter la revue Psychologies au kiosque du coin.

Bientôt, Vincent Gallo deviendra le seul survivant d’une ère machiste révolue, perdu parmi les gentils Harry Potter que nous serons devenus. Plein de féerie dans les yeux, mais rien dans le pantalon. L’heure est grave.

Même Roy Dupuis!

Heureusement, il y a de ces hommes qui ont tout compris avant qu’il ne soit trop tard. Du moment qu’ils ont reçu suffisamment de signaux comme quoi ils sont et seront machos pour le reste de leurs jours, au nom de la postérité de leur sexe, ceux-ci se font un devoir d’incarner cette virilité et, surtout, de ne pas en démordre.

Dans le cas de Gallo, ça donne une œuvre vaguement triste et pathétique, pleine de mensonges, de violence et de bêtises. Mais à la vue de la mission qui pèse sur ses épaules, le condamner serait entraver la suite du monde tel qu’on le connaît et le rôle de Gallo dans cette histoire. Comme de condamner Luck Mervil pour son engagement humanitaire. Non. Ça ne se fait pas.

Vincent Gallo, le voyou-victime, le loup qui crée avec sa queue. Attachant mais égocentrique, félin mais vipère, tout pour déstabiliser, mordre et prendre ce que vous avez à lui donner.

Il fait de sa vie un mythe, avec l’aide des filles qui voient en lui tout le contraire de Luc Mervil finalement. Ce qui rejoint de plus en plus aussi les hommes. Lire: à mesure que Gallo gagne en notoriété, ça sera parce que les Luck Mervil de ce monde auront envahi les rues. Ce qui serait vraiment triste.

Une seule solution

Un soir où Gallo est en spectacle en ville, je prends la décision la plus déterminante de ma vie: faire de moi un Vincent Gallo. Si les hommes deviennent gentils et se mettent en couple, moi je serai gras et seul.

Je scrute un peu le terrain au Quai des brumes. Tiens, Amir Khadir.

— Salut M. Khadir.

— Eh salut, tu connais Québec Solidaire? On cherche des bénévoles tu sais.

— Oui, euh, j’ai vraiment une question qui sort de la politique pour toi, mais tu ne penses pas que les hommes sont de moins en moins mâles… Je veux dire, comme Vincent Gallo. Il est en spectacle là ce soir justement au Lambi.

— Gallo… C’est un nom de juif italien bien connu ça. Comme Robert Gallo, le scientifique américain qui aurait «découvert» le sida. Mais Vincent, non, je ne sais pas, je ne connais pas. C’est un musicien? Faut dire que j’ai pas trop suivi la culture underground ces dix dernières années. Tu comprends pourquoi.

Oui. Je souris, le salue et m’éclipse en pensant: si Amir Khadir ne connaît pas Vincent Gallo, c’est peut-être qu’il y a encore de l’espoir… Est-on à ce point obnubilé par le mythe Gallo? Je dois quand même vérifier.

Au Lambi, Gallo est accoté au bar, la moue dévastée et l’air saoul, comme toujours. J’imagine notre conversation. Je l’aborde.

— Salut!

— Salut.

— Bon show…

— …

— J’ai les couilles qui me grattent.

—(Hochement de tête compréhensif). Moi aussi.

Bon, ma provocation mâle ne marche pas tellement. Il ne doit pas avoir bien entendu. Peut-être qu’il est juste con aussi. En tout cas, c’était nul ton show, garçon. Et vlan.


Collaborez, vous aussi, au magazine P45, ou envoyez-nous vos idées pour les chroniques Approuvé-réprouvé ou encore P45 hebdo: courrier [à] p45.ca.

Discussion

Appréciations
Tweets
1 commentaire
  1. Ev says:

    T’AS OSÉ! La prochaine fois, j’exige qu’une subtilité inside-ieuse se glisse dans le texte en mon hommeur, sinon, dépeanute-moi ça tu-suite.

    hummer xx

Commenter