VIPisse

Numéro 160

18 au 24 septembre 2009

Un texte de
Camille DT

Publié le 18 septembre 2009 dans
Fiction, Les rendez-vous manqués

VIPisse

Je sors habituellement les soirs de semaine. Comme je travaille le lendemain matin, j’ai toujours l’impression – lire espoir – que je ne vomirai pas dans mes bobettes ou que je ne me ferai pas traîner par un garçon louche jusqu’à son appartement. Une fille a bien le droit de rêver…

Ce soir-là, un vendredi, malgré un mal de bloc et une journée chargée, je me soumets à la tentation. Pardonnez-moi mon père.

Un groupe quelconque «prestationnait» dans un bar aussi quelconque. Si je mentionne que je n’avais pas passé plus de 45 minutes dans ce bar depuis mon secondaire 5, ça vous sonne une cloche? Mais le lieu, ou même les gens, ne m’importait peu.

M’étant arrêtée avant destination pour boire dans un parc, je n’avais déjà plus vraiment conscience de mon habituel snobisme et de ma supposée pudeur. Accompagnée d’une amie aussi pure et saine que moi, je paie mon droit de passage et me fraye un chemin parmi la horde d’anciens XstraightedgeX vers l’escalier maudit.

Caroline du cégep Montmorency

Spottage de boules en règle par le préposé à l’estampe de la honte, celle à l’encre indélébile, et nous allons chercher quelque chose à boire.

Notre plan était bien simple; se payer une bière à 3 piasses pour, ensuite, changer de nom et de vie au fur et à mesure des consommations que nous réussirions à nous faire offrir.

Étrangement, Caroline du cégep Montmorency pogne pas mal plus que Catherine du collège Lasalle. Tout le monde le sait qu’à Lasalle, c’est des bitchs, mon rire niais et mon t-shirt à 15$ me trahissaient.

Ayant pris confiance après quelques rounds, nous décidons d’augmenter le niveau de difficulté, de relever de nouveaux défis, de jouer dans la cour des grands.

Les récemment majeurs et les gars de région étant rendus trop faciles pour de telles expertes, nous nous sommes mises à la recherche de cibles de choix. L’argent, la célébrité ou au pire juste un peu de style, mais vu l’endroit où nous nous trouvions, les seules personnes étant plus difficiles à atteindre que n’importe quel banlieusard étaient sur scène ou backstage.

La première impression tarde toujours à arriver quand t’es saoule

Étant habituées au statut de «Very Idealized Person», nous avons acté comme deux grandes dames de la péteuterie nightlifienne et sommes passées devant le gars de 6′ 7”, celui qui était censé nous demander ce qu’on crissait là.

Pas si hot finalement… Des gars qu’on connaît déjà trop, des gars qui ont des blondes qu’on connaît déjà trop et des gars qui travaillent. Au moins, l’alcool est gratis.

À partir de ça, mes souvenirs commencent à être flous. Discussion de pompette sur une ancienne fréquentation, ami de l’amie pompette, pause détente sur un sofa ayant dû accueillir plusieurs épaves comme moi et puis le tournant de la soirée, la raison pourquoi j’ai préféré oublier ce qui s’était passé, essai de «conversationner» profond avec le laid du groupe.

Je me réveille seule chez moi, nue comme un ver, une heure avant d’être en retard pour servir du poulet.

Aux dires d’une certaine langue sale, celle de l’amie pas saine en l’occurrence, il paraîtrait que j’ai quitté les lieux en douce, mon «beau» trophée sous le bras. Je me rappelle vaguement de quoi il avait l’air et je me félicite de ne pas avoir crié sur tous les toits que je rentrais en taxi avec un garçon dont je ne connais pas le nom.


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  1. j’aime beaucoup. On aime ce qui nous ressemble, il va sans dire.

  2. Alexandre Paré says:

    les jours passent et se ressemblent…

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