Vu d’ici

Numéro 110

4 au 10 avril 2008

Un texte de
Xavier K. Richard

Publié le 4 avril 2008 dans
Chroniques, La page 45

Vu d’ici

Nos jeunesses boostées à la culture télévisuelle nous ont-elles familiarisés avec les états de dépendance et de psychose propres à tout bons toxicomanes? Le jeune écrivain et poète Mathieu Arsenault semble lui y avoir goûté, et avoir touché le fond.

Bernard Derome, L’épicerie en folie, Francis Reddy, La poules aux oeufs d’or, des images de meurtres, des poursuites policières, Le banquier, Les Cités d’or, Le combat des clips, Loft Story, Janette, Céline… Pour Mathieu Arsenault, les référents culturels s’additionnent comme autant de variété de repas à base de poulet frit sur un menu de fast-food de banlieue.

Son recueil Vu d’ici, publié début 2008, illustre une certaine désillusion de la jeunesse qui tente tant bien que mal de se trouver des modèles identitaires, coincée entre des médias tout puissants dans l’univers symbolique québécois qui, d’un extrême à l’autre, du sensationnalisme pur à ses émissions de variété les plus indigestes, forgent à eux seuls l’identité du banlieusard moyen.

La télévision remplit les esprits

Le recueil est merveilleusement bien titré. Ainsi, sous les sections Nouvelles internationales, Nouvelles provinciales jusqu’aux Nouvelles locales, on retrouve toujours ce même aplomb du narrateur à dépeindre l’esprit qui dérape sous l’influence toxique du trop-plein d’images, des images que nous reconnaissons tous pour être à ce point, et bien malgré nous peut-être, au coeur de la culture québécoise.

Car la télévision ne vide pas les esprits, mais les remplit, nous dit Mathieu Arsenault. Et nous sommes pleins, pleins d’images, jusqu’à plus soif. Ce qui nous porte à nous identifier à la lecture des poèmes-nouvelles à saveur parano du recueil, signe que l’auteur touche une corde sensible.

Tandis que certains prendront le chemin de la dénonciation, lui opte plutôt pour l’illustration, et avec rythme, de la décadence d’une pensée qui doit gérer au quotidien l’affluence de sens et de non-sens.

La plus grande question posée par Mathieu Arsenault, c’est à quel point arrive-t-on à faire tournoyer paresseusement dans nos têtes des idées qui ne nous appartiennent pas?

Sur la couverture, on retrouve une posture de l’auteur tenant à la main et vis-à-vis sa lèvre supérieure une bandelette de papier sur laquelle est dessinée une moustache… Non, ce n’est pas la sienne de moustache, mais ça vaut la mention. Un livre cocasse, caustique, résolument contemporain.


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