Wanted Paris, un nouveau concept de galerie d’art sur le web

Numéro 41

3 au 30 juin 2006

Un texte de
Gwenaëlle Sartre

Publié le 4 juin 2006 dans
Arts visuels, Culture

Wanted Paris, un nouveau concept de galerie d’art sur le web

Le site de Wanted Paris est une galerie d’art en ligne dédiée à la photographie contemporaine, ouverte depuis le 6 avril.

Son objectif est de rendre plus accessible ce marché fermé en démocratisant la vente de tirages. Comment ? En l’augmentant. Alors que les tirages habituels ne dépassent pas 3 à 20 exemplaires, Wanted propose des photos, signées et numérotées, tirées de 50 à 120. Une méthode qui leur permet de pratiquer des prix plus abordables, en moyenne quatre fois inférieurs à ceux des autres galeristes classiques.

Avec des notices biographiques, des critiques et son service de cyberlettre, cette webgalerie a surtout l’ambition de rapprocher les artistes, reconnus ou émergents, d’un plus large public n’ayant pas l’habitude des galeries, ni de l’acquisition d’une photo d’art, avec un simple clic. P45 a souhaité en savoir plus. Rencontre virtuelle avec ses deux fondateurs, Tristan de Terves et Laurent de Sailly.

Tristan de Terves, vous êtes un ancien du e-commerce. Comment vient-on au marché de la photographie contemporaine?


Après mon expérience à Rueducommerce.com (un site bien connu en France), j’ai travaillé pour un photographe: Yann Arthus-Bertrand. Je m’intéressais déjà à la photo, mais c’était la première fois que je travaillais dans ce milieu. J’ai simplement souhaité combiner ma passion pour Internet à celle pour la photographie contemporaine.

Laurent de Sailly, vous-même agent de photographes, pouvez-vous évoquer votre expérience du milieu? Pourquoi vous êtes-vous lancé dans l’aventure de Wanted?


Cela fait dix ans que j’évolue dans le monde de la photo. En tant qu’agent de photographes, j’ai rencontré une foule de talents émergents et je me suis rendu compte du peu de visibilité qui leur était offerte. Internet est un outil formidable. Mais peu de site sont réellement dédiés à l’acquisition de photos. C’est ainsi que l’idée de Wanted a germé.

Comment vous êtes-vous rencontrés?


Au départ nous ne nous connaissions pas. Mais nous avons eu la même idée, lancer une webgalerie représentant des talents reconnus et émergents, en les rendant vraiment accessibles. Notre rencontre a eu lieu dans une galerie du Marais. Chez un ami commun, qui nous a mis en relation sachant que nous avions le même projet. C’est ainsi que nous avons décidé de nous associer et de travailler ensemble afin de lancer Wanted.

Pouvez-vous nous présenter le concept de votre galerie?


Le concept est simple, c’est une galerie en ligne de photographie contemporaine. L’internaute peut tout découvrir, confortablement installé chez lui et effectuer sa sélection au gré de ses coups de cœur. Il recevra sa photo à son domicile, nous livrons partout ! Le choix est facilité par des tarifs vraiment accessibles. Multiplier les tirages permet de baisser les prix considérablement, sans faire de compromis sur la qualité.

Comment avez-vous monté votre projet ? Avez-vous, par exemple, rencontré des portes fermées?


Non, au contraire. Nous avons été surpris par l’enthousiasme que le projet a généré. Cela nous a beaucoup soutenu et cela nous soutient encore. Aujourd’hui, nous recevons plusieurs candidatures de photographes par jour et c’est fabuleux.

Est-ce suffisant de visionner des images sur un écran pour faire son achat?


C’est vraiment une question de comportement : certaines personnes n’ont pas d’appréhension et sont très à l’aise avec l’achat sur le Web ; d’autres ont besoin de «toucher» et je le comprends. C’est pour cela que nos photos sont également visibles dans notre galerie, dans le Marais à Paris.

Existe-il un public pour le tirage de collection en France et ailleurs?


Je dois avouer que le public d’amateurs de photo d’art est plus restreint en France que sur le continent américain, mais il ne demande qu’à se développer. J’espère que nous pourrons contribuer à cette dynamique. Nous ne souhaitons pas forcément toucher les grands collectionneurs, qui s’adressent déjà aux galeries traditionnelles.

Le public ne se rend pas facilement à un vernissage, comme au cinéma ou autre, en raison d’une mauvaise image austère et huppée du milieu de l’art. Comment comptez-vous l’y attirer?


Il est vrai que le monde de l’art est victime de stéréotypes de ce genre. En tout cas, plus de 800 personnes sont venues à notre premier vernissage, le buzz a fonctionné à plein.

Parmi les vingt premiers artistes que vous présentez sur votre webgalerie, on découvre des artistes confirmés comme Les Krims ou Kimiko Yoshida. Pourquoi ont-ils acceptés?


Ils ont tout simplement été séduits par le projet. C’est pour eux l’occasion d’exister auprès d’un nouveau public, ils ont compris le sens de notre travail et sont sensible à cette idée d’ouverture.

Comment recherchez-vous les photographes? Comment s’effectuent vos choix? Avez-vous des critères de sélection, tout particulièrement au sein la nouvelle génération?


Nous recherchons des artistes dans le monde entier. Une personne de l’équipe reçoit les candidatures et fait un premier tri. Ensuite, un comité examine chaque dossier. Le premier mois, nous avons reçu une quarantaine de candidatures, c’est super et ce n’est qu’un début, j’espère!

Pouvez-nous en dire plus sur ce comité?


Pour l’instant il n’est pas encore vraiment formalisé : les contributions externes sont riches et variées mais encore occasionnelles (dernier exemple en date: Didier Selles, directeur du Louvres, qui est intervenu dans notre cyberlettre). Mais l’objectif est de faire intervenir rapidement des références du monde de la photo et de l’art (journalistes, professeurs d’art, commissaires d’expos…) pour valider nos choix, enrichir notre réflexion et nous apporter de nouvelles pistes! Leurs avis seront relayés en ligne.

Y a-t-il un artiste dont vous appréciez le travail que vous rêveriez avoir dans votre catalogue?


Pas un, mais des dizaines ! S’il faut citer un nom, je parlerais de Sarah Moon, avec qui nous avons été en contact.

Surveillez-vous les photoblogues afin de dénicher les jeunes talents?


Oui, bien sûr. Le blogue est un formidable outil de promotion pour un artiste, mais également pour une galerie ! Nous sommes donc très attentifs à tout ce qui est publié sur le Web, en tout cas à ce que nous sommes capable de voir: la forêt est immense…

Les photographies vendues par Wanted coûtent nettement moins cher que dans le circuit classique. Ces tarifs inédits ne risquent-ils pas de déstabiliser le marché?


Wanted n’est pas là pour déstabiliser le marché. Nous ne touchons pas le même public que les galeries classiques. L’acquéreur d’une oeuvre à 200 euros est foncièrement différent de celui qui en dépense 5000 en galerie.

Pouvez-vous nous dire quelques mots de vos prochains projets?


Ne parlons que du mois de juin pour commencer : nous organisons deux soirées dans la galerie, nous mettons en place une série de conférences, nous allons proposer cinq nouveaux photographes ; il y aura aussi un concert de jazz… Notre envie est de créer un vrai lieu d’échanges et de rencontres, autour de la photo contemporaine.

Croyez-vous que nous achèterons, un jour, des photographies d’art comme on achète des disques ou des bouquins?


Non pas du tout. Les livres et les disques peuvent s’acheter sur un coup de tête, acheter une photo d’art n’est pas un acte anodin. La personne intéressée prend souvent son temps, en parle avec son conjoint, etc.

Avec aussi la multiplication des formats, la qualité du tirage est-elle compromise?


Nous n’avons fait aucun compromis sur la qualité et tous les prestataires ont accepté de jouer le jeu, pour que nous puissions proposer les meilleures technologies en utilisant les savoir-faire les plus pointus. Nos tirages passent par les mêmes machines et entre les mêmes mains que ce que vous pouvez admirer dans les grandes expos ou les musées. Chaque tirage est contrôlé individuellement et comparé avec le «master» qui a été signé par le photographe et est conservé au laboratoire.

Quelle photographie choisirez-vous pour l’illustration de notre article?


Je choisis «Le Nord 2» de Cédric Delsaux. Pour son coté spectaculaire et poétique : cette vague qui accroche les nuages, ces éléments qui se fondent en même temps que les couleurs, cette seconde qui reste suspendue…

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Wanted Paris
14, Cité Dupetit-Thouars
75003 Paris
France


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